King Gizzard and the Lizard Wizard: « Nonagon Infinity »

Composé de sept membres, ce combo de Melbourne sort ici un huitième album qui, tout comme les précédents, est une véritable exploration de la folie dans toutes ses acceptations. Nonagon Infinity, bien qu’il soit, nommément, un disque de rock psychédélique, montre en effet que King Gizzard and the Lizard Wizard continuent de sillonner tous les espaces qu’une carrière musicale de ce type peut offrir.

Ce nouvel opus continue d’ailleurs de se distinguer des précédents dans la mesure où il a été composé et enregistré dans le but de former un loop sans fin. À ce titre, il se présente comme une œuvre faite de neuf morceaux (on pourrait dire « séquences »), un « nonagon » donc. Ce qui est en soin ambitieux mais non rédhibitoire est le fait que ce qui nous est donné d’entendre ne sonne jamais comme quelque chose de forcé ou d’affecté. Tout y est authentique musicalement et le loop n’a véritablement qu’un rôle d’étayage secondaire, le principale étant que Nonagon Infinity est un album indubitablement fun à écouter, et ceci dans son intégralité.

Bien que le disque soit séparé en plusieurs plages, ce qui importe est l’intention de présenter une éventail où se mêlent notion de glisser déposer et d’insérer des ruptures. Il est nécessaire de regarder l’album comme un tout, mais à tout délicat à appréhender. Le son garage rock va ainsi garder sa prééminence durant tout l’enregistrement et les guitares vont pousser de plus en plus fort en insertion dans le mixage la plupart du temps aux dépens des vocaux. Ceux-ci, difficiles à saisir, sont alors des adjuvants à la distorsion instrumentale.

Ce déboulonnage est aussi une réinvention d’un garage rock peu disert en matière de subtilités rythmiques. Mais King Gizzard ne serait pas King Gizzard si il ne nous régalait pas de quelques petites étrangetés dans le tempo. Les beats qui incitent à taper du pied sont essaimés de sections qui sont, non seulement en 9/4, mais également bredouillés de manière audacieuse et madrée, par exemple sur « Big Fig Wasp » alors que le « single » «  Gamma Knife » concentrera sur lui seul l’entière problématique de ne donner à cet album qu’une seule composition.

Pour couronner le tout, le groupe parvient à s’emparer d’une signature rythmique somme toute assez conventionnelle en 3/4 pour la relooker par des percussions ostensiblement répétitives, des vocaux distordus et des guitares à l’unisson sur le plan sonique.

Si on s’aventure alors à chercher des passages plus tempérés, il faudra se contenter d’une ligne de basse étonnamment bluesy et de légers déblayages de cymbales sur « Invisibe Face » comme pour donner un aspect jazzy à la composition.

King Gizzard and the Lizard Wizard réalisent ici un opus d’anthologie, non pas simplement parce qu’il est capable d’explorer toute une palette musicale en lui donnant un fil, mais parce que cette ambition exhaustive parvient à faire fi de toute définition limitative, de subordonner l’éléments grunge de la psychedelia pour lui donner cette touche minutieuse et artisanale dont il a tant besoin ; si le rock expérimental, le psychédélisme et la dissonance devaient avoir un creuset, il pourrait bien se retrouver sur cette infinité « nonagonesque ».

****1/2

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