« Son & Passion »: Interview de Cat’s Eyes.

Le dernier film de Peter Strickland, The Duke of Burgundy, se situe dans un monde où le genre masculin est inexistant. C’est également le titre de la bande son qu’a composé Cat’s Eyes, un duo formé de Faris Baldwan (The Horrors) et de la multi-instrumentiste Rachel Zeffira, une soprano ayant reçu une éducation musicale classique. Le résultat en est une bande originale assez étonnante et à l’image du film, à la fois audacieuse et tendre ; un conte sadomasochiste où la passion se conjugue à la mort. Les musiciens nous dévoilent ici comment ils se sont efforcés de l’illustrer.

La bande annonce de Duke of Burgundy est, pour le moins, donne-t-elle une image exacte du film ?

RZ : On l’a regardée à plusieurs reprises. Elle est comme composée de tas de films que j’ai vus et d’autres que je n’ai pas vus. Faris l’a fait une douzaine de fois et mois plus de cinquante ! Elle est très belle et, à chaque fois, j’y trouve des choses différentes.

Comment résumeriez-vous le film alors ?

RZ : Le cadre en est un univers dépourvu d’hommes. Une relation en sert de trame mais ça n’a rien à voir avec quelque chose de lesbien.

FB : C’est un monde où le genre n’a jamais existé, où il n’y a jamais eu d’hommes et de femmes ; aussi la question du sexe n’a pas lieu d’être. La relation décrite y est banale, terre à terre et les protagonistes vont tenter de lui donner un peu de piment.

RZ : C’est pour cette raison que je voulais éviter quelque chose de grotesque.

FD : Exactement ; ce sont des problèmes normaux et que n’importe qui peut avoir dans une relation. Le film examine comment ils seraient vécus si la problématique du genre n’existait pas. Ça peut sonner austère mais le traitement est en fait très drôle. Il y a beaucoup de subtilité, pas comme si vous regardiez un Laurel et Hardy.

Est-ce que Peter Strickland vous a contacté directement pour vous demander de composer la musique ?

FD : On a eu un message où il disait vouloir nous rencontrer. J’avais déjà vu et beaucoup apprécié un des ses films, Katalin Varga. Il voulait juste parler de musique et de ce que nous aimions. Il a son propre label de disques, Peripheral Conserve , ce que personne ne sait. Il nous en a donnés un certains nombre et ils sont tous très bons. o,n discours était très vague, il parlait de la Russie et de Bjork. Ensuite il nous a suggérer de travailler avec lui dans un futur proche.

RZ : Ils nous a ensuite envoyé un scénario.

FD : Je crois qu’il est difficile de retranscrire dans un scénario à quel point un projet peut être intéressant. Mais, en le lisant, je l’ai tout de suite trouvé intéressant et excitant.

RZ : Ce qui le rendait fascinant était la façon dont il souhaitait générer cette histoire. Il y avait couches après couches d’éléments ce qui vous permettait d’interpréter le scénario de plusieurs manières et ne pas vous attendre à ce qui se produirait à l’écran. Ils ont commencé à filmer et on le voyait naître lentement, ils nous envoyait ensuite les scènes et c’était vraiment intéressant de le voir prendre forme.

Est-ce que sa façon de travailler concordait avec les conceptions que vous vous faisiez de composer une bande son ?

RZ : C’était même mieux. J’avais déjà fait des musiques de films mais là nous avions sa confiance et une totale liberté.

FD : Il ne nous a donné aucune référence filmique ce qui était probablement une bonne chose. Et nous ne connaissions aucune de ses références musicales ce qui était rafraichissant.

RZ : On échangeait constamment des « demos » et ça s’assemblait au-delà de toute espérance. Très vite on a compris qu’on allait dans la bonne direction. Peter voulait absolument du hautbois et ça nous a paru une évidence dès le début. Il a démandé également des climats endeuillés et de la mélancolie ; aussi on a introduit le clavecin.

Il ne vous a donné aucune indication filmiques mais vous, en aviez-vous en tête pendant que vous travailliez ?

FD : Non, tout était lié aux images que nous utilisions.

RZ : C’est d’ailleurs préférable que de pouvoir travailler avec le film sous les yeux.

FD : The Duke of Burgundy est très gratifiant visuellement ; aussi, quand, vous regardez ses scènes, il est difficile de penser à d’autres choses. L’inspiration qu’il suscite suffit.

Aviez-vous, dans le passé, été touché par d’autres musiques de films ?

FD : Beaucoup me viennent à l’esprit mais je ne sais pas à quel point elles seraient pertinentes en ce qui nous concerne. Par exemple la BO de Paris Texas est merveilleuse même si je ne suis jamais parvenu à voir le film jusqu’au bout car à chaque tentative je m’endormais.

RZ : Je ne pense pas que cela puisse nous influencer quand vous composez une bande son.

FD : Il y a certaines choses qui ne s’effacent pas en revanche ; quand vous entendez le « Everybody’s Talking » de Nilsson pour la première fois dans Midnight Cowboy, vous savez que la chanson deviendra iconique et vous ne pourrez que vous y référer.

RZ : Pour moi c’est Nino Rota et Le Parrain. [À Faris] Tu aimes la BO de Dirty Dancing non ?

FD : Je n’ai jamais vu le film ; j’aimer tout simplement The Ronettes ! Je ne sais même pas ce qui il y a d’autre dessus. don’t even know what’s on the Dirty Dancing soundtrack, you’re thinking of somebody else.

RZ : Tu devrais écouter, je suis certaine que tu aimerais et c’est moins gnangnan que celle de Ghost.

Sur The Duke of Burgundy, Peter vous a demander de remplacer le Requiem de Mozart qu’il avait utilisé en pré-production sur uen scène particulière. C’est une sacrée responsabilité, non ?

FD : Tout le monde y est attaché et il a été utilisé des centaines de fois.

RZ : Peter y tenait vraiment mais il nous a demandé de composer un autre requiem juste au cas où.

FD : Il ne nous retait que deux jours avant la fin mais travailler sous le pression convient très bien à Rachel. Dans le cas contraire, il lui est difficile de s’y mettre. La plupart des gens savent qu’elle fonctionne ainsi mais ça n’était pas le cas de Peter. Elle a donc bossé dessus pendant toute une nuit et moi je n’ai rien fait. Quand je suis réveillé, tout était fait. Il arrive souvent que les trucs sur lesquels je n’ai pas travaillé sont ceux que je préfère.

Comment travaillez-vous ensemble alors ?

FD : C’est très variable. Il peut y avoir 4 ou 5 morceaux où je ne participe pas et d’autres où j’écris et produis moi-même.

FZ : On est comme un groupe, un partage 50/50.

À l’approche de la sortie du film, êtes-vous nerveux ?

FD : Pas vraiment ; ce qui aide est que nous aimons tous deux le film. Sur Berberian Sound Studio, c’était la même chose pour moi mais je n’aimais pas le film autant que celui-ci. L’expérience a donc été différente avec The Duke of Burgundy.

Voyez-vous des similitudes en termes d’atmosphère entre les deux films ?

FD : Je crois que l’intrigue est bien plus forte sur The Duke of Burgundy et que les éléments visuels y ont une plus grande importance.

RZ : Il y a une scène, avec les insectes, qui est semblable néanmoins. On voit qu’il s’agit du même réalisateur.

Pensez-vous que votre approche sera différente désormais ?

FD : Ma façon de regarder les choses est de les désosser, que ce soit une BO ou les gens. Quand le film n’est pas très bon, vous commencez à vous attacher à d’autres éléments qui y figurent. Vous n’avez pas besoin de faire cela que c’est un chef d’oeuvre. Vous l’accompagnez de la même man ière que vous écoutez de la musique. Dès que vous vous mettez à réfléchir, vous êtes hors course. La musique et le cinéma doivent vous immerger dans quelque chose, leur propre monde ; l’exemple le pus flagrant pour moi est Le Parrain 3.

RZ : On voit bien que ce n’est pas Rota qui en a fait la nade son. La musique est trop intrusive et sentimentale et toute l’atmopshère des deux premiers films s’est transformée en un truc pour soap opera.

Ce travail vous a-t-il inspiré pour le prochain album de Cat’s Eyes ?

FD : Je ne dirais pas que cela nous a influencés énormément dans la mesure où on travaille sur des idées depuis pas mal de temps.

RZ : Quand vous faite une bande son, vous ne pensez qu’au film et celui-ci vient d’un autre endroit que le vôtre. Ce que vous faites, vous le faites pour vous, ici nous le faisions pour Peter.

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