Martin Newell: « Teatime Assortment »

Dans les années 80, du temps où il enregistrait dans sa propre demeure et se faisait appeler Cleaners from Venus days, Martin Newell semblait être frappé de génie comme par accident. Ses compositions étaient des véritables chefs d’oeuvre de power pop étincelante avec, par exemple le fabuleux « Marilyn on the Train », émergeant de manière resplendissante et épanouie d’un cerveau facétieux infecté de fuzz, de riffs et de loufoquerie.

Maintenant, après trente années, sa main est restée toujours aussi ferme et son inspiration à son top. Il est facile de l’imaginer en train de composer de superbes mélodies, avec lenteur et minutie, tout en conservant cette approche empirique où l’échec est toujours inspiré par l’expérience tentée, mais où le succès est toujours à la clef. Ainsi Newell a perçu ce qui fonctionnait ou pas, augmentant progressivement cette faculté à façonner des « hits » at à battre en brèche tout ce qui pouvait être de la niaiserie.

Le génie frappe comme il le souhaite (et il le fait un certain nombre de fois sur cette compilation de 24 morceaux) et les vallées y sont on ne peut plus plates et les erreurs patentes néanmoins. La résultante en est que loin y discerne une minutie artisanale mais que celle-ci s’appuie moins sur une inspiration délirante que sur une application pratique d’habiletés et de connaissances acquises.

Les titres qui s’égrènent sur Teatime Assortment ont été écrits entre 2010 et 2014, la période où son label avait réédité son catalogue initial sous forme de coffrets et que intérêt pour lui avait ressurgi.

On peut, à l’écoute, comment certains ont pu passé sous silence quelqu’un qui pouvait rivaliser sans peine avec Robyn Hitchcock et Robert Pollard tant on y entend son sens de l’harmonie mélodique même si elle est, à maintes reprises, parsemée d’une démonstration technique qui frôle l’indulgence.

La bonne nouvelle est que, sur près de dix chansons, on frise l’excellence, et ceci sans la moindre réticence. Des joyaux comme « Ghost of Jenni Rainbird » et ses riffs puissants, le désinvolte mais hanté « English Electric » ou un « Suknen City » qui nous ramène au plaisant souvenir de Robyn Hitchcock . La cerise sur le gâteau sera pourtant « St. Overdose by the Sea » à égalité avec un « Shabby Hearts » où XTC pointera le bout de ses accords et de sa mystique.

On retrouvera également cette tradition de la pop britannique qui puisait dans le music-hall quelque peu confortable (« Back in the Day », « Time We Talked Again ») tout en s’épargnant de tomber dans le piège du doucereux.

Il est ici question d’intelligence et d’esprit, de virtuosité dans des efforts qui s’efforcent d’éviter le trop maladroit ou hasardeux, de petits enregistrements pris sur le vif au bon soin d’accords mineurs, de regards pensifs plongés sur le passé à l’instar de cette Marilyn sur «  He’s Going Out with Marilyn », une jeune femme qui restera une figure indissociable de la pop où les doigts passés sur des cordes de guitares nous évoquent des carillons élusifs mais dont le tintement perdure comme réminiscence des tempos légers, frêles et bucoliques, là où l’herbe ne cessait jamais d’être verte, là où l’Âge d’Or de certaines années restait encore une ligne d’horizon indépassable.

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