Ava Luna: « Infinite House »

De prime abord, il n’y a rien qui vous accroche immédiatement chez Ava Luna, combo art-rock de Brooklyn. Ces comédiens madrés font une musique difficilement définissable jusqu’à être parfois carrément laide ce qui semble leur procurer une sensation de liberté sans limites qu’il serait impossible de répliquer.

Quelque part ce semble être le but du combo puisque sa pop est calculée, cérébrale et ne semble pas vouloir se fixer de limites et se repaitre de signatures temporelles nerveuses et d’inflexions soul discordantes comme si le désir véhément d’apporter des éléments funk se devait de ne pas sonner une flatteuse.

Sur ce troisème album en revanche, Ava Luna semble vouloir construire sur Infinite House des compositions où les rythmiques sont plus compréhensibles et accessibles, leur donnant en conséquence plus d’espace pour manoeuvrer.

Les idées ne sont pas pour autant limités et elles demeurent toujours exotiques comme sur « Company » et « Black Dog » qui se fondent sans le jazz numérique mais y insèrent des breaks de guitares hérissés avec un abandon grungy et passionné atypique pour eux. Sur le précédent Electric Ballroom ces interstices écervelés de nuances progressives avaient le don d’exaspérer mais sur des titres agiles comme « Rose and Cherries » les mid-tempos luxuriants savent aisément capturer nos sens auditifs même si l’instrumentation demeure aussi expansive. Simplement, ici, elle est ralentie et ce cette sophistication qui la distingue du reste.

Bref, moins de recherche gratuite et une approche plus organique qui n’entrave pas un des facteurs fondamentaux du combo, ces harmonies déséquilibrées qui définiront toujours leur projet. « Tenderize » est un titre rigide et soul à la fois, une sorte de néo soul freakout accompagné par un chorus a cappella qui aurait sa place dans un lounge snobinard. « Steve Polyester » étendra ce concept habits noirs et chemises blanches encore plus loin avec une approche narrative de Becca Kauffman qui rappellera Gil Scott-Heron.

Toutes ces génuflexions n’ont qu’un but, composer des disques post-punk atonaux. On y regrettera la manque de spontanéité et un certain entêtement dans l’approche les sept minutes de l’instrumental « Victoria » n’échappent pas au ridicule tant l’effort à combiner le fun d’écoute et la réflexion qui peut en naître quelque peu forcée. On retiendra finalement la volonté de créer une musique aussi bizarre qu’elle puisse s’avérer l’être avec le désir de révéler l’anormalité qui est également en nous. Il faudra sans doute beaucoup de temps pour que la tendance à l’épurement discernée ici puisse porter ses fruits.

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