Alpine: « Yuck »

21 juin 2015

Pour son deuxième album, ce sextuor de Melbourne s’éloigne peu à peu de l’indie pour donner à sa pop encore un peu décalée ses lettres de noblesse. Nous ne sommes pas (encore?) dans le registre du commercial façon Rihanna mais il est évident que en incorporant des éléments R&B et des beats electro Yuck nous prépare à une évolution prévisible.

Le son est sexy et voilé, les textes culottés et provocateurs débordants qu’ils sont de références au désir et à l’attirance des sens. Nous sommes en face d’un opus narcissique et se regardant le nombril y compris dans les doutes de soi figurent dans le registre de ceux abordant la vingtaine d’années.


Dichotomie entre monologues intérieurs et entrain juvénile, entre ces jams nocturnes (« Come On ») et ses « singles » confectionnés pour la radio (« Foolish », Crunches ») et ce ne seront pas leurs efforts les plus expérimentaux (les vocaux façon Björk sur « Jellyfish ») qu’ils nous enthousiasmeront en nous proposant quelque chose de novateur.

Ils ont fait de la « pop » un mot acceptable mais nous ne parlons certainement plus de la même chose.

**1/2


Meg Baird: « Don’t Weigh Down The Light »

21 juin 2015

Ceci n’est peut-être que son troisième opus solo mais Meg Baird a derrière elle une bonne dizaines d’année de diverses collaborations.

Elle a travaillé avec Kurt Vile et Will Oldham et a été un des éléments fondateurs de Espers, un groupe de psyche-folk.

Don’t Weigh Down The Light ne s’éloigne pas beaucoup des tonalités dans lesquelles œuvre son groupe : les vocaux sont assourdis et comme chuchotés, les harmonies véhicule un climat onirique où le tout est servi par une guitare acoustique à peine frappée.

Une slide guitar se mêlera par moments aux compositions pour y injecter une petite dose de psychédélisme nuancé (« Stars Unwinding » ou « Mosquito Coast ») et seul « Good Directions » impulsera un peu d’énergie par sa rythmique plus enlevée.

Si on ajoute que les vocaux de Blair sont souvent difficiles à décoder, y compris pour un « native », on considèrera que Don’t Weigh Down The Light est plus album sur lequel dériver qu’un disque propre à nous fasciner.

**1/2


Evan Caminiti: « Meridian »

21 juin 2015

Evan Caminiti de Bam Owl est de retour avec Meridian, une collection de titres où drones et beats fracturés se taillent la part belle. On ne sera surpris que par le fait que le musicien s’appuie désormais sur l’électronique plutôt que les guitares.

Il est vrai que cette progression s’est faite lentement mais elle ne fait que refléter la cadence qu’il imprime à sa musique. Caminiti s’est immergé dans une production totalement electro mais est parvenu à créer des tonalités qui sonnent organiques en dépit des machines utilisées : on aura ainsi des résonances de cuivres et des nids de choeurs fantomatiques.

Les synthés arboreront des craquements et des sifflements comme pour mieux exemplifier cette démarche. Quand on saura que tout a été fait non pas automatiquement mais avec une interaction en temps réel on comprendra que Caminiti n’a pas encore délaissé la patte humaine ni ne s’est complètement réfugié dans l’abstraction.

***


Mika: « No Place In Heaven »

20 juin 2015

On ne peut nier à Mika ce don pour réaliser des « singles » immédiatement addictifs d’autant qu’ils sont servis par une voix avec laquelle il peut tout faire que ce soit du Sparks ou du Queen.

C’est sans doute pour cette raison qu’on est en droit de demander de lui un album, son quatrième, qui ne sonne pas comme un recyclage des recettes passées. On peut considérer qu’être juge à The Voice en France ou The X Factor Factory chez nos voisins transalpins aurait pu représenter une possibilité d’ouvrir son horizon musical ; que nenni.

Il est évident ici que ce que l’on subodorait sur le précédent album est exact : Mika n’a pas la vision qui lui permettrait d’évoluer comme Sparks ni la versatilité de Fredie Mercury ; Mika est un excellent « entertainer » c’est déjà appréciable si on est capable de se mouler à ses gesticulations théâtrales.

De cet album on ne retiendra qu’un « Ordinary Man » où une profondeur à la Rufus Wainwrght se fait jour ; quant au reste cela demeure tout sauf une collection dans laquelle Mika s’est lancé des défis artistiques.

**1/2


COIN: « COIN »

20 juin 2015

COIN se définissent comme un produit des années 90, il est certain que ce quatuor se situe dans une veine post-grunge tout en essayant d’éviter certains de ses travers à savoir l’arrogance et la colère qui étaient si présentes dans ces groupes de nineties.

Le résultat en est un « debut album » éponyme qui se veut positif même si le registre choisi est celui de la fragilité des émotions humaines.

On est assez proche d’un registre « emo » où se posent les questions de l’amour, acquis puis perdu, les préoccupations à propos du futur et les regards en arrière embrumés par la nostalgie.

Rien de bien nouveau au niveau de la musique non plus, juste des interprétations correctes mais sans plus. COIN ne fera pas date en dépit de la sincérité affichée par ce combo de Nashville.

**


The Sun Harmonic: « After We Fly »

20 juin 2015

Kales Nathaniel Hikele a choisi un pseudo assez judicieux, The Sun Harmonic, pour nous délivrer une musique élégiaque, légère et endeuillée.

Pour cela il semble avoir puisé dans les plus belles ballades des Beatles pour y trouver inspiration, chose relativement aisé pour un jeune homme qui a pris des cours de paino classique depuis l’âge de cinq ans.

After We Fly est pétri de ces jolis maniérismes que l’on trouve dans la chamber pop sous-entendant un extérieur pastoral et traversé par les lueurs d’un soleil couchant.

 

Tout est donc dans la tempérance et la délicatesse, même quand, de-ci de-là, une instrumentation discrète encadre les morceaux mais ce sera surtout quand il parvient à joindre cette délicatesse à une véritable intimité (« As I Go Away », « Where Your Beauty Lies ») qu’il est le plus impérial.

Avoir commencé comme chanteur punk mène à tout ; Hikele s’en est sorti avec majesté.

***1/2


Cold Wave: « Full Cold Moon »

20 juin 2015

Cold Cave est le nom de Wesley Eisold un artiste électro friand de synthés. Full Cold Moon n’est pas un nouvel album mais une compilation de ses précédents « singles » réédités dans un ordre chronologique.

Le titre de départ, « A Little Death to Laugh » sera assez consistant pour imprimer la tonalité de cette collection : des synthés où des vocaux sont ajoutés dans le mix. Ceux-ci sauront se faire absents sur des instrumentaux comme « Tristian Corbière » mais n’altèreront pas l’humeur « ambient » de l’album plutôt rassurante.

Beaucoup se sont essayés à ce type de musique, Eisold y est parvenu avec, semble-t-il, facilité en s’empêchant d’accélérer un tempo qui n’en a guère besoin. Full Cold Moon s’achèvera sur un « Beaten 1979 » qui sonne comme « Master and Servant » de Depeche Mode. On aurait pu tomber plus mal dans cet exercice et un disque qui devrait plaire à tout amateur de musique électronique aux esgourdes ouvertes.

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The Granite Shore: « Once More From The Top »

20 juin 2015

Il aura fallu attendre cinq ans et deux « singles » (dont un fantastique « Flood of Fortune ») pour que Nick Halliwell ne sorte, toujours sous le nom de The Granite Shore, son premier album Once More From The Top.

Du granit, le disque n’a bi la pesanteur ni la masse ; pour cet opus Halliwell a su s’entourer de ce qui se fait de plus beau en matière de pop anglaise tendance baroque. On aura donc droit àaux participations de Phil Wilson (June Brides), Mike Kellie (Only Ones), Steve Perrin et Mike Finney (Distractions) et Martin Bramah (Blue Orchids, The Fall).

Ce qui sera de mise sera par conséquent cette légèreté sans âge qui évoquera The Divine Comedy, Shack (les membres de Pale Fountains qui ont servi de backing-band à Arthur Lee) ou Wild Swans qui ont participé au premier « single » de Halliwell.

On ne feindra pas d’oublier une influence primordiale celle de Eric Matthews qui semble avoir été ici responsable des arrangements étincelants et chamarrés (les trompettes par exemple) accompagnant les guitares éthérées de cette pop arcboutée à la douce brise d’un vent délicat.

Les vocaux sont comme des caresses de crooners et les compositions de véritables tours de force même si le disque aurait pu utiliser des titres plus enlevés de la tremp ede « Windows and Orphans » ou « Flood ».

Si on ajoute que Once More From The Top est une sorte de concept album relatant la vie et la carrière d’un groupe, face publique puis face cachée respectivement sur un microsillon numéroté 1 et 2, on pourra sans exagérer placer cet opus aux côtés du légendaire Odessey & Oracle des Zombies autre figure tutélaire de cette pop aussi éternelle que peut l’être la beauté interprétée par des musiciens habités par cet amour obstiné de la musique qui gouverne la trame de l’album.

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The Red Telephone: « Places You Return »

19 juin 2015

The Red Telephone était un groupe de Boston qui n’a jamais joui de la réputation qu’il méritait du temps où la guitar pop essayait de se frayer une niche à une époque où le rock alternatif régnait en maître. Places You Return est leur premier album depuis 13 ans et le combo n’a pas varié dans sa formule.

Celle-ci demeure toujours aussi simple : bonnes compositions entre mélodies carillonnantes et bonne humeur et interprétation clean et honnête.

Les deux guitaristes (Mark Hutton et Sean Toshey) entremêlent leurs six cordes avec application et apportent le bon degré d’énergie pour que certaines chansons, le morceau titre ou « Under The Northern Sky » balancent comme il se doit.

Ce sera pourtant sur les ballades que le groupe va exceller : « Days » est de toute beauté et « Brink of Summer » apportera la n-juste dose d’intimité pour que Places You Return opère un retour équilibré et bienvenu après un si long hiatus.

***1/2


Novella: « Land »

19 juin 2015

2015 semble voir une renaissance du shoegaze, exemplifiée ici par ce « debut album » de Novella un groupe britannique dont les cinq membres sont à 80% du genre féminin.

Ça n’est pas cette caractéristique physique qui importe, car sans prétendre bouleverser le monde, le combo est fort à son aise pour nous faire explorer la facette « atmosphérique » du spectre shoegaze.

Il crée ainsi, sur Land, des grooves répétitifs et hypnotiques façon Stereolab (« Follow ») voir même spacey sur « Sentences ». Pour pimenter savamment le tout on distinguera aussi quelques réminiscences du rock alternatif britannique comme sur le « Again Try Your Luck » qui évoquera Lush.

Guitares et climats se mêlent donc pour véhiculer une environnement fait de brumes intenses percutées par les bruits déchirants des six cordes (« Blue Swallows) comme pour alimenter un gothique qui tente de s’extirper pour laisser place aux tonalités orientales de « Younger Than Yesrerday ».

Land est une mise à jour d’un son qui semble vouloir refaire parler de lui ; si c’est pour des combos comme Novella ça ne pourra qu’intéresser.

***1/2