Rapid Talk: Interview de Torres.

Mackenzie Scott, à savoir Torres, a réalisé avec Sprinter, son deuxième album un disque sidérant. Il est en effet très intense et intime et il bénéficie, en outre, de la participation de stars de la scène alternative. Scott évoque ici ses appréhensions par rapport à l’écoute que sa famille pourrait avoir de son disque, son rapport avec la spiritualité et le fait de s’associer avec des personnes de la stature de Bob Ellis, le producteur de PJ Harvey ou Adrian Utley de Porstishead.

Vous avez joué pour la troisième fois au festival SXSW dont on dit qu’il a perdu de son aura ; que pensez-vous qu’il puisse encore apporter à des jeunes musiciens ?

Tout dépend des circonstances. 2014 était une année de transition pour moi. Je n’avais aucun récent album à présenter. J’y ai toujours passé de bons moments, mais je sais ce que ça peut représenter que de travailler sans cesse et de ne pas obtenir l’attention dont vous souhaitez bénéficier. Je ne peux que parler pour moi et il me faut avoir quelque chose à proposer pour que ma participation soit pertinente.

Qu’est-ce qui a changé depuis un an pour vous ?

Il y a 12 mois, j’avais commencé à bosser sur Sprinter. Ça restait pourtant une année de transition car je ne m’y suis mise sérieusement que sur le tard, début 2014. J’ai travaillé dessus jusqu’en juillet et l’ai enregistré en août septembre dans le Dorset. Ensuite j’ai répété avec mes nouveaux musiciens et on n’a pas cessé depuis.

Sprinter, bien que profondément intime donne l’impression que vous avez joué avec votre personnage et votre point de vue. Quelle importance avait le fait que soit aussi représentée la perspective de ceux que vous aimez dessus?

C’est ma perspective sur ce que peuvent être les leurs. Pour moi ça a un sens mais j’ai toujours le souci de ne pas aller au-delà de certaines limites ou de ne pas révéler quelque chose de trop ayant à voir avec la vie de quelqu’un. Il s’agit de respecter les gens ainsi que leur vie privée ; ceci dit je me suis plus amusé cette fois-ci en écrivant et en jouant avec les personnages comme vous dites.

C’est un disque très chargé ; comment avez-vous pu y tirer plaisir ?

Le fait d’écrire a une vertu curative et c’est en ce sens que j’ai trouvé l’exercice amusant. Trouver un exutoire est réjouissant, c’est un peu comme renaître, une renaissance émotionnelle. J’en ai tiré beaucoup et ai appris beaucoup de choses sur moi-même. En outre je parle de ces choses au moment où elles se produisent. Quand c’est rétrospectif la clarté n’est pas la même mais il s’agit toujours pour moi d’évoquer le présent et le futur et celui-ci est beaucoup moins définissable. Vous avez je suis toujours dans cette phase d’apprentissage et de recherche d’apaisement.

Êtes-vous nerveuse par rapport à la sortie du disque dans la mesure où beaucoup d’éléments personnels y figurent ?

Je le suis, oui mais essentiellement quand je penses aux réactions que pourrait avoir ma famille.

Vous leur en avez déjà parlé ?

Ils ont entendu « Strange Hellos » et « New Skin » car ils sont sortis un peu avant l’album. J’ai peut-être joué une demo inachevée à ma mère mais nous n’avons encore parlé de rien. Ils se cantonnent à des questions d’ordre plus général. C’est étrange de m’exposer ainsi, moi et ma famille, d’une manière dont je n’avais jamais été capable jusqu’à présent. Je n’ai jamais pu avoir certaines conversations avec mes parents ou même certains amis. De ce point de vue, ce disque leur est dédié. Alors bien sûr je suis préoccupée par ce que je leur révèle mais, curieusement, je suis indifférente au fait de le monde extérieur puisse en avoir connaissance.

Quand vous écrivez de manière aussi autobiographique à propos de votre passé, il pourrait être aisé de se méprendre sur vous. Avez-vous déjà remarqué des remarques erronées à votre propos ?

Oh, c’est quelque chose qui s’est produit dès le début. Plus ça avance, plus c’est le cas et j’imagine que ça le sera toujours. J’ai appris à lâcher prise par rapport à ça et j’y arrive la plupart du temps. Il y a eu quelques moments où certains trucs étaient si biaisés que j’ai été amenée à prendre contact avec le journaliste pour qu’il corrige. C’était avant tout pour ma famille, he me dois de les protéger. Ceci dit comme j’écris des choses très intimes je peux comprendre que l’on puisse parfois se fourvoyer. Le seule chose qui compte est que les faits ne soient pas déformés.

Sur Sprinter, vous mentionnez votre éducation religieuse et vous avez également joué dans une église presbytérienne. Qu’est-ce qui a provoqué le besoin ?

J’y ai souvent pensé et j’ai adoré cette possibilité qui m’était offerte : chanter dans un endroit qui vous fait vous sentir chez vous. Je ne me suis pas entièrement éloignée de cet univers même si je ne vais plus à l’église régulièrement. Je considère que je suis une chrétienne, craignant Dieu et je prends pour un honneur de pouvoir chanter dans un cadre liturgique. C’est suffisamment rare pour que je fasse part à Dieu de l’expérience que j’ai de lui. C’est peut-être celle qui est la plus honnête de ma part même si chanter sous une énorme croix puisse sembler un sacrilège pour certains.

Vous y avez également joué avec Brandi Carlile dont vous êtes une grande fan.

C’est ma plus grande influence depuis l’âge de 18 ans. Je suis frappée de la manière dont elle évoque en chansons son histoire avec la Dieu sans doute à cause de mon éducation religieuse. Elle est capable d’articuler quelque chose sur lesquelles je me sentais impuissante à l’époque : l’ostracisme, l’isolation, l’intériorisation des souffrances ; tous ces éléments dont vous ne pouvez pas parler. C’est en ce sens qu’elle m’a touchée et que j’ai eu la chance de lui en faire part.

Rob Ellis, qui a travaillé avec toute le monde, de PJ Harvey à Scott Walker, a produit Sprinter. Pourquoi avez-vous pensé que c’était la bonne personne ?

Nous sommes devenus amis. Je l’ai rencontré à Londres alors que j’y jouais pour la première fois il y a deux ans. On est restés en contact et on s’est revus quand j’y suis retournée. En bavardant on s’est aperçu que le courant passait bien entre nous. Vous ne rencontrez pas souvent un Anglais de 52 ans dont vous vous dites qu’il pourrait faire partie de vos meilleurs amis ! On a été boire dans un pub un soir et on a parlé de la vie et de la musique. On était ivres mais on partageait la même vision du monde. En plus je pense que c’est un des meilleurs batteurs qui soit. J’ai commencé à penser quel rêve ce serait si je pouvais travailler avec lui. Je me suis dit : « Si il pouvait jouer de la batterie sur le disque ce serait super. » Je le lui ai donc demandé et tout s’est ensuite enchaîné sans problèmes.

Et quid de votre expérience avec Adrian Utley de Portishead ?

Adrian a été le dernier musicien à jouer sur le disque. Après l’enregistrement on a été à Bristol dans son studio où il a fait les parties de guitare. Rob et moi avions une idée très précise de ce que nous voulions qu’il apporte à l’album ; des guitares très atmosphériques avec beaucoup d’émotion dedans. Il a un studio incroyable, des Moogs vintage dont vous ne savez même pas qu’ils existaient et qu’il il a pu les faire signer par Robert Moog. On lui a fait écouter quelques titres où on pensait que son jeu de guitare serait meilleur. Je les avais dans ma tête et on lui a donné quelques instructions spécifiques. L’idée était que sur des morceaux simples, il reste simple et que, surtout, il n’en fasse pas trop.

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