Beach House: « Depression Cherry »

À l’opposé d’un grand nombre de groupes, Beach House a émergé de la scène musicale avec toujours la même formation qu’il y a dix ans. La dream pop diaphane de Victoria LeGrand et Alex Scally a été très vite une de ces choses que l’on remarque dans la mesure où elle libérait le duo et lui permettait de lui donner une finesse distincte de nombreux combos sans que le duo ait à se préoccuper du risque d’être pris pour un autre.

À cet égard, «Sparks », le « single » issu de Depression Cherry est plein de surprises avec ses empreintes de feedback mélodique et de vocaux fantomatiques comme étouffés et de compositions qui ‘sonnent àux antipodes de ce que le duo avait pu nous donner auparavant. Si shoegaze il y a, il est d’une nature revivaliste, parfaitement bien exécuté et il se nicherait sans qu’on puisse y redire quelque chose à côté d’une autre composition égarée de Yo La Tengo.

Néanmoins, sur un album de Yo La Tengo, le shoegaze ne serait qu’un des éléments permettant ce type d’excursions musicales. « Sparks », en fait se distingue comme un chien dans un jeu de quilles car le reste de l’album est du pure Beach House : loops nuageux de percussions en cascades, claviers interprétés en arpèges et mélodies d’où perce la mélancolie.

Le contralto enroué et rauque de Legrand ancre le disque dans une aura de mélancolie, telle une voix éduquée par l’influence de Carly Simon, et Depression Cherry peut être perçu comme appartenant à la même lignée de ces vocalistes dont le timbre possède une résonance magnétique. Le titre d’ouverture, « Levitation », n’hésite pas à faire grand cas de ses habiletés et ce, même avec des hauts parleurs dans une pièce voisine. Legrand parvient ainsi à rendre séduisant et tactile un vers de type « Tu as ébranlé mon esprit » sans que cela sonne comme un cliché.

Depression Cherry donne so meilleur quand c’est Legrand qui est le plus en évidence. Sur le « closer », le sombre et monacal, « Days of Candy » est elle accompagnée par un choeur de 24 voix en un panégyrique a cappella dédié à ceux qu’elle a aimés dans sa jeunesse et dont elle forge ainsi un élément gravé dans sa mémoire. Même avant que n’arrive la guitare carillonnante de Scally au moment du grand finale, « Days of Candy », la splendeur cinématographique, toute modeste qu’elle soit, s’est installée sur le grande écran que constituent nos perceptions.

Pourtant, entre un début qui nous laisse sans voix et une conclusion fastueuse, l’album perd un peu de son embrun. Considéré comme une approche qui se veut un retour à l’essentiel, Depression Cherry est parfois atteint de langueur et dépourvu de formes et le songwriting n’a pas le force passionnelle de Bloom. « Wildflower », enlevé dans son tempo, retrouve un peu de son impulsion dans don dernier tiers où il bénéficie de la plus belle strophe de Legrand : « What’s left you make something of it/The sky and what’s left above it/The way you want nothing of it. » Son texte est une apostrophe caractéristique dans laquelle le monde intérieur semble prendre le dessus sur celui qui est plus tangible répercutant ainsi la menace sous-jacente d’une dérive sans fin à l’intérieur de son propre esprit. La résultante en est la chasse d’un mirage qui offre des possibilité sans fin. Depression Cherry voit alors Beach House revenir sans cesse sur les mêmes pas, n’offrant ainsi que des retours qui vont en diminuant.

***1/2

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