Death Cab For Cutie: « Kintsugi »

Il y a toute une symbolique derrière le titre du dernier album Death Cab For Cutie si on considère les divers aléas (divorces, problèmes avec les fans, départs de membres fondateurs) qui ont été le lot du groupe ces derniers temps. Kintsugi est en effet un mot japonais signifiant le fait de réparer de la porcelaine brisée avec une précision exemplaire ; on comprend que ce disque est l’actualisation personnelles de ces intentions.

Le disque s’ouvre sur un « No Room In Frame » qui prend naissance sous forme d’un écran affichant une ligne plate, belle démonstration d’humour caustique de Ben Gibbard pour montrer qu’ils sont bien loin de leur lit de mort. Son « I don’t know where to begin » possède cette intonation de quelqu’un qui hausse les épaules plutôt qu’il ne se regarde le nombril. Death Cab sont de retour non pas pour se réparer pour pour être meilleurs qu’avant.

Les ballades romantiques sont toujours là mais elles ne sont pas des lettres de ruptures larmoyantes ; elles ont au contraire la nature réfléchie de celui qui pense à ce qu’il a laissé derrière lui. La voix semble à son aise, chez elle, sereine ; la distillation parfaite de ce qui a fendu le groupe si unique.

Les peines de coeur demeurent toujours la thématique qui est le sang vital du groupe mais, accompagnées pour la première fois par des arrangements somptueux (Rich Costley) ces sentiments semblent moins ébréchés. « Good Help (Is So Hard To Find »), dernière signature de guitare de Chris Walla aujourd’hui parti, pousse vers un horizon où règne le naturalisme alors que les dernières productions de Death Cab étaient orientées vers l’expérimentation et l’electronica.

Ce retour à l’organique apporte une nouvelle chaleur aux compositions, une âme inédite jusqu’à présent chez eux. Le poids de chaque craquement ou bruissement devient alors plus prégnant avec un « El Dorado » vibratoire ou « Ingenue » et « Binary Sea » qui ponctuent le disque avec les percussions élégantes et fleurise de Jason McGerr qui propulsent les titres vers un final dont le gigantisme du piano nous engloutit.

Death Cab For Cutie sonnent libérés, comme si le statut de groupe de rock indépendant leur était indifférent. Leur musique a évolué vers quelque chose qui semble se destiner à l’emphase des concerts dans les grands stades. Après 18 ans de carrière, ils émergent couturés encore, mais sortent de ces brisures encore plus accomplis, comme hommes et comme musiciens.

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