Nellie McKay: « My Weekly Reader »

Un album de reprises est toujours affaire délicate surtout pour des artistes aussi particulier que Nellie McKay qui, depuis son premier et audacieux album Get Away en 2004 a toujours veillé à nous délivrer un rock and roll cabaret cynique et détraqué.

Il ne sera donc pas surprenant que ses interprétations soient d’un style mutant où le cabaret rencontre Broadway ce qui s’avère à la fois une force et une faiblesse de My Weekly Reader.

Le choix du « Sunny Afternoon » des Kinks pour ouvrir le disque est malin, non seulement parce qu c’est un « classique » mais parce que son personnage central navigue de la richesse à la pauvreté ce qui permet à McKay de triturer un peu les textes pour qu’ils se réfèrent à la situation économique actuelle. « Sunny Afternoon » est également une reprise astucieuse dans la mesure où il y a toujours eu chez les Kinks un côté music hall et McKay met merveilleusement en valeur cette connexion.

Sa démarche décalée permets également à « Mrs. Brown, You’ve Got a Lovely Daughter » des Herman’s Hermits de révéler des profondeurs et des colères bien dissimulées sous une composition « bubblegum » alors que l’harmonica façon Neil Young utilisé sur « Red Rubber Ball » de Paul Simon introduit un étrange rapport entre les efforts les plus sérieux de certains singers-songwriters et le monde de la pop music contre lequel ces artistes étaient en rébellion ouverte.

Elle n’essayera pas, en revanche, de s’éloigner de la sensibilité pop de certains standatds old-scool comme « Don’t Let The Sun Catch You Crying » de Gerry and the Pacemakers ou dy « If I Fell » des Beatles, une de leurs plus jolies ballades

C’est quand elle s’attaque à des titres plus intenses (« Murder In My Heart For The Judge » de Moby Grape ou « Wodden Ships » de David Crosby et Paul Kantner) que sa méthode euphémique leur ôte toute tension. On a alors droit à un phrasé désinvolte qui essaie sans doyte d’établir un lien entre les 60’s et aujourd’hui mais qui, au final, sonne apprêté plutôt qu’autre chose. Même constat pour « Itchykoo Park » parce que la vois de Steve Marriott y véhiculait précisément force et familiarité sans que les deux puissent s’exclure et que cette version n’a pas la dynamique transcendante des vocaux originaux.

My Weekly Reader est un disque fidèle et expérimental à la fois et il nous fournit presque une compilation idéale des sixties, une de plus doit-on nuancer. Ce disque permettra de faire découvrir en quoi certains artistes étaient brillants (n’oublions pas Zappa ou Richard and Mini Fariña ou sa version fantastique de « Bold Marauder »), et tout ceci même si leurs compositions n’y sont pas les meilleures. Cet opus récompensera l’audace d’une artiste dont la vision re-créatrice ne se dément pas que ce soit sur son matériel ou celui d’autres musiciens.

***1/2

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