Waxahatchee: « Ivy Tripp »

Le succès relatif de Cerulean Salt a fait de Katie Crutchfield (alias Waxahatchee) une artiste de la scène alternative avec qui il fallait désormais compter. Son registre musical a été établi et, ce sont ces préconceptions (ballades acoustiques qui vous hantent et « pop songs » qui rebondissent) qui font de l’ouverture explosive de Ivy Tripp quelque chose de si étonnant. Cet éclat d’effets statiques discordants est le bruit le plus coriace jamais produit par elle et il suffit à ébranler les hauts-parleurs certes mais aussi toutes les notions qu’ont avait pouvait projeté sur son répertoire.

Crutchfiled parvient néanmoins très vite à re-contextualiser le buzz « ambient » de « Breathless » jusqu’à ce qu’il nous semble naturel et, dès qu’elle fait intervenir sa voix, elle emmène ces tonalités râpeuses en un endroit où règne une mélodie dont la beauté est à vous couper le souffle.

Cette juxtaposition de joliesse et de laideur a toujours été une des constantes chez l’artiste depuis la sortie de l’acoustique et lo-fi American Weekend ; elle démontre ici qu’elle est capable de la hisser à d’autres niveaux et que ses textes pleins d’abattement trouvent désormais un écho dans une musique suffisamment sévère pour leur correspondre.

On trouve toujours néanmoins des compositions qui canalisent encore la vigueur pop-rock de Crutchfield mais elles sont toutes placées à proximité des compositions les plus sombres de sa jeune carrière. « Breatless » est ainsi suivi par un « Under A Rock » au chorus montant en flèche, « Stale By Noon », refrain qui vous consume, sera déstabilisé par les accords de guitare enlevés et toniques de « The Dirt » ; chaque plage devient ainsi un témoignage de la versatilité de Waxahatchee. On retrouvera le même contraste dans les textes par exemple quand elle énoncera « qu’elle ne vaut rien » tout en précisant que tout ce sur quoi elle chante vaut encore moins.

Ivy Tripp est la démonstration que Crutchfield est aujourd’hui capable de réconcilier les deux pôles dans lesquels elle existait et mettre sous le même toit ses explorations soniques divergentes. En un sens, elle montre qu’elle est à même d’embrasser les deux facettes de ce qui la constitue et d’adapter le rock indie à ses propres besoins, explorant tout l’éventail des émotions humaines  sans empiéter sur autrui. Quand « Bonfire » clôturera l’album en complétant le cycle ouvert sur un mur de distorsion, on comprendra que Ivy Tripp est plus qu’un simple disque, mais un opus réfléchi, inspiré, assumé et accompli d’une telle manière qu’on ne peut qu’espérer que d’autres suivront pour emprunter ce chemin et l’améliorer encore.

****1/2

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