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The Proclaimers: « Let’s Hear It For The Dogs »

Le duo constitué des frères Charlie et Craig Reid a suscité un renouveau d’intérêt en 2013 grâce au film Sunshine On Leith. Sur ce 10° album ceux qui restent une conscience de la pop-rock écossaise persévèrent dans une attitude indifférente au « style de vie » rock and roll et nous délivrent un nouvel opus caractéristique de la niche faite de punk émollient et de folk cordial qu’ils se sont créés.

Leur son reste reconnaissable entre tous avec une production (Dave Eringa) fournissant des enluminures occasionnelles comme sur l’orchestration très Manic Street Preachers chapeautant « In My Home » ou l’orgue d’église approfondissant « Ten Tiny Fingers ».

Thématiquement The Proclaimers poursuivent leurs hymnes élogieux de l’Écosse comme sur le nostalgique « Tuesday Afternoon » tout comme leur propension aux vocaux entremêlés qui enjolivent « What School ».

Let’s Hear It For The Dogs respire à juste titre la confiance mais il le fait sans ostentation et avec cette humilité sincère qui n’a rien à voir avec l’arrogance de certains de leurs voisins situés plus au Sud. Ils nous rappellent qu’on peut aimer son pays sans tomber dans la nationalisme obtus, et cela aussi est une belle leçon de savoir vivre.

***1/2

12 mai 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | , | Laisser un commentaire

Hop Along: « Painted Shut »

Frances Quinlan sonne un peu comme la petite sœur de Kim Deal avec cette même voix rauque qui ne pourra qu’évoquer The Breeders. Même si ça n’est pas qu’un copier/coller cette analogie est justifiée tant ce deuxième album de Hop Along cimente la capacité dees philadelphiens de nous présenter de manière charmante une indie pop mêlant mélodies désirantes et teintes plus suaves d’americana.

Le fait de pouvoir être apparentés à un spectre qui va de Best Coast à Waxahatchee signifie qu’il serait facile de tomber dans cette nuée de groupes indie qui ne font que du remplissage sonique aussi, même si les guitares de « Bully In The Parade » ne surprendront personne, il est des éléments qui sont ici confortables comme un duvet.

Ce qui distingue Painted Shut est l’habileté des arrangements, une harpe sur « Happy To See Me » ou le solo de guitare fantaisiste de J. Mascis sur « Texas Funeral » ; ce sont des moments qui suggèrent que Quinlan veut faire un peu plus que nager sur une vague comme sur « Waitress » où les rythmiques de Mark Quinlan aux percussions épousent la voix de sa sœur ancrée dans la frustration.

**1/2

12 mai 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire

Jacco Gardner: « Hypnophobia »

À la suite de la sortie en 2013 de Cabinet of Curiosities, il a été décrété que le chanteur-compositeur, producteur et multi-instrumentiste hollandais Jacco Gardner était l’héritier naturel de ces symphonistes de poche des années 60 qui s’escrimaient à emplir nos oreilles d’odyssées luxuriantes fabriquées en studio. Son « sophomore album », Hypnophobia, ne changera pas véritablement la donne mais il compliquera les choses d’une façon pas du tout déplaisante.

Thématiquement déjà et comme son titre le suggère, le disque se concentre sur des idées comme le sommeil, la peur du sommeil et la vie onirique. La notion de rencontrer autrui en rêve est souvent mentionnée comme sur « Another You » et ses accords qui vont propres à vous hanter.

Musicalement également, Gardner à l’inverse de certains de ses pairs ne fétichise plus tout ce qui a à voir avec l’analogique. On retrouve bien sûr des synthés archaïques, des orgues et des effets enregistrés sur bandes comme partie essentielle du son de l’album mais des amples et des loops contemporains jouent un rôle aussi importants pour créer cette esthétique de paysages brouillés si typique du genre. Dans ses meilleurs moments (la plupart du temps ce seront les instrumentaux), Hypnophobia rappellera la fluidité de Tame Impala bien que Gardner soit un artiste plus cérébral et être même un compositeur plus « math rock » que Kevin Parker.

Gardner a également intégré des influences inattendues dans son espace mental et celles-ci font tout sauf être préjudiciables à l’album. « Before the Dawn » l’exemplifiera au mieux par son entame très pop baroque avant de se développer en une épopée presque prog-rock qui a plus à voir avec Kraftwerk ou Goblin que Brian Wilson. Sur « Brighter » il favorisera une imagerie fantasmagorique proche de groupes s’inspirant de la mythologie et des changements de perspectives en miroirs comme sur « Face to Face ».

Ces tours de forces narratifs trouvent leurs pendants dans des breaks instrumentaux inopinés, des changements d’accords propres à vous donner le vertige à l’image de ces codas qui fonctionnent ici comme des passages secrets nous entraînant, nappes après nappes, dans de nouveaux territoires en termes de composition.

Cette ingéniosité tend, parfois, à occulter les morceaux mais les puzzles soniques sont suffisamment enchanteurs et denses pour nous faire entrer dans l’esprit d’un artiste torturé et talentueux, un musicien que cette œuvre tragique hisse bien au-dessus de tous ces disciples de la neo-psychedelia.

****1/2

12 mai 2015 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Interview de Ben Waters.

Les Stones n’étaient pas cinq mais six tant les claviers tenus par Ian Stewart jouaient un rôle important dans le son du combo. Ce dernier décédé, c’est Ben Waters, qui lui a succédé dans son groupe Rocket 88 puis a créé son propre ensemble The A, B, C and D of Boogie Woogie, est parvenu à réunir tous les Stones plus quelques invités de marque pour un disque hommage, Boogie 4 Stu dont le dynamisme témoigne, encore aujourd’hui, de la pérennité festive et enflammée.

Comment vous est venue cette idée d’album ?

Ian était un ami de mon oncle et de ma tante et la première fois où je l’ai entendu jouer était lors de leur 25° anniversaire de mariage. Je n’avais que 8 ou 9 ans et mais j’avais été impressionné. Après sa mort j’ai décidé d’apprendre le piano en essayant de jouer comme lui grâce à des vidéos que j’avais retrouvées. Plus tard, des membres de son groupe m’ont demandé de jouer avec eux car j’avais le même style que lui et cet album est ma façon de lui dire « merci ».

Qu’avait-il de particulier dans sa façon de jouer ?

Ses accords étaient réguliers et très frappés. Ça n’était pas tant la technicité mais pour un groupe comme les Stones c’était l’idéal car il leur donnait une assise. C’est pour cela qu’il était si bon avec eux ou Led Zeppelin.

Quand vous parlez d’accords frappés, comment vous êtes-vous répartis la tâche avec Jools Holland ?

Je savais que Stu aimait beaucoup Lionel Hampton. Jools a eu l’idée de reprendre un duo de Hampton au piano avec une main gauche pour l’un, une main droite pour l’autre. C’est une manière de jouer en percussions. Il a suggéré de nous en inspirer et nous avons alterné rythmique, solos et changements de piano. Sur la majorité des morceaux, en particulier les lents comme « Midnight Blues », j’ai assuré les accompagnements.

En plus vous avez enregistré dans son studio…

C’était approprié car nous souhaitions faire toute ça de façon très simple et Jools, plutôt que de nous séparer, nous a fait jouer tous ensemble au même endroit. C’était très spontané, sans « overdubs », avec une ou deux prises, juste comme nous le voulions.

Et vous avez réuni une sacrée palette de musiciens.

Oui tous les Stones étaient proches lui. Ils ont joué de façon détendue, amicale. Il n’y avait pas de problèmes d’égos J’ai envoyé par mail la bande de « Watching The River Flow » à Mick Jagger en France. Il l’a enregistrée en une prise et me l’a renvoyée presque instantanément avec, je trouve, beaucoup de feeling dans son interprétation.

Comment avez-vous choisi les titres à enregistrer ?

Ce morceau était le seul de Dylan que Stu aimait, sans doute parce que Leon Russell y tenait le piano. Il est assez représentatif de la façon, dont ça s’est passé car Bill Wyman puis Keith Richards et enfin Ron Woodd ont voulu y participer et tout s’est fait de manière impromptue.

Et pour les autres ?

J’ai songé à ceux qu’il aurait aimé entendre. Quand il a reçu sont premier disque d’or avec les Stones, il a enlevé le verre et l’a remplacé par un disque de Albert Ammons. C’est pour cette raison que j’ai débuté l’album avec un de ses titres. Tout a été choisi de cette manière, je savais qu’il aimait Big Joe Turner aussi on a enregistré « Roll ‘Em Pete » et j’avais aussi pas mal de vidéos qui m’ont permis de choisir des choses qu’il aurait aimé réinterpréter. Jools Holland a choisi un morceau de Jimmy Yancey car ils avaient beaucoup parlé de lui quand ils s’étaient rencontrés il y a quelques années. Tout avait un rapport avec lui, y compris les titres que j’ai joués avec Rocket 88 le groupe qu’il avait formé et que j’ai rejoint après sa mort.

« Boogie For Stu », c’était un réplique du « Boogie With Stu » de Led Zeppelin.

Oui, j’ai toujours aimé Led Zep et je voulais jouer sur les mots. C’était une façon de maintenir cette tradition de la spontanéité.

« Lonely Avenue » a une tonalité différente, presque gothique. Il est vrai qu’avec PJ Harvey. (Rires)

C’est ma cousine et je suis réellement fier d’elle. Comme artiste en pour la façon dont elle a repris ce titre. Sur ce plan, nous partageons la même passion. On a enregistré sur le piano, qu’elle a chez elle. On a fait ça très détendus, dans le salon de son père et de sa mère, c’était assez étrange et en même temps charmant.

Charmant mais intense…

Vous ne pouvez pas lui demander de faire les choses de man ère conventionnelle. (Rires) Là, son interprétation est presque fantomatique.

De façon générale, comment les arrangements ont-ils été agencés ?

On n’ y pensait pas trop. C’était comme une « jam » avec une approche très simple. Les solos, claviers ou cuivres, se faisaient de manière impromptu. Tout ce qui a été réfléchi l’était en amont.

Vous-même n’hésitez pas, dans votre groupe, à pratiquer cette approche où vous passez d’un clavier à l’autre avec vos musiciens.

Cela est possible parce que vous avez des instrumentistes phénoménaux. Vous savez, quand vous essayer de remonter aux racines de la musique populaire, ce qui demeure est l’idée que vous devez privilégier l’instinct et une certaine joie de vivre et c’est cela le message de la musique.

12 mai 2015 Posted by | Rapid Talk | Laisser un commentaire

Timeshares: « Already Dead »

Le « debut album de Timeshares, Bearable, était fait de punk explosif et de vocaux hurlés de la manière la plus brute. Already Dead les voit se frotter à des structures et des sons où ils tentent de faire preuve de plus de mesure.

Le climat se fait même nasillard parfois mais on reste encore bien éloigné du punk cowboy au profit d’accroches pop punk qui en font un album plus musical et où les textes se font plus personnels.

Ainsi « Stateline to Stateline » ouvrira le disque sur une note presque mollassonne comme pour nous faire part du changement musical opéré ici. Le twang country est présent sur « Tail Light » mais il est tenu en bride par une énergie toute punk.

Ces deux titres seront les indicateurs de la nature de Already Dead ; une vibe laidback (« The Bad Parts ») ponctuée de plages plus violentes comme « Heavy Hangs ».

Sortir un album qui dévie du premier est risqué. C’est assumé de belle manière ici et, même si Already Dead ne révolutionne pas la scène pop-punk il sera intéressant de voir un combo se vouloir plus chevronné.

**1/2

12 mai 2015 Posted by | Chroniques "Flash" | | Laisser un commentaire