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Tant qu'il y aura du Rock!

Parquet Courts: « Wide Awake! »

Les garage-rockeurs de Brooklyn ont fait quelque chose de très spécial avec ce Wide Awake !, à point pour les saisons claires. C’est le disque d’une nouvelle direction : celle d’un tempo moins précipité, plus funk, celle de la confiance en ses moyens dans l’exploration. Cette fraîcheur peut être attribuée à la présence de Danger Mouse à la production. Mais on ne perd rien de la hargne originelle. Le propos est franchement punk : à la fois profondément critique (injustice, violences, péril climatique) et étonnamment optimiste.

Fidèle à ses anciennes inspirations, comme The Fall, Parquet Courts incorpore des éléments des Talking Heads, des Mekons, des Beach Boys, mais aussi des Specials, et des éléments ska en général. « Almost Had to Start a Fight / In and Out of Patience » est la pièce centrale de l’oeuvre : manifeste à la jonction de l’inquiétude anxieuse et du besoin de faire la fête pour passer au travers de cet âge trouble. Wide Awake sera, à cet égard, synonyme« d’éveil de consciences  ».

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3 août 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Arctic Monkeys: « Tranquility Base Hotel & Casino »

Loin du mordant qui fit sa renommée, Alex Turner fait enregistrer à son quatuor un sixième album où tout est luxe et volupté. Un premier album solo déguisé?

Être habile et déjouer les pronostics qui vous condamnent à l’essoufflement. S’avérer en tout point constant et démontrer d’un disque à l’autre un talent de songwriter racé, pertinent. S’observer en idole sans en faire une affaire pour autant, et s’autoriser réflexions prolongées ou silences obstinés. Alex Turner, patron d’Arctic Monkeys, trace sa route en indépendant, très exactement comme si le monde ignorait ses mouvements.

Provisoirement rangé du duo The Last Shadow Puppets avec qui il s’oxygénait récemment, l’homme fort du brit-rock offre avec Tranquility Base Hotel & Casino non pas un autre album bourré d’hymnes pop, comme à l’accoutumée, mais une suite de chansons délicieusement rétro et sexuées.

Avant sa publication officielle, aucune information fondamentale n’avait filtré – jusqu’au projet d’ouverture de six pop-up stores dernièrement inaugurés de Paris à Sydney. Maintenant, le voici tournant sans pause sur notre platine, ce disque. Et c’est un enchantement…

Pour sa réalisation feutrée signée James Ford, le contre-pied musical si loin des crâneries de son prédécesseur (AM, 2013) qu’il propose, et le raffinement qui constamment le porte, Tranquility Base Hotel & Casino se goûte d’abord comme un bras d’honneur à qui pensait les gars de Sheffield pour toujours confinés à une pop pétulante. Guitares sanguines, fûts martelés, refrains intergénérationnels et taillés pour les stades: tout cela, terminé. Plutôt, Alexander David Turner, 32 ans, fait-il cette fois se vautrer son gang loin des rivages prévisibles du rock, leur préférant les délicatesses de Scott Walker et Serge Gainsbourg période L’homme à la tête de chou, les symphonies funambules de Divine Comedy et Nino Rota.

Ici, donc, le groove de se faire moite, les rythmiques canailles, le piano commandeur en chef et le chanteur crooner-lover convainquant. «Je voudrais juste être l’un des Strokes, et regarde les bêtises que tu m’as laissé faire», chante ainsi Turner, goguenard, dans Star Treatment, pièce désenchantée mais extrêmement décontractée, comme composée sur le bar d’un palace bouclé pour impayés. Passé ce trait cynique qui vaut déjà à son auteur des haters par troupeaux sur la toile, on savoure ensuite l’examen critique que propose l’Anglais des conventions du rock, des mensonges qu’elles concentrent, des désastres qu’elles produisent.

A son arrivée en 2005, peu avant la sortie de Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not (2006), premier album de Arctic Monkeys plein à craquer de tubes immédiats («The View From The Afternoon», etc.), Alex Turner avait tout du teen-ager trop doué. Mignon, maigrichon, le guitariste grandi auprès de parents instituteurs charmait par la désinvolture avec laquelle il affrontait sa gloire instantanée. Nonchalant, jouant ses concerts comme si rien de tout cela ne le concernait vraiment, l’auteur de Fluorescent Adolescent (2007) durait contre tout attente à force de mélodies zélées et d’une plume caustique où tout le monde, potes, petites amies, entourage perdu en backstage ou aux confins d’un pub de banlieue en prenait pour son grade.

Trop éclairé pour ne pas se prémunir des dangers que l’hyper-notoriété faisait peser sur lui après la publication de Humbug (2009), probablement aussi seulement concerné par son art plutôt que par les imbécillités auxquelles se livraient ses confrères (The Libertines, etc.), Turner fuit finalement l’Angleterre et ses adulations exaltées pour l’anonymat de New York, puis Los Angeles. Là, détaché du music business auquel il refuse toujours obstinément de prêter le flanc, s’offrant pour parenthèse récréative le projet The Last Shadow Puppets mené avec Miles Kane, camarade de virées, le kid de Sheffield prenait cinq années pour inventer un futur inattendu à ses Arctic Monkeys.s douces-amères

Ou bien faut-il plutôt voir en Tranquility Base Hotel & Casino son premier album solo déguisé? Riffs désincarnés, refrains remisés au grenier, atmosphère de fin de soirée, cet album-monde inquiet, privé de single évident et qui avance entre pastels et apesanteurs pourrait en effet bien être le requiem inavoué d’un quatuor lassé du pinacle pop auquel il a accédé, et où il s’ennuie ferme désormais.

Car quel avenir espérer une fois juché sur le toit du monde, semble demander Turner? Finir comme U2 ou d’autres pachydermes semblables, et devoir obéir à ce que le marché ordonne? Hors de question! Piochant ses sensualités douces-amères, chez  Brian Wilson, notamment, Alex commet là à la fois son œuvre la plus ambitieuse, et un suicide commercial dont, à l’évidence, il se fiche bien des conséquences. A qui l’ignore, «Tranquility Base» est le nom du site pré-arrangé sur lequel atterrirent sains et saufs Neil Armstrong et Buzz Aldrin après leur «voyage sur la Lune» en 1969.

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3 août 2018 Posted by | Chroniques qui gueulent | | Laisser un commentaire

Iceage: « Beyoundless »

Depuis leur sortie des confins de la scène underground de Copenhague, autour de 2011, les quatre garçons d’Iceage ont souvent été décrits (entre autres par le grand parrain du punk Richard Hell) comme les « sauveurs du punk ». Une définition bien traditionaliste — quatre jeunes mecs blancs, à l’allure de mauvais garçons — pour une telle position messianique… Mais voilà, Iceage a réellement pondu trois très bons albums sur lesquels les Danois affirment tour à tour leur amour du post-punk, de la no-wave, du hardcore.

Pour ce quatrième titre en règle, le quatuor explore ce qu’on pourrait appeler son côté americana (Thieves Like Us). Banjo, cuivres, accordéon, violon s’ajoutent au mix, autrement déjà plus « épique » qu’à leur habitude. On entend Titus Andronicus, Bruce Springsteen, Nick Cave, au travers d’une guitare qui demeure mordante et rauque (« The Day the Music Dies »). Le titre « Catch It » est d’ailleurs particulièrement catchy. Beyondless est un album rock bien ficelé qui ne regarde pas en arrière, et ça, c’est plus important que les questions d’image.

***1/2

3 août 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Mount Kimble: « Love What Survives »

Les guitares grincheuses et la pulsion post-punk de l’instrumental  « Four Years and One Day » qui ouvrent l’album envoient un signal clair : ce troisième album du duo britannique Mount Kimbie sera celui de la réinvention, timidement amorcée sur Cold Spring Fault Less Youth il y a quatre ans.

Après deux doux disques de ce qu’on a qualifié de post-dubstep, la paire d’auteurs-compositeurs-producteurs sort de sa zone de confort avec des compositions plus rugueuses rappelant autant Joy Division que NEU !, sans toutefois négliger les grooves confortables, tout ça en tenant bien fort la main de ses brillants collaborateurs : King Krule sur la saisissante « Blue Train Lines », Micachu sur une « Marilyn » assortie de marimba (réutilisé sur la belle SP12 Beat) puis James Blake sur « We Go Home Together e t, surtout, la troublante ballade « How We Got By » en fin de disque. Le duo cherche moins à s’inventer une nouvelle identité musicale qu’à faire décoller les étiquettes qu’on lui avait apposées sur cet album qui se révèle après plusieurs écoutes.

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3 août 2018 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Beck: « Colors »

Si l’on devait définir le style musical de Beck en un seul mot, cela serait «éclectisme». Depuis plus de deux décennies, ce grand nom de la scène rock alternative n’a cessé de mélanger les influences et les styles de musique, comme le hip-hop ou la musique mexicaine.

Mais avec son nouvel opus Colors, aux sonorités résolument enjouées, le chanteur de Los Angeles livre ce qui s’apparente le plus à un album de pop classique.

Colors, qui sort vendredi, est son premier disque depuis le sombre Morning Phase, avec lequel il avait remporté un Grammy en 2014. Mais à l’inverse de son précédent album, Colors apparaît comme une ode à la vitalité, et à 47 ans Beck ne cesse d’expliquer qu’il se sent libéré.

«Je suis tellement libre!», s’exclame-t-il ainsi sur le morceau éponyme « I’m So Free ». À l’image de cette déclaration, le nouveau style de Beck penche plus vers l’euphorie et l’optimisme que l’ironie. Ses paroles sont peut-être plus simples, mais ce n’est pas le cas de ses compositions.

Sur cet album, il offre à ses fans une musique savamment orchestrée, où les contre-mélodies s’enchainent avec harmonie.

« I’m So Free » taillé pour les concerts, commence avec un rythme pop, avant que n’arrive un refrain exaltant, gorgé de guitares à la Nirvana. Dear Life est construit autour d’une mélodie jazzy interprétée au piano, et « Wow » s’appuie sur un rythme de rap.

Beck avait annoncé la sortie de cet album pour octobre 2016, avant de repousser le projet sans donner d’explications. Colors est le fruit d’un travail avec Greg Kurstin, coauteur du succès d’Adele « Hello », et l’un des producteurs les plus renommés de l’industrie musicale.

Les deux hommes avaient déjà travaillé ensemble au début des années 2000, quand Beck avait invité Greg Kurstin à le rejoindre en tournée pour jouer du clavier sur scène.

Cette collaboration renforcera, ainsi, l’impression que Beck, longtemps un personnage iconoclaste, a souhaité livrer un album plus commercial et enjoué avec Colors.

***1/2

 

3 août 2018 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Bodega: « Endless Scroll »

Puisqu’on attend des artistes qu’ils et elles réfléchissent sur l’époque, difficile de rester placide devant ce vigoureux Endless Scroll (« défilement infini de l’écran »), premier album en règle du quintette Bodega. Le rock est toujours plus poignant lorsqu’il provoque l’introspection, pas vrai ? En ce sens, la description incisive et tranchante (autant dans le texte que dans la composition) d’un mode de vie prisonnier du cyberespace qu’offrent les Brooklynois tape en plein dans le mille.

On pige du côté des Parquet Courts « (How Did This Happen », « Can’t Knock the Hustle »), des Fall, de Pylon (« Gyrate »), de la krautrock, des Wire et, discrètement, des Smiths — pour le léger apitoiement — (Name Escape). Quelle fraîcheur de voir des punks sortis des écoles d’art qui ne se prennent pas au sérieux, mais qui mettent le doigt (en appuyant fort) sur les tics autodestructeurs de la génération Instagram !  » La meilleure critique est l’autocritique « , clament d’ailleurs avec une douce insolence les membres de Bodega.

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3 août 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Dirty Projectors: « Lamp Lit Prose »

Un an et demi après avoir lancé un album d’art pop transi par une rupture amoureuse, le Brooklynois Dave Longstreth, leader et principal compositeur de Dirty Projectors, exulte de bonheur sur cet échevelé huitième album. Tout y est, pêle-mêle : la pop électronique (« Right Now », avec Syd de The Internet, « Feel Energy »), la ritournelle folk (« You’re the One », collaboration avec Robin Pecknold de Fleet Foxes), le R&B aux tons gospel (« What Is the Tim »e, une des moins réussies), les références aux Beach Boys époque SMiLE (craquante « Blue Bird » !) et à l’écriture de chansons inspirée de Paul Simon, notamment sur « That’s a Lifestyle », complainte pop-rock sur l’état du monde assaisonnée d’un irrésistible refrain.

Un joli fouillis rendu agréable à écouter grâce à l’effervescence et à l’originalité des orchestrations, à la qualité des mélodies et à l’interprétation joyeuse et contagieuse de Longstreth, qui condense ici en une dizaine de chansons toute la curiosité musicale qui guide son projet depuis plus de 15 ans.

***1/2

3 août 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Shame: « Songs of Praise »

Le poète punk britannique Mark E. Smith, meneur du mythique groupe The Fall, s’est éteint voilà quelques semaines. Son oeuvre, narquoise, baveuse, finement écrite mais livrée dans le chaos, a inspiré plusieurs générations de groupes. En voici un autre : Shame, jeune quatuor du sud de Londres qui lance un torride et pertinent premier album. On trouve dans la prosodie pesante du fantastique chanteur Charlie Steen matière à comparaisons avec le style de Smith, surtout sur les brillantes « The Lick » et « Friction, » les deux moments calmes de cet album aux guitares enragées.

Passé l’étrange hard rock de « Dust on Trial, » les chansons plus explosives « One Rizla », la brève « Donk » ou encore « Lampoone empruntent autant au post-punk anglais qu’au rock alternatif américain des années 1980 et 1990, tiraillé entre la mise en valeur du talent mélodique du groupe et l’envie de tout casser à coups de pied en studio. C’est cependant dans le regard oblique qu’il porte sur le monde que Shame se démarque, dans le pur style The Fall.

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3 août 2018 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire