Lady Lamb the Beekeeper: « After »

Sur son deuxième album, After, Lady Lamb The Beekeeper (nom réel : Aly Spaltro) nous avons droit à un festival de mini-symphonies aux détails riches, parfois quotidiens (une tasse de café, une émission à la télé), parfois délicieusement surréalistes dans son évocation d’un Brooklyn improbable lieu servant de point d’ancrage, le tout servi par une voix magnifique et versatile, délicate et rude fragile et drue et des mélodies si inventives qu’elles dépassent le domaine de la pop ou du schéma « singer/songwriter ».

S’il fallait a comparer à des chanteuses ; on pourrait dire qu’elle cumule la rudesse écorchée de Neko Case et la sensibilité intelligente de Tori Amos dont elle semble emprunter dans son patronyme la référence aux abeilles. Elle y ajoute sa verve, presque enfantine, un petit côté déluré qui convient bien à ses compositions, bref une éclaircie dans un paysage de chanteuses qui paraissent ne faire que se morfondre ou ne jouer que sur leur capacité à nous émoustiller.

Chaque morceau est, ici, mémorable de part son instrumentation variée, des structures éclectiques et, par conséquent, des climats qui vont changer à chaque titre. L’ouverture de l’album, « Vena Cava »adopte une dynamique allant du calme au bruyant avec des textes qui semblent couler doucement et avec fluidité et des chorus imposants sur fond de guitares en fuzz et d’intensité rugissante ; la cadence même des vers se fait poétique et la musique sauvage et vibrante. C’est une introduction pleine de confiance ; une capacité qui ne se démentira pas tout au long de l’album et ceci quel que soit le registre choisi.

Dans l’ensemble le choeur de la musique de Shapiro est enraciné dans le folk, mais un folk qui n’a pas peur des guitares électriques (« Heretic »). Elle y ajoute une voix dont elle fait ce qu’elle veut (de la soul comme sur les percussions funky de « Spat Out Spit »), de la force, de l’émotion ou de la légèreté) comme une jeune personne qui se débarrasse de l’éducation semi-hippie qu’elle a reçue pour endosser celle d’une musicienne tranchante et d’un véritable talent.

On le vérifie dans l’intimité confortable qu’évoque le début de « Billions of Eyes » avant que les vocaux anthémiques de Spaltro ne lui succèdent déclamant des textes articulés et remplis d’observations ; on retrouvera cette même science lyrique sur les répétitions de « Violet Clementine » qui part d’un folk song d’origine russe chanté a capella et qui nous embarque très vite dans une véritable suite musicale faite de banjo, de cuivres, de tambourins et de mandoline. Que le tout soit réalisé dans une chanson faisant moins de cinq minutes en dit long sur les capacités de Lady Lamb.

Dans un registre plus dépouillé on ne pourra qu’être confondu par la beauté désolée de « Sunday Shoes », une guitare acoustique, une voix de soie, des textes hérités de contes de fées et du Grand Méchant Loup et un final à vous fendre le coeur et vous couper la respiration : «  you will become your most favorite color » dit-elle pour évoquer la mort.

Mëme émotion ténébreuse sur « Dear Arkansas Daughter » et des vers comme «  My heart is full of swords »hérités d’une vision dont on imagine la provenance et, enfin un saisissant « Ten » où elle se montre capable de créer un moment d’émotion sans avoir besoin de l’instrumentation d’un groupe.

After est un sacré disque ; il se montre parfois ludique mais tout autant sérieux, articulé sans être pesant et impressionniste sans se faire trop cryptique. On découvre une artiste dont la sensibilité n’est jamais prétention, une personne pour qui l’explorer ne consiste pas à se regarder le nombril ; bref ce « sophomore album » est cohérent et honnête, arty et accessible, gage qu’on a pas fini d’entendre parler de Spaltro, si, bien sûr, il est permis d’émettre un souhait.

****1/2

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