Annah Cohen: « Pleasure Boy »

Malgré un titre, Pleasure Boy, et une pochette où elle apparaît comme plutôt aguicheuse, Hannah Cohen n’a rien d’une nymphette sexy et écervelée. Ce deuxième album, bien au contraire, confirme qu’elle est la singer-songwriter de talent que les débuts avec Child Bride avaient laissé pressentir.

Elle s’est à nouveau associée avec le producteur Thomas Bartlett (David Byrne, The National et Antony Hegarty) qui assure également les claviers mais qui sait surtout parfaitement , et celui-ci sait mettre parfaitement en valeur le paysage éthéré de Cohen.

On perçoit immédiatement que Pleasure Boy est un disque de rupture dans lequel le lyrique et le personnel sont soigneusement imbriqués avec une honnêteté émotionnelle qui ne se dément pas. L’orchestration est soignée, particulièrement aérienne sur la guitare, et elle contraste plaisamment à la douleur évidente qui a donné naissance à l’album. Il n’est que de l’entendre psalmodier « Tell me her name, tell me her name / was she worth it ? » sur le refrain désabusé qui ouvre le disque, « Keepsake », pour apprécier sa manière de subvertir une mélodie accrocheuse et d’annoncer ce qui de quoi la suite sera constituée.


« Watching You Fall » jouira d’un arrangement plus traditionnel (batterie directe, effets plus légers) pour évoquer des émotions comme la pitié, le regret de n’avoir qu’effleuré la satisfaction que chacun peut ressentir quand son ancien partenaire a entamé une nouvelle vie amoureuse. « Lilacs » jouera sur cette confusion des sentiments quand la douceur laisse peu à peu place à cette intensité de vengeance tranquille qu’on peut parfois éprouver.

« Clarement » sera dépouillé et délicatement agencé pour former une association fluide avec « Quuen of Ice » qui précédera le poignant « torch song » « Take the Rest » dont la percussion profonde accentuera le caractère dramatique. Cohen semble ici succomber au désespoir et à la résignation avant que le « closer » « Baby » illustrera à merveille l’expressivité d’une voix qui, au milieu des tourments, ne tombe pas dans l’affliction en cultivant une once subtile de second degré.

Malgré seulement huit compositions, Pleasure Boy s’avère être un album complet et accompli. Entendre Cohen mettre ainsi son âme à nous ne peut déclencher une empathie car elle le véhicule avec distinction, grâce et sensibilité délicate, chose que personne n’est assuré d’être en mesure de faire.

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