Cloud Nothings: « Life Without Sound »

14 mai 2017
Après quelques années où ils s’adonnaient à une volonté expérimentale, Cloud Nothings s’oriente avec ce quatrième album vers un son plus ramassé soniquement ce qui, pour eux, équivaut à alterner power-pop, post-hardcore et lo-fi.

Bien des choses seront familières ici ; les vocaux et les textes de Dyaln Baldi se coltinant à l’ennui et au mal-être mais, avec le production de John Goodmanson (Sleater-Kinney, Death Cab For Cutie), Baldi adopte ici des tonalités plus mesurées édulcorant ainsi les propos les plus drus.

Quand le vocaliste se veut contemplatif il ne s’éloigne alors pas trop du territore « emo » et les « singles » de Life Without Sound, tout évidents qu’ils soient, naviguent dans un bain aérien comme sur « Internal World ».

Les mélodies caresseront toujours les oreilles (« Things Are Right With You » ou le conversationnel « Sight Unseen ») ce qui ajoutera un côté cérémonieux à l’ensemble. Délaissant la dissonance, Cloud Nothings élaborent alors ici un canevas qui vivifie plutôt qu’il ne décourage.

***1/2


Joan Shelley: « Joan Shelley »

14 mai 2017

Il est délicat de pouvoir innover dans un genre aussi rebattu que le folk acoustique. C’est à partir de ce constat que Joan Shelley se garde bien de vouloir l’être. En dépit, ou plutôt grâce à cela, l’auteure compositrice nous fait partager un univers où tranquillité simple et arrangements mélodieux nous emmènent en un voyage musical où toute pose artificielle est exclue.

L’approche, à l’image de l’enchanteur chorus sur « Where I’ll Find You », semble être magique, de cette magie qui parvient à combiner intimité naturelle et assurance qu’un long travail en studio véhicule.

Si élégance et stylisation il y a, elles sont véhiculées avec concision et éloquence (« The Push And Pull ») mais aussi articulées avec chaleur et romantisme calme qui évoque Nick Drake ou Joni Mitchell. Comme ces deux derniers, Shelley nous montre une maîtrise de son art et elle l’exploite ici avec une grâce et une modération infinies.

***1/2


Charly Bliss: « Guppy »

13 mai 2017

Charly Bliss est un combo power pop dont le premier album nous rappellera immanquablement des groupes comme The Primitives, Veruca salt ou Belly. Guppy est, en effet, immédiat et addictif et qui, même si il n’est pas original, ne peut que gratifier nos oreilles et simuler noter appétit de choses fraiches et avenantes.

Ce dernier qualificatif est mérité tant il est percuté par les vocaux à la fois innocents et crapuleux de Eva Hendricks, une chanteuse qui, tour à tour, évoquera aussi bien Björk que Cindy Lauper.

On aimera la frénésie gourmande de titres comme « Ruby » ou un « Gatorade » parfumé au soda façon Weezer, les incursions discordantes de « Glitter » ou « Black Hol » », le tout servi sur un mode passif agressif où frustrations, sentiment d’insécurité et aventurisme se partagent le rôle principal.

À mi-chemin entre l’insolence gratuite et décérébrée à la Britney Spears et les élans vindicatifs de Pearl Jam ou PJ Harvey, Charly Bliss nous enrobent d’un délicieux arôme de douceurs où le miel est saupoudré de saupodré de piments.

***1/


Bondie: Pollinator »

13 mai 2017

Pour leur 11° album studio Blondie ont décidé de ‘essayer à quelque chose d’un peu plus différent. Ils ont constitué une liste d’un nombre varié de compositeurs dans le spectre pop-rock pour donner une pierre angulaire à leur démarche. Le résultat ne pouvait être que prévisible ; le produit fini est pour le moins mitigé.

« Long Time », co-écrit avec Dev Hynes , alias Blood Orange, est mélodique et frivole c’est dans doute cet amalgame qui en fait le morceau phare de Pollinator tout comme la dramaturgie explosive de « Fragments ».

« Best Day Ever » (écrit par Nick Valensi, le guitariste des Strokes) se fait un peu poussif dans ses efforts à mettre le feu et Debbie Harry ne se montre pas particulièrement à l’aise sur l’electro-pop de Charli XCK, « Gravity ».

Le combo, bien sur, interprète les choses avec compétence et professionnalisme mais, à trop vouloir sonner contemporain, l’entreprise retentit de manière artificielle et manquant singulièrement de pollen

**


Cindy Lee Berryhill: « The Adventurist »

13 mai 2017

Cindy Lee Berryhill nous présente ici son nouvel album depuis 10 ans, un disque empreint de solennité triste puisque The Adventurist est avant tout un témoignage sensible, celui qui a trait à la mort de son époux, Paul Williams, fondateur du légendaire magazine Crawdaddy à la suite d’un accident de moto.

Pour ceci, Berryhill s’est entourée de musiciens amis, en particulier Nelson Bragg du Brain Wilson Band, DJ Bonebrake de X, et David J Carpenter (Dead Rock West).

Nulle surprise que l’émotion et le travail de deuil soient présents tout au long de cet opus avec un titre d’ouverture, «  American Cinematographer », réunissant ce qui se fait de plus touchant et ample en matière d’Americana symphonique. On y notera en effet une instrumentation audacieuse, un son folk-rock plein de nostalgie et un climat général dans lequel l’effusion est la caractéristique prédominante.

On ne pourra, ainsi, qu’apprécier le délicat alliage entre subtilité des instruments à cordes, tessitures du piano et sécheresse pénétrante des sections rythmiques. Le tout sera allié à des textes évocateurs et dignes («  Somebody’s Angel », « Thanks Again » ou « The Heavy ») dont l’acmé sera un instrumental, « Deep Sea Diving ». L’ensemble concourra à transformer ces chansons de mort en un bien apaisant hymne à l’espoir et à la reconstruction.

***1/2


Chris Stapleton: « From A Room: Vol. 1 »

12 mai 2017

From A Room: Vol. 1 est le premier des deux albums prévus en 2017 par Chris Stapleton qui a bien raison de vouloir capitaliser sur sa récompense aux Grammy Awards obtenue pour son premier disque, Traveller.

Celui-ci avait était construit sur un judicieux mélange de compositions bâties sur le mode country et interprétées avec un engagement à l’intensité soul, éloigné de l’interprétation distanciée qui peut parfois caractériser le genre

C’est ce dernier élément qui se fait à nouveau jour dans la voix de Stapleton, un phrasé traînant et écorché et sur lequel chaque titre semble être le véhicule à un cri de souffrance.

Le chorus de « Either Way » en est la représentation emblématique si tant est su’on s’intéresse aux affres que peuvent susciter la prise en compte qu’une relation affective est en train de s’écrouler.

Quand l’interprétation est moins accentuée, l’emphase porte alors sur un sentiment de lassitude comme sur « Up To No Good Livin’ » où Stapleton prend conscience que, de révolté, il est désormais en proie à cune solitude à laquelle il est irrémédiablement condamné.

Musicalement on passera d’un country rock haletant mais solide (« Second One To Know ») à une stylisation plus « Southern rock » sur « I Was Wrong » et à des ruminations funéraires avec « Death Row ».

From A Room: Vol. 1 se terminera sur cette image signifiante, celle d’un destin porteur d’infortune tout droit sorti d’un manuel dont Tony Joe White aurait été l’initiateur.

***1/2


Black Lips: « Satan’s Graffiti or God’s Art? »

11 mai 2017

Bien qu’ils ne soient pas aussi prolifiques et se présentent de façon plus discrète que leurs homologues d’Atlanta, Deerhunter, Black Lips creusent le sillon « flower punk » de manière efficace et, somme toute, éclatante. Depuis 2011 et Arabia Mountain Mark Ronson avait été sollicité pour assurer la production ; Satan’s Graffiti or God’s Art?, lui, profite de la présence de Sean Lennon ce qui donne à ce huitième disque une tonalité plus distincte et ambitieuse.

Le disque bénéficie d’une ouverture, de deux interludes et de quelques exercices de style pour le moins intriquants. «  Can’t Hold On » nous reverra à ce rock boueux, funéraire et hautain que Deerhunter affichait à l’époque de Monomania alors que « Crystal Night »affichera une modulation plus proche de ces ballades opulentes façon « fifties » qui ne sera pas sans rappeler un combo comme Ween.

L’ensemble ne fonctionne pas toujours. « Got Me All Apes » singera le blues du Delta de manière pas très subtile et le choix « garage » se fera lassant au bout de quelques morceaux. Satan’s Graffiti or God’s Art? n‘est, à cet égard, certainement pas un travail d’orfèvre touché par la main de Dieu, il demeure toutefois un opus témoignant d’une véracité qu’on ne saurait passer sous silence.

***1/2


At The Drive-In: « In•ter A•li•a »

11 mai 2017

Relationship of Command fut l’album qui permit à At The Drive-In de faire école et d’inscrire son opus comme référence de la mouvance post-hardcore. Après une séparation et diverses tentatives en solo, le combo est de retour 17 ans plus tard avec un In•ter A•li•a qui le voit renouer avec un répertoire dégraissé de toute incursion expérimentale.

Avec leurs riffs contorsionnés et leurs textes cryptiques des titres comme «  Governed by Contagions » ou «  Incurably Innocent » nous remettent en mémoire les meilleurs moments du combo. Manque pourtant cette impression de première fois qui faisait que le manque de précision dans l’exécution offrait en matière d’adhésion à l’esthétique du groupe.

Dans l’ensemble, on ne peut s’empêcher d’avoir le sentiment que le groupe s’essaie à re-capturer le son de sa jeunesse mais qu’il s’y emploie de manière forcée et manquant de spontanéité. La férocité est toujours là, toute comme les riffs addictifs mais le tout semble être lissé par une production domestiquée et une exécution qui manque singulièrement de coeur. AtThe Drive-In avait une âme, In•ter A•li•a peine à la raviver.

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Arto LIndsay: « Cuidado Madame »

10 mai 2017

« Pele de Perto » et « Arto Vs. Arto » nous offrent la perspective sonique dans laquelle se situe la carrière de Arto Lindsay sur son nouvel album, Cuidado Madame. Tout y est disparate avec un rythme saccadé, une désorganisation apparente et, dans le chant, une atmosphère de proximité où dandyisme jouxte les tonalités afro-cubaines servies par un grand renfort de cordes de guitares en nylon.

Dualité constante entre le mélodique et l’expérimentation la plus agressive, entre minimalisme de la bossa nova contorsionnée par des distorsions de guitares, des effets electro. Le maître-mot sera ici le décalage avec sensualité et textures contemporaines, contrastes où la violence des orchestrations se met au service de l’intime (les « backbeats » de « Vão Queimar Ou Botando Pra Dançar » ou « Seu Pai” ».

Arto Lindsay a pour singularité de frayer dans l’avant-garde mais de puiser ses explorations dans les racines de ce qu’il y a de plus primal et organique, manière de confirmer qu’on peut être aventureux et demeurer dans le groove.

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Andrew Combs: « Canyons of my Mind »

10 mai 2017

Se passerait-on d’être catalogué comme « l’homme le plus triste de la musique country » ? C’est une définition qui colle à la peau de Andrew Combs depuis qu’il a écrit un morceau aussi pénétrant que « Too Stoned To Cry ».

Ce surnom est même devenu inévitable quand All These Dreams (2015) a cimenté une telle image. L’album a prouvé que le Texan était aussi un compositeur émérite capable d’écrire des textes à la beauté intense et que ses nombreuses années passées à tourner lui avaient donné une vision très claire de ce vers quoi sa musique devait s’orienter.

Canyons Of My Mind maintient toujours cette approche « americana » mais, ici, le climat « singer songwriter » des 70’s s’échappe d’une formulation classique pour prendre une direction qui lui est propre et plus personnelle.

« Sleepwalker » est du Combs comme on est en droit de l’attendre (voix soyeuse appairée à une double basse et une steel guitar) mais les onze titres sont autant de petites vignettes servant de catalogue à un répertoire. « Hazel » vous hantera, « Blood Hunters » bouleversera vos entrailles comme un véritable hard rock et « Rose Colored Blues » déploiera un paysage qu’on ne pourra cesser de contempler.

« Dirty Rain » y amalgamera la fascination qu’on pourrait éprouver devant un spectacle où la désolation donnera âme et beauté à un tableau où l’espace semble confiné et verrouillé donnant à Canyons Of My Mind une ampleur éblouissante.

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