Rapid Talk: Interview de Mikal Cronin.

Mikal Cronin approche, mine de rien, de 30 ans et écouter ses trois albums solos revient à feuilleter une séries de clichés pris au long de ses dernières années. Il admet que certaines d’entre elles ont encore besoin d’être développées. Il est vrai que depuis quatre ans son garage pop-punk dépouillé impliquait qu’il était sur un mode bricoleur déjanté jusqu’à ce qu’arrive MCIII pour mettre un terme à cette sensation. C’est le premier sur lequel Cronin joue de quasiment tout et il semble parler suffisamment de tout (aliénation, détresse) à tant de gens qu’on ait le sentiment de ce qui est accompli ici dans ces confessions douces amères.

Comment et quand écrivez-vous ?

Souvent je compose dans ma tête pendant que je marche. J’écris tout le temps et ne cesse jamais d’enregistrer tout ce que mon esprit me suggère.

Quel a été le moment décisif où vous vous êtes dit que vous vouliez être musicien à plein temps ?

Je n’ai jamais pensé que ça aurait pu être le cas. Il y a quelques années j’ai réalisé que composer, enregistrer et jouer sur scène était le truc qui me rendait le plus heureux. Je faisais des choses à l’emporte pièce durant des soirées et, un jour, quelqu’un a voulu me faire sortir un « single ». J’étais étonné et un peu déboussolé mais c’est graduellement devenu ma vie.

Avez-vous du mal à vous définir en termes de style musical ?

Oui parce que je puise beaucoup dans ce qui m’intéresse, et c’est assez large. En fait j’essaie de ne pas adopter un genre spécifique.

Vous vous entourez de beaucoup de musiciens ; avez-vous jamais songé à former un groupe ?

J’ai énormément de satisfaction à jouer de la basse pour Ty Segall car tout n’est pas centré sur moi. J’aime pouvoir travailler sur plusieurs projets en même temps ce qui est la cas.

Est-ce que MCIII représente la dernière touche à une « trilogie MC » ? D’un point de vue narratif vous semblez avoir évolué des zones d’ombres vers le monde réel et un questionnement sur le fait de vieillir.

Je ne sais pas si c’est le dernier chapitre d’une trilogie. Les choses ont évolué pendant que je composais et qu’il m’apparaissait évident que j’étais habité par une même problématique. Ces trois albums sont devenus une chronique de mes années 20. Ça serait intéressant de pouvoir les comparer à ce que je suis d’ici quelques années.

Vous avez écrit durant ces années où la plupart des bouleversements se font en vous.

Oui, ça a été pour moi un processus en constante évolution. Rien n’est stable mais aujourd’hui je pense avoir acquis une certaine assise ; j’ai de l’expérience et je sais ce qu’il faut faire et ne pas faire ? Mes amis ont trente ans, comme moi et on traverse tous des choses similaires ce qui aide.

Mais vous devez vous demandez ce qui arrive à votre vie ; vous pourriez puiser dans un journal intime.

Je regrette ne pas en avoir un vous savez. Je pars de mes expériences et elles sont parfois chargées et difficiles à comprendre. Ensuite je m’abstrais de moi-même et essaie d’y trouver des aspects auxquels tout le monde pourrait se rattacher.

Cela vous pèse-t-il ?

Non, pas vraiment. Je commence à me rendre compte que ce qui est ma vie personnelle ne fait pas que me concerner. Vous apprenez alors à mieux pouvoir l’affronter.

Et puis ce qu’on attend de quelqu’un à trente ans a changé aujourd’hui.

Oui, pourtant j’avais toujours pensé qu’à cet âge j’aurais tout pigé. Visiblement ça n’est pas le cas.

Vous parlez de MCIII comme d’un histoire de passage à l’âge adulte ; vous avez donc toujours cette perspective même si vous vous sentez déboussolé.

Tout à fait et cela concerne surtout la deuxième partie, conceptuelle, du disque. Rétrospectivement je me rends compte que les années les plus importantes ont été pour moi celles où j’avais 19 ou 20 ans. Je peux aujourd’hui conceptualiser ce qui s’est produit da manière positive. C’est comme un moment inattendu qui a orienté ma vie vers ce qu’elle est aujourd’hui.

Ils y a certains titres qui semblent se répondre sur les deux faces de l’album. « I’ve Been Loved » forme un duo avec « Circle » par exemple.

J’aime beaucoup ces deux titres. C’est la partie intéressante de faire en sorte que les deux éléments s’imbriquent. Les thèmes sont similaires mais ils sont traités de deux perspectives éloignées chacunbe de plusieurs années.

Vous abordez des sujets difficiles mais vous semblez les amortir d’une humeur ioù l’espoir est toujours là.

C’est exactement ça. J’écoute beaucoup de musique et j’aime les morceaux où une chanson devient une humeur mais qui, quand vous l’écoutez attentivement, présente un autre climat. Les grands artistes maîtrisent ça à la perfection.

Qui par exemple ?

Un des albums les plus tristes que j’ai jamais entendu est Pet Sounds des Beach Boys. Si beau et luminueux jusqu’à ce que vous y prêtiez une oreille plus attentive.

Qu’est-ce qui se passe quand on invite des musiciens à pénétrer dans son univers et que celui est sombre ?

Il est difficile de garder un contrôle absolu ; chacun emmène les autres dans des endroits différents. C’est pour cela que je joue ici de la plupart des instruments. Je ressens le besoin de tout contrôler mais, une fois que j’y suis parvenu, c’est assez satisfaisant même si on peut être parfois effrayé de constater que certains titres sont meilleurs que quand je les ai enregistrés.

Y-a t-il un titre qui vous a posé des problèmes particuliers ?

Oui, « Control », qui est directement tiré de mon expérience personnelle. IL m’a fallu du temps pour maîtriser le tout.

Quelle était-elle ?

C‘était une période où je ne me sentais pas bien et où je conduisais pendants des miles et des miles sans direction bien précise. Je rentrais chez moi et j’ai vu un chat qui avait été renversé par une voiture. Je l’ai emmené chez le vétérinaire et il l’a piqué pendant que je le tenais.J’ai senti qu’il s’en allait ; c’était à la fois comique et sombre et, quand j’y repense, c’est une des choses qui qui a changé la façon dont je voyais la vie.

Qu’est-ce qui a fait que ça vous a paru être le moment propice pour la narrer ?

Cela faisait longtemps que je caressais l’idée de faire un « concept album ». Je réfléchissais à ma vie passée pour y trouver une histoire où je devenais adulte. Je n’avais jamais partagé cela avec personne car c’était une période bizarre et que je la refoulais. Finalement je me suis décidé malgré la peur qui m’animait. Il m’a fallu du temps pour emmagasiner cette idée que je n’étais pas le seul à parfois partir conduire sans but. C’est ce qui me guide quand je fais de la musique ; la rendre importante à des gens au même titre qu’une expérience personnelle.

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