Bill Wells & Aidan Moffat: « The Most Important Place In The World »

Ce deuxième album de Bill Wells & Aidan Moffat débute sur un « On The Motorway » , une ode étrange puisqu’elle vante les mérites de se retrouver coincé sur l’autoroute, à la foid énervé et perclus par cet ennui que la situation provoque. C’est un titre emblématique de The Most Important Place On The World car nous sommes à un croisement et que le disque s’avérer être une sorte de « road album » naviguant tout au long de la vie, de l’amour, du sexe aussi ; bref tout ce qui a le corps et le coeur. L’opus va s’écouter comme un hymne à la ville, destination finale, dans ce qu’elle symbolise : la tentation, l’ange gardien, le lieu des grandes passions et la confidente. « The city wants to take me back… her legs are spread » chante Moffat explicitement devant un feu clignotant comme une oeillade. Le narrateur prendra-t-il le bon tournant ? C’est l’écoute qui nous permettra peut-être de le déterminer.

« On The Motorway » indique un changement de direction mais cela n’implique pas que, musicalement, des frontières ont été malmenées. Les « torch songs » mélodramatiques et avant-jazz et la cocktail-pop poétique qui définissaient le « debut album » des deux écossais, Everythings Getting Older meilleur album écossais de l’année 2012), sont toujours aussi appuyées comme en témoignent des titres de la nature de « This Dark Desire », « Far From You » ou « Any Other Mirror ». En revanche, les bifurcations y sont pléthoriques ; un gospel calédonien (sic!) (« Street Pastor Colloquy, 3am »), une electro-pop euphorique (« The Eleven Year Glitch »), une élégie jazzy à la Tom Waits (« Lock Up Your Lambs ») sans oublier la « power ballad » rongée par la culpabilité qu’est « The Unseen Man ».

Moffat est toujours à son aise dans la pop noire teintée d’érotisme (« Nothing Sounds sweeter than a stolen sigh »), un librettiste vagabond qui s’avère être un loup-garou (« I howled a pem at the first moon I saw ») et un naturaliste urbain contemplant la vie sauvage qui y règne («  This is the soul of the city, her glory stripped, her passions laid bare »). Les mélodies de Wells sont étayées par un piano raffiné et les chorus jazzy sont aussi fascinants et charmeurs qu’ils l’étaient déjà sur le disque précédeent.

S’y ajoutent des saxos, des trompettes et des cordes qui ajoutent embellissement et ravissement, le tout ponctué par ce feu clignotant qui rythmera le chant du cygne de l’album, « We’re Still Here ». The Most Important Place On The World est une sorte d’hommage à ce qu’est de vivre à la croisée de chemins, d’en franchir certains au travers de mots et de musiques , de se heurter à des murs et de faire preuve de résilience en notre capacité à défier les obstacles. C’est une célébration de la précarité de la vie, mais c’est aussi cet endroit le plus important du monde qui nous permet, en frôlant les abîmes, de rester vivants.

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