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Game Theory: « Real Nighttime »

Real Nighttime est un album classique et intemporel, aussi brillant aujourd’hui qu’il l’était lors de sa sortie en 1985. C’est aussi un disque qui a établi un standard pour la power pop ; un genre que Scott Miller (guitariste, leader et compositeur principal du groupe) semble englober à lui tout seul.

Non seulement sa musique est cool mais ses compositions vont dans des sens divers mais toujours harmonieux, ses textes sont délicats et intelligents tour en ne dédaignant pas d’exploser d’énergie ; bref voici un album riche de ce qu’il contient mais aussi détenteur d’une véritable histoire. Scott était un songwiter et et un guitariste prodigieux, l’équivalent du célèbre Mitch Easter (Let’s Active, Chris Stamey, producteur des premiers disques de R.E.M.) qui joue et produit d’ailleurs ce disque aux côtés de Michael Quercio (Three O’Clock) et Jozef Becker.

Le CD original contenant des reprises de « I Want To Hold Your Hands » des Beatles et du classique de Todd Rungren, « Couldn’t I Just Tell You » qui s’intégraient à merveille avec la sensibilité pop de Scott. Bien sûr, c’était avant tout Big Star qui a eu la plus grande influence sur Scott et Easter. À cet égard la reprise du« You Can’t Have Me » de ces derniers est absolument parfaite avec sa slide guitar et la façon dont Scott verbalise la colère originale de Alex Chilton.

Le CD qui ressort aujourd’hui comprend bien sûr ce titre tout comme une flopée d’enregistrements « live » ou inédits ainsi que des notes où figurent une interview de Mitch Easter et des contributions De Carl Newman (New Pornographers) et Byron Coley. Ce qui importante en revanche c’est les bonus musicaux et, à ce titre, nous sommes plutôt gâtés.

Le songwriting est l’interprétation sont tout bonnement impeccables et le disque sonne aussi frais qu’il y a 30 ans, à l’époque où Game Theory côtoyait the Db’s et autres combos de ce calibre.

Le titre d’ouverture, « Here Comes Everybody », est une introduction idéale au morceau qui suit, « 24 », ainsi qu’à la tonalité générale de l’album. C’est une mise en scène qui rappellera ce que faisait Love quelques années plus tôt avec ses chorus accrocheurs, ses harmonies pleines de soleil et son «riff issus de « Stairway To Heaven » à la fin. « Waltz the Hall Always » est, de son côté, une parfaite démonstration de comment on peut se promener en semblant n’avoir aucun souci avec son orgue de fête foraine et sa guitare jouée à une vitesse endiablée.

Dans la lignée des thèmes musicaux récurrents on trouvera « Friend of the Family » avec sa guitare en distorsion et ses textes surréalistes. « If and When it Falls Apart » sera, lui, peu typique du Game Theory de l’époque ;léger et lent au départ puis montant en crescendo vers un pont dissonant où la phrase «  This city brings me down » pourrait référencer n’importe quelle autre lieu.

«  Curse of the Frontier Land » est du Game Theory dans toute sa splendeur avec ses passages alternant le sombre et le lumineux et des excellents backing vocals féminins. « She’ll Be a Verb » est une autre de ces excellentes compositions qui aurait mérité d’être un hit « indie » et Scott montrera la qualité de sa voix de ténor sur la chanson titre, sur « I Turned Her Away », il sonne même comme il souhaitait défier Richard Thompson.

Au chapitre des reprises, on aura droit à une version en public mais sans saxophone du « Baker Street » de Gerry Rafferty et d’une autre de Queen, « Lily of the Valley ». On ne pourra que louer Omnivore Recordings qui ont pris la peine de ressortir ce disque ainsi que de l’agrémenter d’inédits et d’une superbe et instructive pochette ; c’est faire honneur à un artiste dont il est enfin donné l’occasion de redécouvrir le joyau que, trois décennies avant la nôtre, il a réalisé.

****1/2

19 mars 2015 Posted by | Chroniques du Coeur, Oldies... | | Laisser un commentaire

Inventions: « Maze of Woods »

Matthew Cooper et Mark T. Smith partagent le même label (Temporary Residence ) et que, en moins d’une année, ils soient capable de sortir, toujours sous le patronyme de Inventions, un deuxième album en dit long sur sur le flot créatif dans lequel ils se trouvent.

Maze of Woods s’ouvre sur un « Escapers » qui semble être atteint de bégaiements et de secousses tant il sonne comme le feraient deux producteurs en train d’appuyer plusieurs fois sur la touche « reset » de leur appareil. Une phrase exemplifie leur démarche : «  I wanted to do something that I don’t know how to do », donnant voix à l’inquiétude qui est intrinsèque à leur projet.

« Spingworlds » va, lui, s’échapper des fondations de la première plage et nous entraîner vers des pâtures plus larges et tournées vers la contemplation d’une aurore, atmosphère qui a fait la réputation du duo. Le chorus drone et se gonfle comme une vague alors que, en dessous, les ambiances ensommeillées impriment leur climat ; cela nous projette dans une sorte d’embryon situé dans une matrice confortable comme si il régressait à un stade prénatal.

La chanson titre aura tous les attributs du post-rock ; les sections médianes de toutes les compositions auront d’ailleurs ce va et vient caractéristique du genre, en reprenant le riff initial en ne nous laissant pas le loisir de nous y appuyer avec complaisance. La sensation sera, au contraire, celle d’une progression constante, toute erratique qu’elle puise paraître.

Maze of Woods est aussi varié que leur « debut album » éponyme mais sans doute plus expérimental. C’est un disque qui n’est jamais en panne d’idées et dont la cadence s’intègre à merveille avec cette sensation de s’aventurer dans des espaces sauvages qu’il souhaite mettre en scène. Les paysages soniques sont divers, colorés et harmonieux : le mur de sons qui nous est présenté là est tout simplement magnifique, penser que, pour eux, le stade est encore embryonnaire est signe que nous n’avons pas fini de nous élever dans la subtilité.

****

19 mars 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Seth Avett & Jessica Lea Mayfield:  » Seth Avett & Jessica Lea Mayfield Sing Elliott Smith »

Un nouvel album de reprises de Ellioth Smith pourrait-on dire. On pourrait également se demander à qui il conviendrait d’explorer un catalogue dont toute le matériel est disponible en version originale. À l’inverse de Jeff Buckley, un autre de ces artistes qui est devenu un artiste culte après sa mort, la caractéristique de Smith était de pouvoir véhiculer des vérités universelles sur la solitude, les tourments amoureux ou la beauté en l’espace de quelques lignes. Ce que Buckley réalisait avec sa voix, Smith le faisait avec des mots et c’est sans doute pour cela qu’il est un excellent candidat pour que d’autres artistes le reprennent.

Seth Avett (the Avett Brothers) et Jessica Lea Mayfield sont amis, et il leur a fallu trois ans pour enregistrer ce disque. Cela s’est fait chacun chez soi, dans des chambres d’hôtels, lors de tournées, à chaque moment libre et cela explique que le mot clef ici est le terme « passion ».Ils ont donc réuni 12 compositions de Smith avec une ferveur folk semblable à celle qui a permis de créer le monstre de Frankenstein.

« Angel in the Sow » de l’album posthume de Smith installe un rythme confortable avec la voix de Avett s’essayant à épouser celle, traînante et comme imprégnée de whisky, de Mayfield. Le tempo y est parfait tout comme avec les textes brutaux qui encadrent « Fond Farewell » et qui en font un très beau panégyrique sentimental.

« Between the Bars » nous rappellera le film Will Hunting que Smith a illustré mais le poids de la dépression de Smith s’y trouve ici levé. La touche apportée par Avett et Mayfield est douce et l’élégance de la composition parvient à contourner la drogue, le mal-être et ces récits horribles comme des rapport d’autopsie qui ont la part belle dans le catalogue de Smith.

Ce disque transfigure l’univers du compositeur et s’écoute presque comme une berceuse ; minimaliste aussi bien au niveau de l’instrumentation que des harmonies fragiles des deux chanteurs, il permet de rendre hommage à un artiste trop tôt disparu sans grandiloquence et avec une économie de mayens qui lui fait honneur.

***1/2

19 mars 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire