Chastity Belt: « Time To Go Home’

Ce quatuor féminin porte le délicieux patronyme de Chastity Belt ce qui en dit long sur leur approche humoristique et cool, urgente dans ce qui peut être une profession de foi féministe et néanmoins distanciée parce que trop de sérieux dans l’articulation peut s’avérer ennuyeux.

Time to Go Home est leur deuxième album et il les voit explorer des thèmes aussi amènes que l’ennui, l’excès, la promiscuité et l’anxiété, le tout saupoudra non pas de vindicte mais, et c’est à leur honneur, de mélancolie.

Celle-ci articule à merveille l’attitude ambivalente de nombreux adolescents nés après la guerre et c’est pourquoi l’énergie qui les anime se matérialise dans une ambiance post-punk . La voix de Julia Shapiro possède une qualité apathique qui met encore plus en valeur le sens de détermination des compositions, en particulier grâce à l’entrelacement des guitares, des percussions rudes et inébranlables et des lignes de basses pleines de puissance.

Le groupe assume avec ferveur son engagement, sur « Cool Sluts » Shapiro proclame avec nonchalance « We’re just a couple of sluts, going out on the town, fooling around » ou « It’s OK to be sluty ». L’utilisation désinvolte de tels termes charge le climat du disque de manière appréciable et notable ; Shapiro évoque ainsi la sexualité de la même façon que les hommes le font depuis des années et des années.

Musicalement, on retrouve la même intrépidité, des emprunts sont faits à divers genres, donnant une étendue plus grande et sauvage à leurs tonalités et terminant plusieurs compositions avec des codas prolongés ayant pour but d’altérer les tempos. On remarquera un hommage vorace à John Carpenter (« The Thing ») et un hymne punk en surmultiplié rappelant The Dead Kennedys, « Police Truck ».

Ce qui agrègera tous ces titres sera le désespoir inhérent qui les conduit que ce soit en éviquant des sujets prosaïques comme une sortie nocturne (« Time To Go Home »), se défoncer (« Joke ») ou glander et ne rien faire (« On The Floor »).

« IDC » symbolisera ce détachement et cette frustration sur un mode de slow blues progressif où Shapiro entonnera : « Is it cool not to care ? I got drunk out of boredom / I did not want to be there » qui sonne de manière rafraichissante au lieu de tomber dans un climat purement dépressif.

Time to Go Home confronte ainsi une réalité qui est celle de vivre uniquement pour les fêtes et ce qu’il advient une fois celles-ci terminées. Il le fait avec un humour inébranlable dans sa confrontation de ce qu’elle peut avoir de glauque et fait de cet album une écoute indispensable.

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