Les Fabuleuses Fables d’Alfy: Interview de Lady Lamb The Beekeeper

Aly Spaltro est une jeune musicienne autodidacte dont le nom d’artiste est Lady Lamb the Beekeeper. Après un premier album, Ripley Pine, qui avait fait plus qu’attirer l’attention, là voici de retour avec un After qui, sur le même schéma, dépasse les attentes qu’avait fait naître son premier opus. Elle répond avec la grâce et la bonne humeur qui la caractérisent sur sa carrière, ce nouveau disque, la manière dont elle travaille et s’inspire et, au fil de la conversation, ce qui l’a construit.

Vous parvenez à vous détendre après la sortie de After ?

Oui, je bulle et j’écoute des nouveaux disques comme celui de The Districts.

Mais vous allez très vite enchaîner les concerts…

Le Rough Trade à Brooklyn sera une première, j’y suis allée plusieurs fois mais n’y ai jamais joué. Ça va ouvrir ma tournée et j’ai du mal à croire que deux ans se sont écoulés depuis la précédente.

Comment vous sentez-vous par rapport à Ripley Pine, du moins en ce qui concerne ces nouveau morceaux ? Vous sembliez avoir eu du mal pour le montage de Ripley Pine, peut-être parce que vous y aviez passé trop de temps ; est-ce que ça a été plus facile avec After ?

Ce disque a été une expérience différente du tout au tout. C’est vrai que, précédemment, je me sentais dans l’obligation d’allonger les titres pour qu’ils sonnent ouverts et de les arranger de manière à ce qu’ils donnent une impression de de trop plein presque. C’était lié au fait que je les avais interprétés trop longtemps en solo. Pour cet album, beaucoup de temps s’est écoulé pendant que je faisais mes concerts promos pour Ripley Pine et que j’écrivais et arrangeais ces récentes compositions. Je tenais absolument à être fin prête pour After. Dès que je revenais d’un concert, je rentrais chez moi et commençais à composer. Ensuite j’en faisais des « demos » les plus complètes possibles sir mon ordinateur et les arrangeais dans mon appartement. En fait, le résultat était si achevé qu’elles ne sonnaient plus comme des « demos » et n’étaient pas éloignées de ce que l’on entend sur le disque, y compris les cuivres et les cordes. J’utilisais pour ces derniers un clavier MIDI. Tout était donc préparé au moment où je suis entré en studio alors que sur Ripley Pine j’ai fait les arrangements dans le studio. Ici j’avais les idées vraiment claires et je savais exactement comment tout devait sonner et où se situait chaque titre. Je crois que je préfère cette méthose, ça a été plus fluide et surtout moins stressant. Presque « fun, » même…

Est-ce qu’il y a eu certains morceaux qui ne sont pas sur le disque ?

C’est vrai qu’il y avait des trucs plus anciens et j’ai essayé de les y inclure. J’en avais une vingtaine et je suis passé à 12. Il y a quand même deux de mes anciennes compositions qui y figurent, « Violet Clementine » et « Penny Licks », et qui datent de plusieurs années. J’ai pris les toutes premières versions, les ai ré-arrangées ne manière à ce qu’elles sonnent fraiches et pertinentes.

Pouvez-vous néanmoins composer quand l’humeur vous en prend ou vous tenez-vous à une planification rigoureuse ? Je crois que vous êtes sensible à cela et je me demandais en quoi vous aviez évolué et si vous aviez développé des nouvelles techniques dans votre approche.

Je travaille toujours ainsi. Il est vrai qu’avec Ripley Pine j’étais très souvent sur la route et que je me suis souvent demandé si j’aurai le temps pour écrire, d’enregistrer si tant est que je trouvais une quelconque inspiration. Je ne pouvais pas changer la situation aussi j’ai décidé de ne rien forcer. En général, si j’arrive à écrire des textes, même un membre de phrase, je le triture tellement que, quand je suis rentrée chez moi, il sera prêt à être mis en forme. Jamais je ne m’assois pour composer ; il me faut toujours un contenu pour démarrer. Je sais que j’ai besoin de cela et que, si c’est le cas, tout se met en place facilement. En plus j’ai la chance de me mettre dans cet état d’esprit dès que je rentre de tournée. Je n’ai qu’à poser mes textes et à m’en servir comme tremplin.

Vos vidéos pour ce disque ont quelque chose de particulier ; êtes-vous à l’origine de ces concepts et d’où en sont venus certains passages ?

C’est moi qui aie décidé des idées et qui les ai également réalisées. La première, « Billions of Eyes », est pleine de vieilles découpes de magazines des sixties et de vieilles prises de vue de ma famille que j’ai compilées chez moi. C’est un truc que j’essaie de faire depuis longtemps en cherchant des trucs Internet que je pourrai utiliser gratuitement. Pour « Spat Out Spit » j’ai trouvé cette archive et j’ai regardé le documentaire qui est au début de « Let’s Make A Film ». J’ai été bluffée car, symboliquement, on pouvait trouver un sens à tout, même à la narration. Ensuite, j’ai trouvé d’autres vidéos faites des élèves dans un collège de Californie dans les années 60 et 70. Toutes se référaient à un prof d’art pl&stique nommé Will Simms. Au dernier moment, alors que j’avais tout téléchargé et étais prête à commencer le montage, j’ai vu qu’elles avaient un copyright. J’ai trouvé son propriétaire, la fille de Simms ainsi que la femme qui avait réalisé « Let’s Mke A Movie », et leur ai demandé la permission de l’utiliser. Une fois celle-ci obtenue, j’ai pu enfin me mettre à le convection du clip.

Parfois il suffit de peu.

Exactement ! Tout ce que j’avais à faire état de demander. C’était, en outre, enrichissant d’avoir une conversation avec ces femmes et d’apprendre quelque chose de l’histoire de ces gens. La femme qui a fait le film avait fait tourné ses enfants, la fille du professeur m’a raconté plein de chose sur lui. Tout cela fait partie de mon apprentissage artistique et humain.

Avez-vous l’intention d’en filmer d’autres ?

Une fois que nous aurons un vrai lien d’affiliation avec elles, elles sont assez lyriques ,n’est-ce-pas ? Ceci dit j’aime bien bidouiller tout ça et j’espère en réaliser quelques unes, certaines pour le « fun » et d’autres, plus professionnelles pour deux ou trois de mes chansons.

La pochette de l’album a-t-elle une signification autre que celle de trancher avec la couverture de Ripley Pine ?

J’ai trouvé cette police de caractères et elle était libre de droits. J’ai réalisé le graphisme pour le disque ; c’est dans mon habitude car c’est un de mes hobbies. Je savais qu’il y aurait ce pop de confiture à l’arrière et qu’on pouvait le prendre pour du sang. Mais je me suis dit que ça pouvait tout aussi bien représenter de la confiture et je trouvais que ça s’intégrait parfaitement à l’atmosphère de l’album.

Puisque vous parez de hobbies et que vous aimez vous enseigner à jouer divers instruments ; quel a été le dernier ?

Le dernier truc que j’ai choisi et sur lequel je veux vraiment devenir bonne est la basse. Sur Ripley Pine, j’en joue sur trois morceaux. Je pense me débrouiller de mieux en mieux avec et j’aime beaucoup que cela soit différent d’une guitare à six cordes. Je m’entraîne beaucoup et, comme pour tout, j’aspire à m’améliorer.

À cet égard, qu’est ce qui vous a conduit à la musique plutôt qu’autre chose ?

Je vivais dans le Maine et j’ai toujours été une gosse productive. Nous devions partir au Guatemala mais ça ne s’est pas matérialisé. Je n’aimais pas rester chez moi à ne rien faire et je m’ennuyais. Aau lycée, j’écrivais beaucoup de poésie et je me suis dit que ce serait pas mal de la mettre en musique et de chanter.

On a dû souvent vous demander d’où est venu votre pseudonyme au fait.

Un hasard à mi-chemin du rêve. Lady Lamb est devenu un vrai personnage de fiction pour moi. Ce qui est drôle est qu’en Angleterre ils assument que c’est une femme car c’est un nom qui est assez fréquent alors qu’aux USA on pense plutôt à un animal facétieux, tout comme les abeilles du « beekeeper » (l’éleveur). Pour moi c’est une femme et c’est super que de pouvoir façonner un personnage qui parle à ma place dans un autre espace. J’écris beaucoup de choses personnelles et c’est un atout d’avoir cet interstice qu’est le pseudo pour exercer ma créativité.

On peut supposer que vos textes sont issus du même processus ?

Oui, beaucoup me viennent durant mon sommeil. Des métaphores et des allitérations étranges et certaines ont donné des chansons. Sur « Little Brother » dans mon premier album tout était onirique.

Vous venez d’une petite ville, en quoi cela vous a conduit à adopter un sobriquet ?

Au départ c’était un moyen d’y rester anonyme et mystérieuse. Je ne voulais pas que les gens puissent faire le lien entre ma musique et moi. J’étais très nerveuse par rapport à la façon dont on me percevrait et, comme je ne pouvais pas être objective avec mes productions, je préférais rester en retrait. La vielle où j’habitais était si petite que tout le monde s’appelait par son nom et je ne tenais absolument pas à ce que le mien soit associé à ma musique. Au bout du compte ça m’a été utile car je n’étais pas jugée comme une singer-songwriter femme à la guitare. Ça me permettait de dire qu »il y avait toujours un plus et d’étendre la façon dont on me considérait ; Lady Lamb et non Alfy Spaltro. Cela m’a donné plus de potentiel je pense.

Comment avez-vous été perçue une fois qu’on vous a vue jouer de la musique alors ?

C’est gratifiant car ça vous valide en tant qu’artiste et que personne qui peut faire ce qu’elle veut et y verser tout ce qu’il y a en elle. Je me perds dans ce que je fais et c’est très épanouissant. Ça me rend heureuse de penser que je peux surprendre les gens. Je crois vraiment que je dégage quelque chose quand je joue « live » et même quand on écoute mes disques. La chose qui importe c’est l’interprétation, la performance.

Il y a beaucoup de références bibliques dans vos textes ; pensez-vous que ça peut résonner chez les autres ?

Je ne sais pas, je ne sais pas ce qui se produit en eux. Ça doit dépendre de qui écoute. C4est vrai que la Bible m’interpelle. Jusqu’à mes 12 ans j’allais souvent à l’église et faisais partie de sa congrégation. Je connais donc très bien cet environnement et c’est consciemment que le livre saint trouve place dans mon inspiration. Je sais que, en grandissant, ce que j’écoutais, Iron And Wine ou Sufjan Stevens, contenait des tas de références bibliques. Je ne sais pas pourquoi j’en ai étais imprégnée mais, visuellement, c’est toujours super de mettre en scène une imagerie aussi puissante.

Vous avez déclaré que certaines d’entre elles étaient plutôt tordues ; quelles sont celles qui vous ont le plus inspirée ?

Je ne pense pas que je pourrai en choisir une. Je crois qu’il y a toujours quelque chose de très palpable pour ce qui a trait à la foi. Je suis intriguée par le fait que nous, humains, ayons espoir et foi en quelque chose. Ce désir de réponses et d’amour, on le trouve dans la religion. C’est cela qui est le fondement inné de tout être humain. Ça dépasse le carde de la religion puisqu’il se trouve présent dans la façon dont nous entrons en relation avec les autres. On cherche perpétuellement quelque chose, l’amour, la réalisation de soi. C’est, dans mon cas, ce à quoi je m’attache et c’est en cela que la foi me paraît une chose tangible si intrigante. C’est une désir très brut, une émotion démesurée et tout cela est fascinant.

Beaucoup de vos compositions sont très honnêtes et semble requérir beaucoup d’introspcetion ; est-ce qu’écrire en solo facilite cette approche ?

Il ne pourrait en être différemment pour moi. J’écris à partir de mes expériences et il n’y a aucun filtre entre moi et mes textes. Parfois c’est très personnel, parfois c’est juste de l’observation. Beaucoup de mes textes viennent de la méthode du courant de conscience ou de conversations que j’ai entendues. Cela forme un immense conglomérat qui se retrouve dilué dans une seule chanson. Je suis heureuse de collaborer avec des gens musicalement mais je doute être capable de le faire en matière de musique.

Est-ce que l’écriture automatique est le meilleur moyen pour vous de vous connecter à vos émotions brutes quand vous écrivez quelque chose d’intime ?

Je trouve que c’est une approche intéressante. Dans mon expérience de travailler ainsi je me sens en complète symbiose. Les premières lignes traitent simplement de ce que je regarde ou de ma journée et, au fur et à mesure que vous écrivez, vous vous sentez de plus en plus ailleurs et les choses deviennent alors bizarres. Tout peut prendre des tangentes diverses, par exemple avec des associations de mots. Vous écrivez un mot et la faites rimer avec quelque chose de complètement différent et cela va vous emmener vers une autre direction. C’est assez marrant d’écrire des tas de choses ; pages après pages et de finir par oublier ce que vous avez écrit sur la page deux. Quand vous vous relisez, vous découvrez des trucs vraiment fascinants et je suis vraiment intriguée par cette façon de laisser votre esprit dériver et votre main écrire et écrire. Beaucoup de mes textes sont issus de cette approche.

Est-il facile d’assumer le point de vue d’un autre alors ?

J’ai vraiment essayé d’écrire en partant d’une autre perspective mais, dans ce sas, je m’aperçois que je ne me sens pas assez connecté avec pour vouloir le jouer. Je regrette ne pas en être capable mais ça semble se perdre dans de la poussière. Pour chanter quelque chose qui est de moi, il faut que ça fasse partie de mon expérience, que ce soit personnel intime ou lié de mes rêveries.

Concernant l’instrumentation, ressentez-vous une pression quant à la tonalité dépouillée ou pas ?

La seule pression c’est quand mon égo interfère trop ou que j’ai passé une mauvaise journée. Dans ce cas-là j’essaie de trop forcer les choses. La plupart du temps, en revanche, mon instinct me dit ce qui va ou ne va pas quand on travaille. Parfois je ne sais pas quoi alors je prends les choses une par une, les ôte de la composition, laborieusement, jusqu’à ce que je trouve ce qui cloche. C’est toujkours difficile de savoir de quoi une composition a besoin en termes d’arrangements.

Comment approchez-vous les concerts maintenant que vous avez peaufiné votre son et que vous ne manquez pas de matériel ?

Jusqu’à présent c’était en majorité des concerts solo et c’est dont cela que j’avais besoin. J’ai eu quelques expériences en trio et ça a plutôt bien marché ; ça permet aux titres d’être plus dansants et fun.

Vous avez quelques astuces ?

En général je débute a cappella sous un spot avec un éclairage faible mais centré sur moi. J’ai aussi essayé de commencer dans le noir absolu, surtout quand l’audience est assise. C’est quelque chose de très agréable et donne un focus certain au spectacle même si le public ne me voit pas. Dans l’obscurité, quelle que soit la formule, l’important est de pouvoir me concentrer sur ma voix aussi c’est un excellent procédé pour m’échauffer car si je chante quelque chose qui demande beaucoup de puissance, il m’est plus facile de le faire ainsi. Sur ja deuxième chanson je m’accompagne à la guitare et le son y est alors très élevé et en distorsion.

C’est un peu comme votre nom de scène ; vous forcez les gens à prêter atttention à votre musique plutôt qu’à vous juger sur votre apparence de jeune femme avec une guitare.

J’ai remarqué que, quand je faisais la première partie de quelqu’un, la plupart du temps les gens ne savent pas à quoi je ressemble. Je ne monte sur scène que dans le noir et je me fraie un chemin pour y arriver. On ne me voit que quand je commence à jouer de la guitare et je pense que c’est un très bon moyen de se focaliser sur une musique par l’oreille plutôt que par la vue.

Avez-vous des titres préférés à jouer sur scène ?

Je me suis aperçu combien ça pouvait être fun que de jouer avec des cordes, ou avec un groupe. C’est pour cela que j’ai hâte d’avoir mon propre combo.

Tourner est un excellent moyen de s’exposer publiquement mais, aujourd’hui, la technologie ajoute un rôle de plus en plus important pour découvrir de la musique. Qu’est-ce que cela fait d’offrir des chansons gratuitement tout en essayant de la monnayer par d’autres canaux ?

Vous savez, je préfère que les gens puissent en profiter plutôt que de les en priver. C’est mon point de vue d’autant que vous ne pouvez pas lutter contre cela. Ce qu’il faut que les artistes comprennent est que ça n’est pas parce que des gens téléchargent votre musique qu’ils ne vont pas s’enthousiasmer pour elle. Quand des mômes téléchargent Taylor Swift, ça n’est pas par irrespect, ils pensent qu’ils la soutiennent ce qui est un peu le cas.

Ça n’est pas votre idéal en matière d’accès aux fans.

Bien sûr, mais c’est quand même un soutien, un intérêt. Aujourd’hui, je n’ai pas à me mettre en colère si on considère lel prix d’un disque. Ce que j’aime, c’est quand les gens en achètent pendant mes tournées. Lutter contre cela ne peut que vous desservir. En ce moment je sors du studio, je suis contente de After et excitée à l’idée que les gens puissent avoir envie de l’entendre. C’est cela qui compte ; pour le reste si je peux continuer à payer mon loyer…

Quels rôles ont eu les réseaux sociaux pour vous et comment les utilisez-vous ?

J‘utilise Facebook plus que Twitter. Mais je ne me sens pas attaché à l’un ou à l’autre. Je ne suis pas une personne qui cherche les médias mais je comprends en quoi ils peuvent vous être utiles. Ce sont des outils que j’utilise et ils me permettent d’être plus accessible qu’avant. Cela crée un autre rapport à vos fans ; ils peuvent vous poser des questions, vous leur répondez et cela crée une intimité que j’apprécie. C’est important que mes fans puissent avoir un accès facile à moi et je suis attentive à ce qu’ils écrivent pour le leur rappeler si je les rencontre en concerts. (Rires)

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