Thés à l’Anglaise: Interview de Martin Newell

Avec Cleaners from Venus, the Brotherhood of Lizards, et en tant qu’artiste solo, Martin Newell a fait partie d’une des vagues les plus inventives de la pop-rock anglaise des 20 dernières années. Capable de composer des mélodies accrocheuses en diable et dotées d’harmonies exubérantes , il demeure encore un expert lyriciste quand il est question d’humour et d’esprit.

Avec quelques hurluberlus de la trempe de Syd Barrett, Robyn Hitchcock, des Beatles, Small Faces ou XTC, il est parvenu à créer un de ces univers qu’on déguste d’autant plus qu’il demeure un des trésors cachés les plus précieux et rafraîchissants de la pop anglaise. Desservi par des compilations hasardeuses qui ne lui rendent pas véritablement hommage, la sortie de Teatime Assortment nous permettra néanmoins d’en savoir un peu plus sur le bonhomme.

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Est-il vrai que, durant les 70’s, vous faisiez partie des musiciens auxquels on pensait pour entrer chez London SS ? (Bien que n’ayant jamais fait un seul concert, certains de ses membres furent à l’origine des Damned, de Clash et de Generation X).

C’est le genre de truc qui est à mi-chemin du mythe et de la réalité. Je ne faisais pas partie des London SS mais personne non plus ; ça ne représentait qu’une idée punk. Vous saviez, vers 1975, tous les musiciens portaient la barbe, avaient les cheveux longs et faisaient de très longs albums de rock progressif . Ailleurs il y avait ceux qui faisaient du country-rock comme les Eagles ou les Flying Burrito Brothers. Beaucoup de gens trouvaient que certaines choses s’étaient perdues et les labels de disques ne signaient pas des artistes comme nous. Nous étions trop jeunes pour être des hippies ; on avait juste le sentiment que les choses devaient changer.

Je venais de la « glam generation » ; je faisais partie de ces « young dudes » que David Bowie et Mott The Hoople évoquaient. Mais ce qui se passait avant tout pour moi , c’est que, au lieu de fréquenter des punks , j’avais intégré un group de rock progressif . C’était mon côté atypique ; j’avais 20ou 21 ans et mon groupe de glamù rock avait disparu. Je n’avais rien d’autre à faire que jouer au billard dans les bars et me saouler car je ne faisais plus partie de rien. Je me sentais malheureux. Un jour j’ai lu une annonce dans le Melody Maker : un groupe cherchait un chanteur excentrique.

J’ai téléphoné et je suis tombé sur quelqu’un qui je crois était Brian James, du moins c’est ce que me disait Captain Sensible. Ils voulaient former un groupe, il y avait aussi Billy Idol et personne parmi eux n’était connu. Tony James plus tard, fut membre de Generation X, Brian James, lui, forma The Damned et d’autres allaient faire partie de Clash.Il y avait aussi Mick Jones mais je ne suis plus très sûr. Ça a sans doute le meilleur groupe à n’avoir jamais fait un concert. The London SS était une idée géniale c’est moi qui ait été l’inventeur de cette histoire. Je ne savais pas ce que je voulais aussi quand on me disait au téléphone qu’on cherchait un chanteur provocateur et qu’on souhaitait faire autre chose que du country-rock et du progressive-rock, je disais que nous étions l’oiseau rare.

Après avoir bavardé durant trente minutes sur des trucs aussi débiles que les fringue et l’attitude ja lui ai finalement demandé : « ‘Quel genre de musique as-tu l’intention de faire ? » Il m’a dit : « Ben, un truc avec une voix façon Keith Richards et qui bouge pas mal. » Je n’étais pas de ces plus enchanté et j’ai joué à pile ou face dans ma tête. Finalement j’avais décidé de ne pas passer l’audition. J’ai ajouté que, à l’époque j’étais en contact avec les types qui ont été à l’origine du punk. Que Captain Sensible était avec nous, qu’on allait tous au Japon pour donner des interviews et j’ai commencé à raconter cette histoire comme quoi j’étais en cheville avec London SS. Un jour ce type me dit qu’il avait travaillé avec eux voilà dix ans et qu’il n’était ni plus ni moins que Brian James !

Ensuit vous avez fait un « single » pour Liberty en 1980.

« Young Jobless », c’était mon introduction à la renommée. J’avais à peu près 26 ans. J’étais plongeur dans un restaurant et, tous les jours, il y avait ce DJ appelé Big Lee Travis qui venait y déjeuner. Le « single » est sorti et, soudain, je l’ai entendu sur Radio 1. Ma mère m’a appelé pour me dire qu’il y avait un article sur moi dans le Daily Mail et qu’ils disaient que j’avais composé une chanson sur le chômage et la drogue. Au début j’étais assez excité mais, très vite, inquiet car je voyais que tout le monde m’en voulait à cause de cela.

Je n’avais pas pensé que le notoriété serait à l’origine de tout cela. Je croyais que les filles me courraient après, qu’on me demanderait des interviews comme cela se faisait dans les films des années 50. Des lumières flash, des micros, etc. C’était une vision américaine de ce qu’est la célébrité ; la presse britannique est assez impitoyable quand elle est sur une piste. Elle est prête à raconter n’importe quel mensonge et elle se moque de qui elle sacrifie. Si ils vous apprécient, tout va bien, sinon, comme ça a été le cas pour moi elle fait de vous un reclus paranoïaque ou un drogué. Quelque part, ce vertige m’a permis de donner naissance à Cleaners From Venus

Pourquoi avez-vous décidé de sortir la majorité de votre matériel sur cassettes au lieu d’essayer d’avoir des contrats d’enregistrement ?

J’ai été l’un des inventeurs de la notion de circulation « underground » pour les cassettes. J’étais juste un jeune musicien pop de type Spinal Tap, uniquement préoccupé par sa coupe de cheveux, les filles, la drogue et la musique. Je ne connaissais rien à la politique et puis, je me suis mis à lire des tracts anarchistes. J’avais toujours eu un esprit rebelle mais je suppose que, à l’époque, je n’avais pas beaucoup de cervelle. Peu à peu les lectures ont continué à germer et, comme vous le savez, les nouveaux convertis sont les plus zélés. Je suis devenu un anarchiste d’agit-prop à part entière. Foutons en l’air le système ; vous savez le style Lennon et ces slogans : « Imaginez qu’ils déclarent une guerre et que personne ne se déplace. » Pour nous c’était : « Imaginez qu’ils démarrent un label de disques et que personne ne veuille signer. »

Je trouvais que ça n‘était pas pérenne et comme on était tous végétariens on ne nous enverrait que des légumes, des fruits et aucune viande. Mais, pouvait-on accepter de la nourriture séchée ? Finalement on s’est aperçu que ça ne marchait pas très fort et que le mieux était de faire payer les gens qui voulaient nos bandes ; ceci dit nos prix étaient le plus bas possible.

Nous avons eu de plus en plus de notoriété et une sorte de businessman est venu me voir un jour pour me dire quelque chose du genre : « Martin les choses semblent décoller pour toi. Qu’est-ce qui va arriver si tu as encore plus de succès ? » Tu vas devoir devenir un capitaliste. » Je lui ai dit que j’étais anti-capitalisme et que je voulais baisser encore mes tarifs. Il m’a alors demandé ce que j’allais faire si il y avait de plus en plus de succès dans le monde et si je n’aurais pas à distribuer de l’argent. Je suis alors rétorqué qu’on payerait les gens pour le leur redistribuer avec les bénéfices qu’on aurait engrangés. Il s’est fâché très fort et j’ai dû partir du pub où on était pour éviter qu’il ne me frappe. (Rires) Dès qu’on touche à l’argent, les gens deviennent comme fous ; ils n’aiment pas l’idée qu’on puisse ne pas vouloir tirer profit de quelque chose ; ça va à l’encontre du raisonnement ou de la logique qu’ils peuvent avoir. C’est pour cela que je continue à tenir ce type de discours.

Comment êtes-vous parvenu à faire connaître vos cassette ?

Il y avait des tas de fanzines et toute une flopée de personnes qui se sentaient mal dans leur peau au moment du punk. Des tas de petits magazines sortaient nuit dans tous les coins du pays. C’était des trucs agrafés durant la nuit par des types complètement barrés qui se disaient qu’ils pouvaient faire parti de quelque chose. Je leur écrivais avec un petit mot leur disant : « Je fais quelques bandes musicales, vous vous sortez des articles, voulez-vous que j’écrive quelque chose ? » Nos enregistrements éteint alors chroniqués et les gens pouvaient écrire quelque chose sur des paquets de cigarettes et des trucs comme ça. Ça marchait hyper bien ! Ils nous filaient parfois 50 pence d’un billet d’une livre qu’ils avaient ! Parfois ça arrivait 6 mois plus tard car les fanzines ont une parution pas très régulière aussi ,à chaque fois qu’on sortait une cassette, une commande nous attendait. Quand on était arrivé à vendre cassettes sur un seul enregistrement, c’était plutôt du bon boulot.

Elles étaient jouées sur des radios underground même en Suisse ou ailleurs ! Je n’en croyais pas mes oreilles. Arriva un stade où l’Argentine avait décidé d’annexer les Malouines. On enregistrait alors sous le nom de Cleaners From Malvinas car on savait que ça rendrait les Anglais enragés. Pour moi c’était « fun » ; un jour je décidais de m’appeler The Hedge car je faisais du jardinage et coupais des haies.

C’est à cette époque que j’ai eu une lettre d’un opérateur radio d’un des vaisseaux de Sa Majesté. Il passait nos cassettes ce qui a fait de moi un chroniqueur musical de la Guerre des Malouines. C’était assez titillant pour moi (Rires).

Ce qui est intéressant et que vous soyez restés dans l’underground pour distribuer votre musique mais que celle-ci était toujours accrocheuse et conservait une sensibilité pop. Comme si vous étiez anti-establishment mais que, à l’inerse de Crass par exemple, vos productions demeuraient accessibles.

Crass ont persuadé Captain Sensible de devenir végétarien. Ils étaient tous complètement azimuthés. C’est vrai que je voulais faire des petites chansons pop accrocheuses avec des textes plutôt méchants. Ce qui m’intéressait c’était la pop et j’étais très naïf. J’aimais les Beatles, les Monkees et des tas de trucs comme ça. Toutes ces postures à propos d’art me laissaient indifférent. Ce qui me plait c’est une bonne mélodie, refrain, chorus, refrain chorus une petite guitare psychédélique et le tour est joué. Je laisse les trucs bruitistes aux « art schools ».

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Les types qui faisaient de la musique durant les Sixties étaient de très bons musiciens. Ce n’était pas du tout notre cas ; on était plutôt mauvais à cet égard. Lol pouvait tenir un rythme mais il était presque toujours défoncé. Je voulais juste m’abstraire de cela et passer à autre chose. Je n’ai jamais été un bon guitariste, quand je faisait parti d’un groupe, j’assurais les vocaux. Mon credo était de faire les choses comme elles vous venaient et j’estimais que tout ce qui était du ressort de l’alambiqué était réservé à ceux qui tâtonnent et expérimentent dans le noir. J’étais très impatient en fait, je ne cherchais pas à ce que ce soit parfait ; je voulais juste que ça reste « fun ».

Il y a eu d’autres musiciens, hormis Lol, qui se sont acoquinés à vous sur toutes ces années.

Tout à fait ; plus on progressait plus il y avait de gens qui souhaitaient nous rejoindre. Je ne le suis jamais considéré comme un musicien et beaucoup me disaient ; « Martin, tu pourrais être bon si tu étais entouré, par des vrais musicos. » On a toujours essayer de me raffiner avec plus ou moins de succès. IL est vrai que quand je suis surchargé par des tas de types autour de moi, j’ai tendance à laisser filer et à m’abstraire du jeu. En fait, je n’aime pas que les musiciens fassent que je sonne meilleur que je ne le suis. L’idée générale, l’élément « fun », ce que je considère comme le génie de la chose sont que c’est l’expérimentation qui va déclencher l’étincelle. Je ne me vois pas expérimenter à longueur et attendre qu’un Conseil des Sages décide de ce que devra être lune note. Je ne suis crois pas en l’artisanat pour composer.

Je fonctionne encore ainsi à présent. Il se peut que je fasse un nouvel album ientôt mais il sera enregistré dans un studio minable, je jouerai probablement de tous les instruments ce qui veut dire qu’il y aura des trucs merdiques. Je sais que c’est pour cette raison que mes fans m’aiment ; les labels et les musiciens s’acharnent depuis 15ans sur le son. Je considère que ma mission est de le combattre.

Votre art de la composition est on ne peut plus britannique ; il y a toujours des passages facétieux dans les références qui jalonnent vos textes.

Eh bien je suis Anglais ! Hemingway disait qu’il fallait écrire à propos de ce que l’on connaît et pas beaucoup plus. Je ne me vois pas composer un morceau sur la Route 66 car je n’y suis jamais allé. Je pourrais le faire sur le A12 par exemple, une autoroute ennuyeuse à mort. Je ne le fais pas mais je pourrais si je le souhaitais. J’aime écrire sur les petites choses que nous connaissons., ce qui nous est familier et que vous pouvez faire passer du sublime au ridicule. C’est comme un truc à la Monty Python ; vous volez quelque chose, sur la route vousindex voyez des arbres et vos commencez à discuter des arbres avec la personne que vous avez volé.

L’essence de mon « songwriting » c’est cela. C’est un peu comme donner vie à une existence qui est issue de vos souvenirs. Les gens voient en moi un poète, un écrivain. Vous saviez cela ? J’ai toujours trois ou quatre livres de poésie autour de moi, je fais des tournées où je participe à des festivals de littérature. Parfois on me voit à la télévision et, en Angleterre, je suis avant tout connu comme poète humoriste. On voit aussi en moi celui qui était musicien, qui avait eu du succès au Japon ou qui connaissait Captain Sensible. Ce qui compte pour moi est la poésie et les poètes ne deviennent jamais célèbres, pas comme des pop stars. Être reconnu en tant que poète est un grand honneur pour moi ; dans ce milieu on ne connaît pas beaucoup la musique, on estime simplement que je suis une vague star de glam-rock. Ils n’ont pas vérifié, ça ne les intéresse pas.

Comment expliquez-vous que vous soyez à peine connu en Angleterre en tant que musicien et que c’est surtout dans d’autres pays que vous êtes un artiste culte alors que votre inspiration soit si Britannique en terme de personnages ?

C’est très étrange de savoir que des gens en Allemagne, au Japon ou en France vous voient comme doté d’un pouvoir musical énorme. IL y a beaucoup d’articles sur moi dans les magazines français où on me voit comme une sorte de Jacques Brel anglais. En Allemagne je suis perçu de la même manière qu’aux USA, comme une sorte de figure culte. C’est assez extraordinaire d’avoir ce « crossover » de personnes qui se rendent compte qu’un type venu de Grande Bretagne est capable de se faire connaître dans des pays étrangers et d’y distribuer ses disques, sans parler des tournées. Le problème est que si je raconte tout ça à des gens dans un pub, ils vont penser que je suis siphonné ou que je suis un mytho. Pour certains, ce type de choses est inconcevable.

C’est comme ça quand vous vivez en Angleterre ; il y a un petit groupe qui sait qui je suis, il y a les quelques milliers de gens qui achètent mes disques et, à l’occasion, et de plus en plus rarement, je rencontre un type qui souhaite m’aborder d’un peu plus près. Au Japon, je suis assez suivi et les gens en Angleterre trouvent cela extraordinaire et me croient à peine. Je crois qu’en Angleterre ils ont une attitude très cynique par rapport au succès. Ils préfèrent que vous soyez un raté, ça les fait se sentir plus à l’aise ; surtout quand vous leur dites que vous ne vous sentez pas très bien.

Il ne vous est jamais arrivé d’être dans un train ? Vous êtes assis et, par la fenêtre, vous voyez un train se dirigeant dans la direction opposée à la vôtre. Arrive un moment où vous ne savez pas très bien où vous êtes ; dans votre train ? Dans un autre ? Vous vous demandez si vous bougez ou si vous êtes immobile. C’est une sensation assez bizarre. C’est ainsi que se passent les choses en Angleterre si vous avez du succès. Vous vous déplacez lentement et cela met en valeur me statut des autres… À un moment ou à un autre, chacun subit ce type de conséquences et en est malade. On essaie de se rassurer mais ça ne dure jamais bien longtemps et vous retournez à la normalité d’où vous aviez été issu. Le succès n’est pas chose normale en Angleterre. On considère que c’est une aberration et on estime normal d’observer les gens et on se réjouit quand ils pètent les plombs.

Tout cela en revient à dire que le talent est une chose très fragile. C’est comme Tinkerbell la fée dans Peter Pan. La plupart des gens retournent à leur travail de tous les jours. On vous demande si vous faites encore de la musique comme si c’était une maladie vénérienne. C’est la même situation aux USA, au niveau XL.

Vous avez sorti de nouveaux enregistrements durant les 80’s alors qu’ordinairement tout était sur cassettes. En quoi était-ce différent ?

Ce qui est sorti sur disque était plutôt bon. Si vous regardez ce que j’ai fait pour Golden Cleaners c’était même plus que bon. Les bandes, c’était un autre esprit, juste une chose totalement différente. Quand il n’y avait que Lol et moi à bidouiller avec des trucs « homemade » vous saviez que ça valait le coup. Mais une fois qu’on a signé sur un label il y avait autour de nous des musiciens, des ingénieurs du son qui nous signifiaient que tout ça c’était des broutilles. Des musiciens de rock qui voulaient prendre leur pied ?Pas chez nous ?Le label voulait que l’on fasse un album on leur a a dit que on voulait continuer comme avant. Même en nous disant qu’on aurait pu se faire plus de fric on les a envoyés se faire voir. Heureusement que j’ai pu garder mon sens de l’humour et ne me suis pas plaint. Je connais des tas de gens qui étaient dans la même situation et qui s’en sont tirés avec une dépression nerveuse.

Qu’est-ce que vos nouveaux collaborateurs ont apporté de différent ?

Lol est malade depuis un certain temps. C’est un type très drôle, un vieux hippie anar. Il était super mais n’avait aucune discipline. Son élan était canalisé par la quantité de ce qu’il fumait mais quand il était bon, il était vraiment génial. Il m’a beaucoup inspiré tout comme Gilas Smith qui était plus âgé que nous deux. Il était différent ; tout droit sorti des années 80 et de ce qu’elles véhiculaient. C’était vraiment un produit de son époque et je ne m’en rendais pas compte. Il voulait être une pop star et se voyait comme Greeb de Scritti Politti, ou George Michael, ou Sting. Pour moi il n’y avait rien de pire !

Pourquoi alors s’est-il acoquiné avec vous ?

C’était un excellent pianiste couplé au fait qu’il pouvait être très farfelu parfois. Je crois qu’il nous a suivis parce que il ne pouvait espérer mieux à l’époque. J’étais une mélange de punk et de hippie, j’avais du mascara et des idées bizarres mais je possédais la flamme. Je faisais des trucs, j’avais sorti des disques. Lui venait de la fac, c’était un fils de bonne famille. Il était à Cambridge, vous imaginez ?! C’était un type plein d’esprit, très malin ; il avait neuf ans de moins que moi mais il m’impressionnait. Très brillante et très urbain, policé. Je crois que son grand regret est de ne pas être devenu une star de type George Michael.

Quelle était la différence entre The Brotherhood of Lizards et Cleaners from Venus ? Les deux sonnent de manière assez similaire.

The Brotherhood of Lizards représentait un effort de de renouer avec l’esprit des Cleaners. Je trouvais que nous l’avions perdu après notre troisième album, un peu comme donner de nouvelles voiles à un navire. Avec l’arrivée de Giles, nous avions perdu de notre superbe et avions adopté une vitesse de croisière plus lisse. Je voulais retourner dans mon vieux rafiot.

Pourquoi êtes-vous revenu à des enregistrements plus discrets ?

Tout était devenu trop professionnel et notre label nous avait mis la pression. C’est quelque chose qui est imperceptible mais, une fois que vous êtes dans la luge, vous ne pouvez que descendre. Quand vous réalisez que vous ne savez pas qui mène la chose, il est trop tard. Au fond, je suis un type sans beaucoup de prétention, je veux juste faire de la pop carillonnante avec une petite tendance vers du dur. Pour beaucoup, c’est une chance de se faire un peu d’argent, d’avancer dans leur carrière. Je n’ai jamais cherché à me faire du fric ; j’adorais juste que l’on parle de moi, faire des interviews et rencontrer des gens. Je ne cours pas après la renommée et la drogue ne m’intéresse pas. Pourquoi alors claquer trop de fric ? Mon problème est que je suis une personne trop naïve et qu’il y a trop de gens qui sont ambitieux à ma place. À force de me pousser, on ne fait que coincer mon mécanisme et me faire fuir.

Dans tous les albums que vous avez faits quels sont vos préférés ?

Quand j’écoute nos tout premiers enregistrements avec Cleaners, je trouve qu’on avait vraiment quelque chose. Avec Brotherhood of Lizards on était bons mais on marchait sur des sables mouvants. Quand j’ai travaillé avec Andy Partridge sur The Greatest Living Englishman, là on était carrément brillants ! On était tous les deux un peu perdus et nous avions simultanément des relations qui étaient en train de casser. Ça n’était pas très différent de Sting et Phil Collins : on ne suivait plus une thérapie et on ne se lamentait pas sur notre sort. On a évacué le truc vite fait bien fait comme des mecs : enfermés dans une remise, sorti l’album comme des chefs.

indexLa galette a eu de très bonnes chroniques, ;Rolling Stonel’a comparé à Shake Some Action des Flamin’ Groovies. À l’époque ces branleurs de journalistes parlaient encore de « classic rock ». Toute ma vie j’avais espéré une chronique dans Rolling Stone. Est-ce que ça m’a rapporté de l’argent ? Non. Est-ce que ça a encore de l’importance ? Non.

J’en avais fini avec ma carrière quand j’ai appris que Andy Partridge voulait faire un album avec moi. J’adorais XTC et je ne comprenais pas pourquoi il souhaitait ça. Je suis allé le voir et on s’est tout de suite bien entendu. On a réussi à sortir ce super disque, probablement le meilleur que j’ai jamais fait. Je considère que c’est un truc indéracinable.

Je me souviens avoir pensé en le terminant : «  Eh bien, si je meurs aujourd’hui je pourrai partir l’esprit tranquille. » Et je n’ai pas changé d’opinion depuis ! 

La carrière de Partridge a été pas mal secouée avec ses labels et les complications financières qui en ont résulté.

Ils ne vous doivent pas de l’argent, mais vous oui ! Il a été chez Virgin/EMI et il a essayé d’ en libérer XTC . Ils ils ont essayé de l’étouffer alors il s’est mis en grève . XTC était un gros groupe à l’époque et nous pas grand-chose. J’ai alors réalisé que Cleaners ne pesaient pas lourd à côté.

Et vos livres de poésie ?

J’ai quelques publications de temps en temps, notamment en Amérique. Je continue dans ma mission qui est de secouer et provoquer les gens. Ils ont la vie trop facile. Alors autant continuer…


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