Sur bien des plans Dawes est le groupe parfait. Il ne font jamais de fausses notes ni ne se plantent rythmiquement et ils semblent produire sans aucun effort des morceaux qui sonnent comme si ils avaient toujours existé sans qu’aucun élément ne paraisse pas à sa place.

Les membres de Dawes sont des « songwiters » au sens le plus traditionnel et le plus pur, un genre qui n’a que très peu d’égal. On comprend alors pourquoi ils collaborent avec des gens de la trempe de Robbie Robertson, John Fogerty et surtout Jackson Browne à qui, à tort ou à raison, on les compare souvent.

Ils sont également un groupe parfait dans la mesure où, doublés d’être des accompagnateurs hors pair en studio, ils disposent de leurs propres compositions et nous renvoient à une ère où tous les interprètes de l’époque sacralisaient leurs chansons au point de les faire produire de la manière la plus précise possible.

Leur quatrième opus, All Your Favorite Bands, a été conçu pendant une année très chargée pour eux ; accompagner Conor Oberst et la participation de leur leader, Taylor Goldsmith, l’enregistrement du projet de T-Bone Burnett, New Basement Tapes ; c’est pourtant leur album le plus abouti et le plus habité.

En effet, Dawes est un des rares combos si confortables dans ce qu’ils font qu’on ne souhaite pas réellement qu’ils changent de registre. Les harmonies que Goldsmith fait résonner de sa guitare au début de « Things Happen » nous font penser que quelque chose de différent est en train de se produire mais, quand nous arrivons au chorus, les harmonies multi-parties sonnent distinctement comme du Dawes. On assiste néanmoins à une évolution dans le bon sens, elle est plus brute et sonne plus « live » que tout ce qu’ils ont pu faire précédemment. All Your Favorite Bands voit le groupe délivrer ici ses compositions les plus tristes et les plus moroses ; la tonalité plus chaude y est constamment présente tout comme l’habileté de Goldsmith à transformer des phrases toutes simples en titres, thèmes et textes. Cette faculté a toujours existé chez eux, simplement cette fois elle est plus profonde et épiasse et semble atteindre des étendues inédites jusqu’à présent.

Bien que Dawes a toujours été un combo aux compositions redoutablement façonnées et qu’il est capable de riffs indiscutables, Your Your Favorite Bands le voit parfaitement assembler ces deux éléments. « Waiting For Your Call » se situe à l’intersection parfaite de ces deux capacités, c’est un e plaidoirie emplie d’un chagrin qui nous consume lentement ponctués d’accroches de guitares blues-soul dans lesquelles on pourrait retrouver la patte de Elvis Costello, un nouvel ami de Goldsmith alors qu’un extraordinaire solo d’orgue s’élève et nous offre une des premières instances (avec le solo de guitare de « I Can’t Think About It Now ») où Goldsmith se lâche véritablement.

La chanson titre nous fera revivre une vieille flamme amoureuse sur un accompagnement de piano en mode gospel et des accords de six cordes grattés avec brusquerie pour évoquer une nostalgie du temps jadis mais la morceau central de l’album est clairement un « Now That It’s Too Late, Maria », un titre qui excède 9 minutes délivré sur un tempo qui semble ramper et une voix qui a toutes les caractéristiques de cette lassitude que seule la peine de coeur peut causer.

C’est un composition dont le point de vue est rétrospectif pourtant et qui se place à un moment où l’éclaircie est faite, la pages tournée et que vous êtes conscient du fait que la relation était vouée à l’échec. Son climat est par conséquent nuancé et comme équilibré entre passé et présent avec des inflexions qui rappelleront le Dylan de Blonde on Blonde, des harmonies façon Eagles et un solo de guitare empli de deuil d’une confondante beauté.

Même quand Dawes oparvient ainsi à faire évoluer leur son, ils parviennent encore à conserver leurs petites idiosyncrasies. « Somewhere Along the Way » met en exergue ce moment où les choses ont pris une bifurcation contraire à laquelle on s’attendait et où les rêves ne peuvent que se dissiper et où la guitare virevoltante accompagne un énorme chorus avant de nous délivrer un autre de ces merveilleux solos. Sur le même mode, « Right On Time » est probablement la chanson la plus classique du groupe : grosses guitares électriques, riffs craquants et pourtant subtils, hamonies multi partes et un chorus monstrueux ; c’est un titre qui prend la mesure de combien Dawes est capable de cultiver sa retenue instrumentale. Ici comme ailleurs, le groupe sait l’espace qui lui est fourni et n’intervient quan quand ça l’est absolument nécessaire.

Si nous étions dans les 70’s, Dawes seraient milliardaires, leurs compositions seraient la bonde-son d’un mode de vie, ils ne se trouveraient pas en situation de demander à collaborer avec des artistes du même tonneau. Et leurs chanson passeraient sans cesse à la radio. Mais des groupes comme eux n’existent plus aujourd’hui et, alors que la musique est devenue plus électronique et tripatouillée, il est rafraichissant de constater qu’il demeure encore des combos capables d’une telle cohésion et d’une telle cohérence dans leurs propos sans avoir besoin d’artifices de studio. La seul imperfection réside donc dans le fait qu’ils ont surgi au mauvais moment mais cela ne semble pas les affecter et, pour qui a les oreilles ouvertes, existe-t-il un moment qui soit inapproprié ?

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