No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Shopping: « Consumer Complaints »

Sur « Theme », le « closer » de « debut album » de Shopping Consumer Complaints, Rachel Aggs éructe : « Want something / Need something / BUY! » ; c’est un manière très emblématique de la façon dont ce groupe post-punk londonien affirme ses convictions.

À l’inverse des Américains, les Anglais sont moins tributaires de l’héritage blues et développent souvent un sens de l’engagement plus étoffé. Écouter ce disque c’est un peu se remettre en tête les premières manifestations de Gang of Four ; mêmes thématiques et même esthétique faite de guitares acérés et de rythmiques robotisées.

 

Shopping est également capable de monter une facette pop bien appréciable pour un groupe anti-pop (« In Other Words » et « Long Way Home ») tout comme ils sont )à même de sortir de l’aboiement grâce à la voix mesurée Andrew Milk.

Consumer Complaints est un excellent exemple d’un certain rock qui se préoccupe encore des laissés pour compte ; il est, outre cela, un premier disque dont on ne pourra pas nier la qualité.

***1/2

1 juin 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Shana Cleveland & The Sandcastles: « Oh Man, Cover the Ground « 

Shana Cleveland & The Sandcastles est le projet parallèle de la vocaliste et leader du groupe La Luz, un combo garage pop basé à Seattle.

Oh Man, Cover the Ground est un opus beaucoup moins énervé que ceux de La Luz aussi ceux qui s’attendent à un registre grungy en seront pour leurs frais., Si Cleveland éprouve le besoin de s’aérer c’est, en effet, pour montrer ses talents d’artistes et sa capacité d’élargir son répertoire

On a donc droit ici à un disque laid back et détendu, émouvant de par son climat acoustique bien éloigné de la zone de confort qui lui est habituelle.

Il n’est pas évident de délivrer un message qui soit rafraichissant mais elle y parvient très bien en nuançant le son pastoral de son album de zestes d’expérimentation et d’improvisations.

Shana Cleveland & The Sandcastles vont ainsi très profond dans l’intime et la véracité que ce soit dans ce que ces éléments peuvent avoir de rustique mais aussi d’éthéré et d’onirique et servis qu’ils sont par une voix qui est un somptueux instrument à elle toute seule.

***1/2

1 juin 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Valet: « Nature »

Cela fait sept ans que les fans de Valet (c’est-à-dire Honey Owen) se demandent si elle allait enregistrer un autre de ses disques de blues fracturé traversé par l’énergie punk de la scène de la Bay Area.

Elle-même devait d’ailleurs s’interroger disait-on, mais la voilà de retour avec un Nature qui dévoile une autre facette de ce qu’elle est : hantée et éthérée mais toujours aussi fragmentée. C’est l’album typique pour entretenir une certaine légende et lui assurer l’attention de ce public culte qui a toujours le sien.

Ce retour est fait de climats doux, de vocaux brumeux et d’arrangements où le shoegaze se mêle au pastoral. Ce qui est suggéré vise à nous nimber dans une certaine béatitude semblable à ce gothique nuancé dans lequel des sons fantomatiques émergeraient des haut-parleurs.

Il est aisé de s’y glisser, de s’y confondre et de s’en imprégner tout comme il sera délicat de secouer l’univers dans lequel Owen nous introduit. Attendre sept ans pour cela est une garantie de pérennité pour quelqu’un dont le travers était de cultiver l’éphémère.

***1/2

1 juin 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Grasscut: « Everyone was a Bird »

Grasscut est un duo chez qui la quintessence anglaise est presque un cliché. et il serait difficile de trouver un combo d’une autre nationalité capable de nous proposer des collages sonores aussi aboutis que sur Everyone was a Bird.

Le compositeur producteur/vocaliste Andrew Phillips et son compère le musien/manager Marcus O’Dair (responsable de la récente biographie de Robert Wyatt) font fusionner ici les thèmes (l’identité, la familiarité du chez soi, la généalogie des ses ancêtres) mais aussi les musiques avec un incroyables aréopage de compositions où alternent textures « ambient », nappes électroniques et où l’expérimentation se mêle à la pop.

Imaginons un mix du Pink Floyd des débuts, de Pat Shop Boys, Lemon Jelly et Nick Drake ainsi que des extraits de la bibliothèque universitaire de Bodleian à Oxford et on obtiendra une musique superbe capable de cheminer dans le plus élémentaire tout autant que l’alambiqué.

Si on ajoute la participation de musiciens/vocalistes comme Adrain Crowley et Seamus Fogarty on obtiendra l’essence de ce que la Grande-Bretagne est capable de nous offrir grâce à sa singulière insularité.

****

1 juin 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Johanna Warren: « nūmūn »

Le nouvel album de cette artiste folk de Portland a été enregistré dans une cave et se veut un hommage aux cycles de la lune qui circule inlassablement autour de notre planète dont le mouvement alimente les marées, féconde, selon certains, nos humeurs ou autres manifestations.

On peut comprendre par conséquent que nūmūn soit tribut à sa puissance et sa magie et que Warren a ait décidé de saupoudrer ses compositions ses compositions de mystères et de ruminations cycliques comme si il s’agissait d’épouser les rythmes de la nature tels la croissance des arbres ou les balancements du vent.

Le résultat en est une musique silencieuse, feutrée comme un léger frottement de feuilles sur de la neige ou l’imperceptible mouvement d’une chose à peine entraperçue. Cette magie ne peut se trouver dans cet ailleurs que Warren vénère à l’image d’un « Less Traveled » qui pèse comme un pilier invisible sur ves entités que nous sommes. nūmūn est fascinant par sa scansion et sa narration et Johanna Warren est une artiste hors pair.

****

1 juin 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Fink: « Horizontalism »

Horizontalism se sépare du précédent album de Fink, Hard Believer, dans la mesure où il reprend des éléments de ce dernier et en fait ici un disque hybride, ni follow up ni récréation.

Le trio semble avoir décidé de s’amuser malgré les tonalités sombres qui parsème l’opus paradoxe lié au choix de s’emparer de certains overdubs négligés de Hard Believer et de s’astreindre à une tâche qui est de les réinventer radicalement.

Ce qui va distinguer ces deux parallèles est que, au-delà d’une volonté de graviter autour du folk, Horizontalism va attacher plus d’importance à l’expérimentation au détriment des textes. Les vocaux vont être traités comme des objets sonores, prêts à être manipulés et recombiner de la façon la plus extrême qui soit.

Le projet en soi est intéressant dans la mesure où il émane du trio et non de producteurs extérieurs. Il témoigne de l’inspiration qui est le fil directeur de Fink ; en ce sens il justifie la notion que l’electro est aussi riche que les musiques dites « organiques ».

***

1 juin 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Interview de Regal Degal.

New York Los Angeles puis l’inverse, il est évident que, Regal Degal sont, à l’image de leur leader Josh Da Costa, en demande de ce surcroit d’adrénaline que nécessite la sortie de leur nouveau disque, Not Now, et de simultanément une vidéo pour « Pyramid Bricks » et dans laquelle on trouve le modèle Abbey Lee. C’est au milieu de cette effervescence que Da Costa nous en dit un peu plus sur ses projets d’un futur qui ne nie pourtant pas le présent.

Vous êtes de retour à Brooklyn, qu’est-ce que ça vous fait d’être chez vous ?

Je fais la navette entre LA et NY depuis des mois. New York est un excellent endroit pour être occupé et faire le plein de plusieurs énergies mais Los Angeles permet de goûter les plaisirs simples de la vie et d’avoir un rapport plus qualitatif en termes d’amitié. J’adore les deux villes et j’apprécie la chance de pouvoir avoir un pied dans chacune.

La vidéo musicale de « Pyramid Bricks » est très inspirée par le psychédélisme et les visuels égyptiens ; qu’est-vce qui vous a poussés vers cette direction artistique ?

La réalisatrice, Lily X, trouvait que les ornements et les éléments mystiques de l’imagerie de l’Égype ancienne servait le titre à merveille. C’était fun et, en plus, on était d’accord.

Il y a cette référence à La Momie quand Abbey Lee se transforme en momie elle-même. Que pensez-vous du film ?

Personnellement je pense que c’est un très mauvais film. Je le compare à la scène dans la salle de bains de The Shining, mais en moins ratatiné.

Not Now semble s’inspirer de chaque décennie musicale, des 60’s à aujourd’hui. Comment avez-vous approché sa composition en tenant compte de ces différents sons ?

On a voulu incorporer des tonalités héritées des musiques que nous aimons et il se trouve qu’elles viennent souvent du rock des années 60 et 70. Je joue beaucoup d’une guitare acoustique à 12 cordes, il n’est pas étonnant que Not Now semble y puiser. Bien sûr tout cela est filtré par des procédés comme le delay et des chorus qui donnent un parfum 80s. Sur un titre en particulier, « Defense », elle se heurte à une boîte à rythme et des lignes de basse influencées par la house. J’ose penser que ça appartient à un territoire que personne n’a pu identifier jusqu’à présent. Je joue aussi d’une guitare peu solide, accordée de façon atypique, sur la plus grande partie du disque ce qui me permet d’avoir des sonorités viriles sans que ça paraisse trop macho. La section rythmique, Jamen et Josiah, maintient les choses très punky sans être dédiée à un style ou un autre ce qui est un atout maître.

Vous avez dit que les titres figurant sur votre EP Pyramid Bricks ont été conçus individuellement plutôt qu’en ayant en tête un véritable disque. Dans quelle mesure vos procédés d’écriture ont changé pour ce Not Now qui sonne comme ayant beaucoup de cohésion ?

Pour le EP, j’expérimentais mon « songwriting ». Chaque morceau était, au départ, une étude de genre mais, au bout du compte, j’ai opté pour ce qui sonnait le mieux sans me soucier des critères d’un genre ou d’un autre. La façon dont nous avons ré-enregistré « Pyramide Bricks » pour l’album était censée lui donner la vibe générale, plus proche de comment nous sonnons sur scène. Le Ep était en fait un tremplin fun qui nous a permis d’aller plus loin dans certaines directions et on a quitté Los Angeles sur cette note assez enlevée qui nous a permis d’enregistrer à Brooklyn dans un esprit détendu et cohérent en effet. J’ai tendance à penser que c’est un assez bon album dans la mesure où il donne une idée de comment nous sommes « live ».

On a dit qu’un des thèmes du disque explore la notion de négation du présent. Pourquoi pensez-vous que nous avons besoin d’y échapper ?

Je crois que l’on a besoin de forcer les gens pour qu’ils agissent en leur parlant d’ambition, d’aspiration, de lutte, de désespoir ou juste de l’envie de se divertir. Les rêves, les désirs, les dangers de la vie de tous les jours sont un moteur et ne penser qu’au présent est une chose si facile. C’est le signe d’une vie sans désir et sans frustration ; c’est une manière de ne rien envisager et de laisser tout et n’importe quoi vous arriver. Les gens ont peur de cela, de cette initiative à prendre, et préfèrent regarder le passé pour modeler leur futur.

Comment la pochette de l’album s’intègre-t-elle à ce que le disque véhicule ?

C’est à un niveau subliminal. Not Now est notre effort le plus collaboratif en termes de personnel. Il y a les membres du groupes mais aussi des invités là où nous avons enregistré, à New York et Berlin. Il en va de même pour le visuel ; en général nous sommes deux à le faire mais cette fois-ci Drew Heffron qui fait tous les graphiques de Terrible Records et David Benjamin Sherry ont participé. On a pu choisir parmi une large sélection de visuels et j’ai cru à un moment que j’allais sélectionner un truc qui serait uniquement de l’art pour l’art. J’ai réalisé ensuite que David B nous offrait un auto-portrait et ça nous a pas mal secoués. Ca représente parfaitement ce qui nous arrivait, un freak regardant d’autres freaks. C’est en ce sens que la pochette s’intègre à l’album, un truc aussi bizarre que l’est je l’espère notre musique.

 

1 juin 2015 Posted by | Rapid Talk | Laisser un commentaire

Twenty One Pilots: « Blurryface »

Twenty One Pilots est un duo venu d’Ohio pratiquant avec célérité et adresse le passage d’un style à l’autre, une fusion de rap, rock, emo, electronica et new wave qui leur a valu un certain succès avec leur précédent opus, Vessel.

Blurryface les voit remballer leurs quatre producteurs et se concentrer sur une homogénéité propre à mettre en valeur les craintes et les incertitudes qui agitent leur leader Tyler Joseph.

Moins de « genre hopping » donc et une approche musicale qui domine, le reggae. C’est évident sur des titres comme « Ride », « Polarize » ou « Message Man » qui fonctionnent parfaitement avec le phrasé rap en staccato de Joseph et la dextérité rythmique du batteur Josh Dun.

Twenty One Pilots nous montre néanmoins qu’il a d’autres cordes à son arc ; un rocker conduit au ukulélé (« We Don’t Believe What’s On TV »), une menaçante rengaine au piano (« Tear In My Heart ») ou un cathartique « Goner ».

Oubliez le furieux hybride dub/jungle/reagge et plongez-vous dans ces moments d’émotion où ils nous disent avec pertinence : « Don’t trust a perfect person and don’t trust a song that’s flawless ». Blurryface est un bien bel album, exécuté par des gens normaux.

****

1 juin 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Holly MIranda: « Holly Miranda »

La première chose que l’on remarque par rapport à son précédent opus, The Magician’s Private Library, est combien sur cet album éponyme la voix de Holly Miranda, à l’origine douce et mélancolique, est devenue plus pleine et présente qu’avant, un peu comme si c’était une nouvelle Holly Miranda que nous avions devant nous.

C’est une évidence sur un titre comme «  All I Want Is To Be Your Girl » qui cumule lamentation et instrumental rock insouciant et cela s’avère encore plus vrai sur les onze morceaux qui voient Miranda chanter à chaque fois en explorant un nouveau territoire.

Ce peut être sur un rock enlevé, l’électronica désinvolte de « Pelican Rapids » ou la ballade Motown « Everlasting ». Chaque obstacle est ainsi géré de voix de maître, avec style et grâce et une voix qui ne rugit que quand c’est nécessaire. Le volume n’a jamais été le modus operandi de Miranda et certains des plus beaux moments se gonflent en lame de fond plutôt qu’ils n’explosent comme sur « Heavy Heart ».

Écrit durant une retraite spirituelle à Joshua Tree, Holly Miranda nous présente une nouvelle Miranda sur un disque où la thérapie voisine avec l’aventure.

***

1 juin 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Interview de The Vaccines

Sans doute est-ce parce qu’ils se sentaient coincés dans le registre indie de leurs précédents albums que Árni Hjörvar, le bassiste de The Vaccines, déclare à propos de English Graffiti que c’est « enfin un disque de rock ». Il faut sans doute y voir plus loin qu’un simple déclaration car, pour le combo, le disque doit être également une occasion de se transformer. C’est dans cette optique que Hjörvar et Justin Young (vocaux, guitare) entament la conversation sans éviter les sujets polémiques.

Vous avez dit de cet album que vous vouliez qu’il « vieillisse mal »…
Justin : Je pense que je signifiais le fait que, quand vous écoutez des disques qui ont défini leur époque, Never Mind The Bollocks ou Nevermind, ils ne sonnent pas atemporels mais le fruit de la période où ils ont été enregistrés. Ils ne sonnent pas comme vous vous attendriez qu’ils sonnent si ils avaient été conçus aujourd’hui et j’estime que c’est une bonne chose. Quand j’ai fait cette déclaration je pensais surtout à Nevermind, son doute mon album préféré. Je crois que, dans le passé, nous avons trop proclamé que notre musique aurait pu être réalisée à n’importe quel moment de ces 30 ou 40 dernières années. On a ensuite commencé à penser que ça n’était peut-être pas une si bonne chose et qu’il faudrait mieux que l’on fasse quelque chose qui reflète notre époque si on voulait laisser une trace. Cela est une réflexion qui touche tous les aspects, l’angle sonique, les textes, etc. C’est pour cette raison que j’ai dit cela à propos de English Graffiti. Je voulais que ça devienne une phrase-clé.
« Radio Bikini » fait référence au bombardement de cet atoll il y a 60 ans. Vous y êtes-vous délibérément situé à l’écart de la politique moderne ?

Justin : Je ne mêle jamais la politique à ma musique. Je sais que beaucoup se plaignent du fait que les artistes ne semblent pas avoir une conscience politique mais, honnêtement, je ne pense pas que ce soit notre responsabilité. On se trompe en estimant ça ; pour nous il s’agit d’une expérience personnelle et cathartique et nous voulons qu’elle devient inter-personnelle et universelle.Je crois que ce serait arrogant de ma part si je suggérais que je suis capable d’enseigner aux autres comment vivre leur vie ou leur dire : « Regardez ce qui se passe. » Les gens sont assez intelligents pour y réfléchir par eux-mêmes et j’essaie toujours de m’éloigner de la politique fabriquée au bistrot du coin.

Damon Albarn a parlé d’une « selfie generation » où les artistes d’aujourd’hui n’utilisent la musique que pour parler d’eux-mêmes…
Justin : Oui mais c’est quelqu’un de vieux désormais. Un des meilleurs disques qu’il ait fait concernait une rupture alors il faut toujours faire attention quand on dit des choses comme ça.

Vous aviez une centaine de chansons potentielles pour cet album…

Justin : On n’est pas arrivés avec 100 titres ; on les a écrit durant le processus. Les gagnants ont été sélectionnés assez naturellement chaque jour ou chaque semaine. Le choix a été très vite évident. La moitié du titre a été écrite sur les 8 semaines qui ont mené à son achèvement.

Árni : Le processus qui nous a amenés à écrire tous ces trucs qui, espérons-le, ne quitteront pas nos ordinateurs a, lui, était massivement important. Cela nous a permis de voir le groupe avec une perspective différente et de déterminer vers quoi on voulait s’orienter. Aussi, quand on a commencé à enregistrer, la palette sonique était tout de suite plus claire. Les compositions et ce dont elles avaient besoin sont devenues évidentes et certains titres qui figuraient au départ ne l’étaient plus à l’arrivée.
Ça vous a fait quoi d’en rejeter ?
Justin : Ça faisait partie de tous ces éléments qui étaient difficiles. On s’est donné du temps libre, mais on s’était imposé des limites auxquelles nous nous sommes tenus. On décidait chaque matin de ce que nous allions faire ; c’était peut-être un frein à l’expression libre mais, quand j’arrivais avec une nouvelle chanson, tout le monde devait s’y coller. Notre éthique était : « On prend le chemin numéro un et aucun problème d’égo ou s’identité ne devra interférer car sinon toute se délitera. » Peu à peu, je crois que les gens sont parvenus à s’exprimer un peu plus et à donner une autre personnalité aux morceaux. Freddie (Cowan) est un guitariste de plus en plus inventif et il y a des tas de trucs étranges et merveilleux qui se sont glissés ici et là. J’ai même bossé sur une bande que quelqu’un m’avait envoyée et où il y avait une version rap d’un des titres. C’était devenu un truc hip-hop qui ne m’était pas venu à l’esprit. Vous seriez étonné par la diversité des morceaux qui n’ont pas été pris.
English Graffiti semble être album le plus « produit ». Aviez-vous peur de perdre une certaine dose de rugosité telle qu’elle se manifestait auparavant ?
Árni : Non, car c’était notre but. Je voyais le studio comme un outil plutôt que comme le véhicule de quelque chose. Notre démarche était tout à fait consciente.

Justin : Ironiquement je trouve qu’il y a plus d’énergie qu’avant à certains moments. IL y a une certaine frénésie sur « 20/20 »’ ou « Radio Bikini » que vous ne pourrez pas capturer « live » car vous devez la créer en plusieurs éléments, synthétiquement donc.

Beaucoup des morceaux ont un esprit plus sordide inédit chez vous ; comment allez-vous les interpréter ?

Justin : D’une façon louche et glauque. Je suppose qu’il y a plus de nappes soniques et de perspectives sur des chansons de cette nature . J’apprécie car cela me permet d’avoir une interprétation plus aboutie et cela profite autant à l’audience qu’à nous. On montre ainsi une autre facette de nous. Je ne me sens jamais vulnérable sur scène, au contraire c’est l’endroit où j’ai l’impression d’avoir le plus de pouvoir. Chacun ressens ceci à un moment ou un autre.
Vous avez souvent évoqué le fait que vous vous sentiez déconnecté de tout en raison de la technologie moderne.
Justin : Je pense qu’il y a une certaine ironie au fait que nous soyons tous hyper connectés, que nous allions dans un bar qui passera la même musique partout dans le monde et que nous portions tous le même type de vêtements. Vous pouvez néanmoins vous réunir avec des amis, boire une bière et avoir la sensation que chacun est dans son petit monde. Internet nous construit sa propre réalité et fait de nous des consommateurs d’une autre ère. C’est une réalité dont j’ai du mal à comprendre vers quoi elle nous mène en termes d’attentes. La seule chose dont je sois certain est qu’aucune autre génération avant la nôtre n’a éprouvé ce sentiment de déconnection que je sens aujourd’hui pour des choses comme l’amitié et l’amour.
Est-ce que vous appréciez le style de vie où chaque jour vous ouvrez notre valise qui va avec le fait d’appartenir à un groupe ?
Justin : J’adore ça mais je pense qu’on y devient très vite une institution au même titre qu’à l’armée ou en prison. Chaque nuit, en tournée, l’adrénaline coule de manière incroyable si vous avez assez de chance. Quand elle s’est dissipée, l’absence crée un vide et vous commencez à vous demander ce que vous devez faire pour le compenser.

Vous préoccupez –vous d’avoir un succès qui dure ?
Justin : Dans la musique, le succès ne suit jamais une ligne allant continuellement vers le haut. J’aime penser que je continuerai à en faire indépendamment du nombre de gens qui l’écouteront. Je n’ai jamais passé ma colère sur quelqu’un mais Dieu sait que je l’aurais fait si je n’avais pas cette possibilité de composer. C’est une thérapie ; il y a des interprètes, des musiciens et des « entertainers » mais moi, je suis définitivement un auteur-compositeur.

Vous avez dit que vous ne vouliez plus être un groupe indie mais rock ; où en êtes-vous maintenant ?
Árni : Je crois que nous sommes devenu un groupe rock. Cela nous a pris un certain temps mais je pense que l’axe directeur de cet album était précisément de s’écarter des règles que nous nous étions imposées et qui font partie de l’approche « indie ». Je trouve qu’on a pas mal réussi.
Avez-vous l’impression que vous vous imposiez des barrières auparavant ?
Justin : Oui.
Árni : Oui, tout à fait !
J
ustin : Ça a été une décision prises consciemment car elle signifiait nous libérer de certaines entraves.

Mumford & Sons ont dit des choses très dures à propos de Tidal ; qu’en pensez-vous ?
Árni : Je ne pourrai pas être plus d’accord que je ne le suis.
Justin : Pareil pour moi. Je crois que beaucoup d’artistes ne se rendent pas comptent que si Black Keys peuvent refuser d’être sur Spotify c’est parce qu’ils ont suffisamment de succès pour que vous deviez aller ailleurs si vous souhaitez les écouter. Le modèle Spotify est extrêmement injuste envers les artistes. Mais les grands artistes oublient que Spotify présente aussi une opportunité ; si vous écoutez de la musique de manière informelle, c’est le meilleur endroit où aller. Même pour un groupe ayant notre statut qui n’est pas celui du plus grand groupe au monde, Spotify est le lieu où les gens viennent écouter notre musique. C’est l’endroit où elle est le plus consommée par rapport aux autres plateformes ; elle est incroyablement injuste mais on en a besoin. Il ne faut jamais croire un musicien qui vous dit que si il n’a pas d’argent c’est à cause de Spotify. En effet, même injuste, c’est une compagnie qui vous offre occasion de faire des concerts, trouver une licence pour votre musique ou faire des publicités ou des jeux vidéos. Ça n’est peut-être beau à entendre mais c’est ainsi que vont les choses.
Árni : En outre il est prouvé qu’on a tort de penser que tout se fait au dépend de l’artiste. On s’est aperçu que ça rapportait pas mal d’argent mais ce n’est pas l’artiste qui récupère le plus. Il faut s’en prendre au label mais pas à la plateforme. De toutes façons si on essaie de supprimer ce genre de choses, ça ne sera que nier l’avance technologique. Je suis pour le fait que la musique soit disponible tout le temps quelle que soit la façon dont on l’écoute. Je ne comprends pas que certains s’en plaignent.
Justin : C‘est quand même assez drôle de voir toutes ces stars s’aligner à la conférence de presse de Tidal alors que chacun d’entre eux pourrait arrêter de travailler et se payer une voiture de luxe chaque jour des 300 prochaines années.

1 juin 2015 Posted by | Rapid Talk | Laisser un commentaire