Susanne Sundfør: « Ten Love Songs »

Avec la sortie de son troisième album The Brothel en 2010, Susanne Sundfør a révolutionné sa musique tout autant qu’elle-même. Travaillant avec Lars Horntveth (Jag Jazz) elle est en effet passée du statut de chanteuses originale mais inoffensive à celui d’une artiste à la voix impressionnante pour qui chaque note et chaque mot étaient imprégnés de gravité et de profondeur. Les fondations de sa musique sont devenues expansives et denses alors qu’elles étaient auparavant basiques et rudimentaires, ses mélodies plus complexes et élaborées et la façon dont elle les abordait plus variée. Cela se fit sans compromis et depuis, chaque album a confirmé une évolution qui s’est faite à petites pas mais ceux-ci étaient, à chaque fois, vecteurs de sens.

The Silicone Veil a été une étape, Ten Love Songs partage le même esprit mais, à l’écoute, il apparaît comme le disque qui semble l’élever encore plus loin, encore plus haut, dans un autre monde, le sien et peut-être aussi le nôtre pour peu qu’on s’y attache.

Quelle est alors sa nature ? Il est plus approprié de nommer ses plages des mouvements plutôt que des chansons et ses parties des passages au lieu de raisonner en termes de couplet et refrain. Ten Love Songs forme un tout qui répond à ce qui est le voyage graduel et merveilleux de Susanne Sundfør, odysses dans laquelle elle nous emmène. Les aspects sombres et lents, véhiculée par sa voix théâtrale et son sens de la dramaturgie étaient stupéfiants sur ses deux précédents opus, sont ici, amplifiés, élargis et étoffés.

La dynamique des variations y est plus grande, la retenue vocale presque inexistante et, musicalement, Ten Love Songs est parsemé de mouvements orchestraux qui sont autant de révélateurs de l’amplitude dans laquelle la vocaliste semble vouloir évoluer. Ils servent ainsi de marques-pages aux nombreux moments où l’intensité nécessite une petite pause permettant à celui qui écoute de digérer et de prendre en compte ce qui lui est délivré. Le passage à la composition suivante se fait alors naturellement et, si c’est pour Sundfør un moyen de tempérer l’audace permanente de Ten Love Songs, ça fonctionne à merveille mais nous vrille également dans le désir impatient de replonger dans l’émoi.

Il y a, en outre, une qualité cinématographique qui ne cesse de se déployer tout au long de l’album. On se rappellera alors que Sundfør a prêté sa voix à la chanson du film Oblivion ; on pourra même se dire que, là où elle nous emmène, celle-ci ne serait pas incongrue dans d’autres fims de science-fiction de type Blade Runner. « Delirious » en est une exemple parfait avec ses percussions qui percent le premier plan avec constance et une dramaturgie qui met un peu plus le focus sur une voix. C’est de la pop authentique mais elle se balance et se métamorphose d’une orchestration à l’autre jusqu’à sa conclusion.

« Memorial » sera un autre de ces moments, une épopée de 10 minutes au travers de vocaux et un art de la composition presque sans égal. La mélodie vous accroche en premier, vous attache bien pour nous entraîner vers es mouvements orchestraux qui, différés comme ils l’ont été, sont encore plus ensorcelants. Ce climat nous envahit alors, servi par des pianos et des cordes qui prennent le pouvoir avant que la voix de Sundfør nous surprenne par sa langueur et nous dépose dans uen conclusion maussade qui perdurera en notre esprit.

« Fade Away » ou « Kamikaze » formeront sans doute un « break », une sorte de compensation montrant que la chanteuse sait également composer de superbes pop songs ; ils ne pourront infirmer le fait, qu’avec Ten Love Songs, Sundfør a fait acte de créativité et d’une maîtrise de la chillwave, de la synth et de l’artpop telle qu’elle nous fait nous engouffrer dans cette idée courant tout au long de l’album : l’amour fait mal mais il a ses raisons et ici elles sont magnifiques.

****1/2

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