Yo La Tengo: « Stuff Like That There »

Durant les quatre ans qui ont suivi leur premier opus, ce combo du New Jersey nous a gratifiés d’une curieuse collection de reprises et de compositions originales restituées sur un mode acoustique qui se détachait quelque peu de leur son d’origine.

Dans les années 90, Fakebook est ainsi devenu un des trésors qui ont enrichi le répertoire de Yo La Tengo, un catalogue plutôt vaste de plus de treize disques qui ont empli de leurs textures soniques plus aventureuses aventureuses que celles manifestées dans des virages qui paraissaient être plus découvreurs.

Reprendre Cat Stevens, The Kinks ou Gene Clark ne peut en aucun cas constituer une faute de goût même si le groupe ne s’est jamais avachi quand il était question pour lui de nous arroser de versions de leurs chansons qui tenaient continuellement le temps et la durée. Pn appelle cela des classiques ou des morceaux intemporels et, même si une écoute aujourd’hui peut leur donner une patine anémique, elle leur procure également un lustre dont on n’imagine pas qu’il puisse avoir une fin.

De ce point de vue Stuff Like That There ressemble à une série de photos aux images partiellement délavées ; un voyage qui évoque une jeunesse (la-nôtre, celle d’autres, peu importe ce qui explique partiellement que la liste choisie pour marquer ce 25° anniversaire ne soit pas si étrange que ça et sonne même charmante.

La seule différence sera également liée à une présence parcellaire du guitariste Dave Schramm mais le résultat en est toujours un son chaleureux et enveloppant grâce en particulier aux balais utilisés par les percussions et une proximité aux micros plus affirmée.

Le rôle de Georgia Hubley aux vocaux est encore plus accentué qu’à l’habitude ; son élocution assourdie et intime sera le ferment magique qui cimentera cette collection. Dès l’ouverture du «  My Heart’s Not In It » de Darlene McCrea ou en passant par le classique country vigoureux qu’est «  I’m So Lonesome I Could Cry » ou le shuffle qui reprend le « Friday I’m In Love » de Cure, la vocaliste marque clairement la frontière qui s’articule autour de son phrasé et en fait un enregistrement dont la cohésion ne souffre d’aucune fausse note.

Ceci opère quel que soit le registre des morceaux choisis ce qui est chose rare lors de la plupart des « cover albums ». Le choc avait déjà opéré avec Fade en 2013 mais ici le terrain est nettement mieux balisé et exécuté. On appréciera la capacité de Yo La Tengo à donner une version imaginative et originale du shuffle « I Can Feel The Ice Melting » des Parliaments et à transformer le titre en une composition country digne des sixties swing-pop ou à réinterpréter leur propre « Deeper Into Movies » et y apposer un véritable mur de fuzz ouvrant au méditatif voisin de Sun Ra.

Cet éclectisme est déroutant mais il est également délicieux car il fait jaillir le plaisir qui a donné naissance à son exécution. Il ne s’agit pas ici de redites notes pour notes fastidieuses et lassantes mais du respect que YLT a décidé de montrer envers les artistes qu’il a décidé de reformuler. La conclusion est alors bien simple ; voici un album dans lequel les titres sont comme des originaux ou même des morceaux jamais encore composés en dépôt du contexte qui leur a donné vie.

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