Crater: « Talk to Me so I Can Fall Asleep »

Si on se situe dans l’electro-pop postmoderne,  Talk to Me so I Can Fall Asleep de Crater est le parfait véhicule. Ce « debut album » capture en effet à merveille les angoisses et les frustrations auxquelles les technologies mobiles ont donné naissance aujourd’hui.

Ce duo féminin de Seattle prend acte du remplacement des moyens de communications humains par le contexte froid que les machines ont imprimé et il le fait par une musique qui vise à aliéner l’auditeur : vocaux bruts, guitares perçantes et phrases dont on peine à définir le sujet.

Les lignes mélodiques sont donc constamment mises à distance et il nous appartient alors à essayer de dénouer l’écheveau où banalité et profondeur semblent vouloir cohabiter. Sur « Ain’t Right » notre incapacité à nous connecter aux autres est pleinement mise à jour tout comme « Habits Die Slow » qui dresse un portrait lucide de la pathologie engendrée par une vie rituelle.

On peut adhérer ou pas à ce constat ainsi dressé et on pourrait souhaiter que Crater ose s’aventurer un peu plus vers des océans expérimentaux véritablement modernes. Quand il y parvient, (« Gross Relations ») on arrive enfin à des climats plus excentriques et ambigus ; c’est cette gestion de l’inconfort qui nous fait espérer une suite plus fructueuse.

***1/2

Coastgaard: « Devil on the Balcony »

Coastgaard sont de Brooklyn mais leur musique semble plutôt verser du côté Ouest des USA nimbée qu’elle est de psychedelia pop rock et de tonalités qui nous rappellent les années 0 ou 60.

La musique y était, à l’époque, si ce n’est paisible, tranquille et peu vindicative ; axée sur des mélodies ensoleillées (« Old Casino’) et des refrains où l’on croirait entendre les étraves de surf chevauchant les vagues du Pacifique.

« Something Misty » mêlera Beach Boys et Everly Brothers et les textes, fluides, prendront le relais pour véhiculer cette ambiance où les questions ne vont pas plus loin que le thème des relations que chacun a pu avoir lors de son âge tendre.

« Ruminator » ira vers un registre plus musclé à forte connotation « indie » apportant à Devil on the Balcony la tuche dont il avait besoin pour que l’on séloigne du « mainstream ».

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Witching Waves: « Crystal Cafe »

Ce deuxième album de Witching Waves voit le trio londonien s’orienter vers quelque chose de plus concentré en matière de vision. L’approche est toujours blasée et pessimiste mais, sur Crystal Cafe, le combo semble avoir grandi en termes de confiance. Le chaos est toujours aussi aérien mais moins de choses sonnent comme si elles avaient été construites au bonheur de la chance.

L’esthétique noise-pop demeure toujours dénué de raffinement mais ils ont maintenant tendance à introspection articulée (« Flowers ») et surtout des duos aux vocaux où le climat est plus à l’exubérance qu’à la rancoeur. Bien sûr one ne trouvera ici que des recettes bien éprouvées mais conjuguer humeur belliqueuse à étai mélodique sera toujours propre à cumuler avec bonheur pétulance et abrasion.

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Mount Moriah: « How to Dance »

How to Dance, le troisième album du trio alt-country, ne déroge pas à ce qui faisait l’essence de Mont Moriah, à savoir 10 compositions construites avec soin et grâce et mêlant country, folk et soft rock. Nous ne sommes guère éloignés de la tradition habituelle dans la mesure où la thématique est fortement ancrée dans la religion mais ce qui va distinguer Mount Moriah des certains autres combos c’est une approche plus rock en matière d’instrumentation.

Le groupe n’hésite pas à user de la pédale wah wah, de boogie façon Allman Brothers et d’une steel guitar qui apporte une touche de légèreté à des textes parfois chargés tant ils évoquent, la discrimination, la solitude ou l’empathie pour les incompris et les rejetés.

On comprendra, à cet égard, que des accords en distorsion peuvent avoir valeur apaisante et que How to Dance permet à Mount Moriah de trouver rédemption dans romance et mysticisme.

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Giorgio Tuma: « This Life Denied Me Your Love »

Auteur d’un merveilleux album de « chamber pop » (In The Morning We’ll Meet), Gogio Tuma s’était mis à expérimenter au moyen de « singles », de diverses collaborations et d’incursions dans le cabaret et le reggae.

This Life Denied Me Your Love voit l’Italien renouer avec les tonalités rtiches de la chamber pop. Comme à l’origine on retrouve un son hérité des High Llamas et de Broadcast et évocateur de ces randonnées en solitaire la nuit dans les rues de Rome.

Si on ajoute un peu de soft rock («  Foxes Don’t Lie ») et une production plutôt vaporeuse aux confins de la dream pop on obtiendra un opus qui parvient toutefois à déchirer le voile qui l’enrobait grâce à des plages de « reverb » donnant à l’ensemble un son plus brouillé qu’éthéré. La ballade country, « Mountain Elia K » aura ainsi un climat cinématographique et « Maude Hope », lui, nous rappellera des groupes comme Stereolab.

Le résultat est un bel album fait de sophistication pour amateurs de bonne « easy listening ».

***1/2

 

Quilt: « Plaza »

Le troisième album de Quilt explore le côtés brillants mais aussi sombres du rock des années 60. Les dix plages sur Plaza barbotent dans de la sunshine pop, du freak folk et de la psychedelia hypnotique. En disant que, psychiquement, ils sont moins lourds que The Brain Jonestown Massacre mais moins mièvres que The Elephant 6 Collective. Le tout est ^produit par Harvis Taverniere de Woods.



« Passersby » donne le coup d’envoi sur une ligne de guitare circulaire, de très belles trilles de flutes et de cordes et la voix de Anna Fox Rochinski dont la douceur évoquera Vashti Bunyan. Shane Butler, l’autre compositeur, prend alors la relève avec un « Searching For » dont la mélodie vivace rappellera le « Pleasant Valley Saunday » des Monkees alors que « Eliot St. » aurait très bien pu figurer sur un disque de Van Dyke Parks.

Plaza ne sonne toutefois pas rétro ; le groupe est déjà capable de synthétiser ses influences et il parvient, en outre, à mettre en valeur avec fluidité l’interaction entre les deux vocalistes. Ajoutons que les compositions, si elles ne sont pas toutes sensationnelles, ont dans leur ensemble ce petit côté accrocheur qui incite à plusieurs écoutes. Quilt ne prennent pas un tournant radical propre à irriter les puristes, mais il est toujours réconfortant de constater que la psychedelia est encore dans de bonnes mains.

***1/2

Venetian Snares: « Traditional Synthesizer Music »

Aaron Funk est une sorte de légende en ce qui concerne la chose obscure. Le Canadien a déjà sorti un album dont le thème est basé sur le meurtre d’un enfant (Doll Doll Doll) qu’il conjugue musicalement avec une appétence pour l’absurde et l’aventureux sous forme d’electronica. On retrouve le même sens de menace sur Traditional Synthesizer Music, un disque sur lequel il sonne revigoré et rafraîchi.

On peut trouver un titre comme «  Everything About You Is Special » sarcastique mais, dès «  She Married a Chess Computer in the End » ou «  Magnificent Stumble v2 » Funk semble honnêtement sincèrement être dans la réjouissance.



Collégial et convivial, l’opus est né de l’acquisition d’une boîte à rythmes lui donnant une tonalité sautillante de complexes et multiples séances d’enregistrement pour donner à chaque composition une atmopshère différente. On en sort avec l’impression d’assister à une jam session qui semble à chaque fois au bord du déraillement avant qu’elle ne retrouve des structures plus fluides. Le résultat en est profond et la résonance d’autant plus forte qu’elle a pris l’option de la réjouissance désordonnée.

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Pinkshinyultrablast: « Grandfeathered »

Prenez Chvrches et My Bloody Valentine, mélangez le tout et vous obtenez un combo dream pop solide et agressif fièrement campé sur ses jambes. Le côté pop bénéficie d’une palpitation rythmique qui donnerait son plein dans un festival, l’aspect shoegaze évacue tout désir de faire un panorama luxuriant pour, au contraire, apporter un grain et une texture qui écorchent et vibrent.

Pinkshinyultrablast est un combo russe dont Grandfeathered est le deuxième album ; ils s’y montrent capables de juguler les guitares fracturées et les sons où la réverb fait son creux lourdement. Si on ajoute le phrasé onirique de leur chanteur Lyubov Soloveva on retrouvera les espaces doucement farouches où oeuvraient des ensembles comme Cocteau Twins et Sigur Rós.

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Steve Mason: « Meet The Humans »

Ce troisième album solo de Steve Mason nous présente l’ex joueur de fifre du Beta Band dans un style folktonique qui ne nous est pas étranger. Moins politisé, on y trouve encore des observations sociales aiguës comme sur « Water Bored » mais les thèmes de cet opus produit par Craig Potter (Elbow) sont avant tout des réinventions personnelles et des réflexions romantiques plutôt que des dénonciations du néo-libéralisme.

Mason a désormais quitté Londres pour Brighton et ce nouveau départ semble lui avoir donné une vision du monde plus positive comme sur « Run Away » et il enfonce même ce point de vue optimiste avec un « To A Dot » saccadé et turbulent.

Le disque est enregistré avec minimalisme et une voix presque chuchotée ; cela met d’aurant mieux en exergue la façon amoureuse dont Mason utilise l’électronique, en particulier sur le « single » « Planet Size ».

L’artiste est entré dans la qurantaine, il semble, à cet âge, avoir trouvé  la mesure de son talent le plus créatif.

***1/2

Yuck: « Stranger Things »

Les années 90 constituent encore un rêve, y compris en Angleterre d’où est issu Yuck. Ce deuxième album n’est en aucune mesure une exception. Leur hommage à ce que les grunge ont fait de mieux en matière de « guitar » rock est, ici, plutôt assez inspiré. Yuck nr sonnent pas comme des imposteurs mais plutôt comme des musiciens qui voyagent dans le temps, tétanisés par ce qui se fait aujourd’hui et cherchant à retourner chez eux. Stranger Things va cheminer habilement au travers de courants musicaux jadis populaires, ensuite abandonnés puis à nouveau revenus en vogue comme le « shoegaze » ou la « britpop »..

Outre le fait que le combo nous refasse une panorama habillé de chemises à carreaux, le troisième opus du combo londonien assène sa marque de manière parfois irrésistible ; « Cannonball » est une compo pop-punk joyeuse et rugueuse et « I’m OK » alterne romantisme et balancement avant de s’écraser comme si il fallait refaire vivre le blitz. La plupart des morceaux observeront ce registre engageant, celui-ci se terminera avec éclat sur un shoegaze classique et ravageur, « Yr Face » .

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