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Fleet Foxes: « Crack-Up »

Il aura donc fallu attendre six années pour que ce troisième album des Fleet Foxes voit le jour et l’on retrouvera sur Crack-Up les mêmes harmonies dont la fluidité était la marque de fabrique du combo indie-folk dirigé par Robin Pecknold.
Pourquoi si longtemps serait-on alors à-même de se demander d’autant que la technicité des arrangements multi-couches si idiosyncratique du groupe est toujours là.

La réponse se trouve sur le titre phare du disque, un «  Third Of May / Odaigahara » dont la mélodie est tout simplement éblouissante. Le morceau ne se laisse pas saisir facilement mais il est représentatif de ce que le groupe a pu emprunter au chant grégorien.

L’approche minimaliste de « Fool’s Errand » nous rappellera ainsi ce qu’un choeur de vocalistes peut apporter avec rien de plus que des voix a cappella et une steel guitar peuvent véhiculer en matière d’émotions. La chanson finale, morceau titre de plus de six minutes, résumera parfaitement en quoi le combo est capable d’installer son empreinte sans compromettre un style qui sait à merveille ne pas se contenter de répliques de second ordre. On touche ainsi à la quintessence de ce qui constitue Fleet Foxes, la réticence aux accommodements mais aussi la véhémence de la prolifération régie par l’instinctuel.

***1/2

13 juillet 2017 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Peter Perrett: « How The West Was Won »

En 1978, Peter Perrett introduisit ses débuts avec cette phrase : « Je flirte toujours avec la mort. » Près de 40 ans plus tard, depuis la séparation des Only Ones le chanteur nous déclare : « Mais je ne suis pas mort, du moins pas encore. »

Entre ces deux proclamations, Perret a eu le temps de passer au travers de désillusions et addictions, le tout constellé d’élans mystiques et d’effondrements crépusculaires.

La dégradation est toujours là mais elle est ici comme jugulée, aguerrie qu’elle est par des choses comme l’humour, l’intérêt pour choses autres que son égo (allusions à la politique américaine par exemple), des références musicales comme Dylan (plutôt que Lou Reed à qui il était comparé auparavant) et une utilisation de la slide qui va au-delà des archétypes de la mouvance post-punk.

Cette immédiateté et cet esprit se retrouvent tout au long d’un album, tout comme cette plongée dans l’intimité qu’il nous révèle sans fards en exposant son amour des femmes qui sont autant de muses (Zena, de Troika, par exemple).

À 65 ans, Perrett exsude confiance et sûreté de ses choix, sentiment d’accomplissement (aidé qu’il est par ses fils), un regard en arrière qui n’a rien de blasé ni de complaisant mais, au contraire, des vocaux toujours aussi fermes et une production qui crépite.

How The West Was Won est conduit par des titres comme « An Epic Story » et « C. Voyeurgeur », un truc qui nous fait espérer que la mort demeure toujours une source de flirt pour son imaginaire.

***1/2

13 juillet 2017 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Bleachers: « Gone Now »

Jack Antonoff représente l’essence du « songwriter » pop qui aime à faire étalage de ses émotions et à les exprimer de la manière la plus vivace possible. Rien à voir donc avec un quelconque artifice, Gone Now est le parfait pendant de son premier album, Love Letters, dans la mesure où on y retrouve cette correspondance amoureuse pour la pop indie telle qu’on la pratiquait dans les années 80.

Antonoff utilise à nouveau cette focalisation en mode grand angle pour véhiculer ce qui constitué l’essentiel de son répertoire, un exutoire aux peines de coeur. Pour accentuer catte tonalité dramatique, les arrangements sont grandioses voire grandiloquents et les orchestrations se veulent audacieuses.

Il appartiendra donc à chacun d’y trouver sa thérapie ou pas ; l’honnêteté revendiquée de « Let’s Get Married » ou un « Foreign Girls » pris sur le registre de l’auto-tuning peuvent sonner dérisoires, infantiles ou, au contraire, palpitants de véracité. On ne peut s’empêcher de penser pourtant que Gone Now résonne de manière terriblement datée et rien moins qu’anachronique.

**1/2

13 juillet 2017 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Lorde: « Melodrama »

Quatre ans ce peut être énorme si on considère l’immédiateté et l’inconséquence qui gouvernent la marche de notre monde ; ça l’est encore plus quand il est question de musique, en particulier dans le domaine de la pop-rock.

Si on prend en compte le fait que Ella Yelich-O’Connor (alias Lorde) n’avait que 16 ans au moment de son premier album, on ne peut que qualifier de pari osé le contexte présidant à la sortie de Melodrama, son deuxième opus.

Ce nouveau disque va conserver certains éléments clefs du précédent : un son immédiatement repérable, des arrangements minimalistes, des mélodies immédiates et, habituel chez la chanteuse néo-zélandaise, des performances vocales d’où le phrasé demeure impassible et désabusé.

Quatre années ont passé pourtant et, ce qui s’apparente encore à Pure Heroine, son « debut album », est désormais réintégré sous une forme beaucoup plus adulte. Son humour noir, ses tonalités sardoniques et son exacerbation de frustration adolescente sont verrouillés par ce qui pourrait passer pour une réflexion désabusée sur ce qui l’a amenée si brusquement au statut de superstar.

La notoriété permet de verrouiller certains dans une image dont on ne peut se défaire, Lorde a choisi de déboulonner tous schémas de manière à rendre encore plus prégnante sa créativité. La vision qu’elle a du monde s’élargit et perd sa myopie et pour se concentrer sur une vie intérieure beaucoup plus riche et, parce qu’elle se débarrasse d’une représentation unidimensionnelle,moins hermétique et, en conséquence, plus accessible et en phase avec la société.

La vocaliste se donne enfin la liberté de se montrer vulnérable et hantée par l’amour sur des titres comme « Liability » et « Writer in the Dark » ce qui sonne comme une volte-face bienvenue par rapport à ce qui était auparavant expression de narcissisme et d’amour de soi. Accepter d’être « un jouet avec lequel les gens s’amusent » ne va pas de soi et, même s’il n’est que défoulement, a le mérite de générer de l’empathie pour la demoiselle.

Cette dernière n’oublie d’ailleurs pas de se départir d’observations cinglantes où, sur un « The Louvre » croulant sous un déluge de sarcasme s’adressant à deux amoureux perdus dans un musée les murs-même regorgent d’indifférence (« They’ll hang us in the Louvre/Down the back, but who cares? »)

Il en est de même pour cette façon sarcastique de considérer la le nombrilisme propre à l’adolescence et ses tentation hédonistes, l’alcool, la drogue, le sexe allant jusqu’à persifler sur le désir de mourir dans un accident de voiture, (un « Homemade Dynamite » raillant les penchants romantico-gothiques de certains de ses pairs.)

Ce qui évitera au disque de sombrer dans la caricature c’est la dextérité à jongler avec les points de vue. Ainsi, sur le « single » « Green Light », sa colère est tempérée, non pas par une simpliste crise de jalousie, mais par la perspective non pas que son amant l’ait trompé mais que, peut-être, elle ne le connaissait pas vraiment.

À cet égard le titre de l’album n’a rien de théâtral, il nous emmène plutôt sur une fausse piste, direction que Lorde semble affectionner ici. La tessiture est, en effet, plutôt à la lente ébullition qu’à l’acrimonie. Les plages s’enchaînent même avec fluidité et constance impavides. Ce peut être le refrain parlé de « The Louvre » , la provocation triomphante et ludique qui enrichit un « Sober II (Melodrama) » pris sur un registre inhabituellement haut ou même les accroches atypiques qui jalonnent l’album, « Loveless » ou le semi-industriel « Hard Feelings » épicé avec goût de refrains pop et de bons mots.

Avec ses récits où thèmes avinés côtoient exaltation euphorique, Melodrama est un disque idéal pour tout type de célébration. En effet, qu’il soit un break-up album déguisé en opus festif ou un opus festif travesti sous les habits d’un album de rupture, il s’offre le luxe d’être à la fois dramatique et cathartique et, ainsi, de refléter à merveille tout ce que l’on peut attendre d’une production ainsi intitulée.

En se concluant alors sur une « Perfect Places » ultime épiphanie de maturité, il nous met en relief que, inévitablement nous sommes voués à l’échec et que la volonté d’y échapper est simultanément futile et sublime.

****1/2

13 juillet 2017 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire