Myrkur: « M »

Le premier EP éponyme de ce projet de black-metal danois mené par une seule artiste avait creusé un sillon assez profond dans le paysage de la musique agressive quand il était sorti en septembre 2015. Beaucoup de critiques ont loué sa texture délicate composée de nombreuses ramures feuillues. On y percevait certaines réticences à ce qui était vu comme une autre de ces gimmicks publicitaires visant à faire la publicité de Amalie Bruun. On pouvait également se demander q’il n’y avait pas non plus un sous-texte sexiste tant une femme s’essayant en solo au black metal paraissait contre nature pour de nombreux afficionados.

M, le premier album, a donc déjà une charge ; celle de mettre de côté tous les dotes qu’on pourrait avoir à l’égard de l’artiste.

Ce disque n’est pas une « novelty » opportuniste et dans l’air du temps. Produit par Garm de Ulver, ses tessitures sont délicatement ciselées et imbriquées, certainement beaucoup plus que dans le style dans lequel Bruun a choisi d‘oeuvrer. Le résultat nous donne un opus profondément tactile et sensuel avec des atours qui incitent à la méditation et une structure imprégnée de classicisme. Les schémas se déroulent avec aise et élégance naturelles ; évocateurs et révélateurs de la manière dont l’artiste sait s’approprier l’espace.

Sur « Onde Børn » par exemple on se retrouve comme aux abords d’une forêt impénétrable avec une cette sensation de totale solitude dont vous vous saisissez car vous comprenez qu’elle n’est p q simplement intellectuelle. Cette condition humaine y est à son zénith et l’esseulement en devient en enveloppe dans laquelle se fondre.

Le fait que l’environnement puisse être perçu comme hostile car inconnu nous rend même encore plus curieux et introspectifs et fait de M un lieu mythique sur lequel on peut poser les doigts et en embrasser la folie.

Ajoutons également le timbre séducteur avec lequel Bruun enrobe ses textes, comme ces sirènes invitant Ulysse dans un monde meilleur : ce sera de cette manière inattendue et presque inconvenante que nus ne pourrons que vouloir nous fondre dans cet univers à la fois charmeur et hostile, dangereux et irrésistible et en sortir profondément transformé. Que ce soit pour y être noyé, damné ou dévoré.

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