Will Butler: « Policy »

Pendant plus de 10 ans, Will Butler s’est tenu à l’arrière plan de Arcade Fire alors que son frère tenait le gouvernail d’un des groupes les plus vantés par les critiques ces derniers temps. La contribution de Will à ce succès a été fondamentale pas très peu souvent remarquée. Plus que pour tout aucun combo l’approche conceptuelle et intense de Arcade Fire et les sessions d’enregistrements en mode claustrophobie ont fait du groupe un ensemble qui requiert que chacun de ses membres joue son rôle alors que Win Butler et son épouse Régine Chassagne dirigeaient sans contestation les débats.

Arcade Fire étant un groupe formé autour de ce noyau, c’est-à-dire construit autour d’un collectif affuté plutôt que d’un monomaniaque entourés de supplétifs ; on ne sera pas étonné que ce premier effort solo de Will Butler soit une preuve incontestable de sa dextérité à faire montre de son talent de multi-instrumentiste et de le faire sien.

Policy n’est pourtant pas qu’un exercice de validation d’acquis, c’est un album qui peut ne pas rougir de la comparaison avec ses production habituelles au sein de Arcade Fire.

Sur ses huit plages, il est, en effet, à la fois un disque sœur de du groupe mené par son frère et son opposé total. Les similarités sont dans l’approche : expérimentale et pourtant intensément et facilement mélodique, élégantes sans avoir peur d’aller vers ces éléments qui en rebutent beaucoup. Les différences sont, en revanche, multiples et omniprésentes. Alors que The Suburbs et Reflektor étaient des disques conceptuels étendus également en durée, Policy ne dépasse pas la demi-heure et nous balance une un myriade de sons électiques qui semblenr rechercher une oreille disposée à les accueillir. Alors que, pour Arcade Fire, tout était dans la subtilité grandiose, Bulter nous dresse un portrait vif et en technicolor, eux semblent penser chaque mouvement, lui ne fait que les exécuter, tout simplement.

L’album véhicule ainsi un sentiment de libération et c’est celui-ci qui lui donne élan. Loin des observations sociales figues et de la mélancolie inhérente à son groupe, ce disque sonne presque fun. 3Take My Side » commence comme un rock’n’roll bougeant comme du temps des 50’s arborant une cadence enlevée et bluesy et des textes parlant de feu qu’il faut laisser se consumer.

Vient ensuite « Anna », un déluge de synthés robotiques chaloupés, de vocaux hurlés traversés par des flambées de cuivres et un piano haut perché dans ses notes qui tintent. C’est d’un ridicule bien exécuté mais qui ne se prend pas au sérieux, ce qui est d’autant mieux à cet égard car son côté ludique fait de « Finish What I Started » une ballade au piano encore plus émouvante par contraste avec la chanson qui précède. C’est un « torch song » de toute beauté par son aspect mélodramatique mais contenu et dont les harmonies et les vocaux sonores de Butler vous frappent directement au coeur.

« Son of God » nous fera part d’une recherche spirituelle nerveuse teintée de gospel alors qie « Something’s Coming » amplifiera l’interrogation religieuse (« The Lord is watching but he’s not your friend ») mais sur un arrière plan funk et des percussions éclectiques qui dans d’autres mains sonneraient forcées et artificielles. Ici Butler a immédiatement notre attention et ce n’est pas simplement au niveau musical.

« What I Want » par exemple est un monologue de type courant de conscience garni de jeux sur les mots étranges et mis en scène avec des guitares directes. Butler nous apparaît ainsi sous une nouvelle forme, celle d’un narrateur plein de faconde, d’humour et d’acuité. À l’inverse, « Sing To Me » prendra l’aspect d’une ballade plainticve et simple sur la peur de la solitude alors« Winess » sera un « closer » enlevé et plein de verve, tant en termes de tempo que de textes, qui trouverait aisément sa place dans une comédie musicale.

Policy est donc, il est utile de le redire, un chef d’oeuvre de songwriting plein d’hmour et de musicalité éclectique mais toujours opportune. Ajoutons que, la voix de Will étant quasiment identique à celle de son frère, il sera aussi facile d’intégrer cet album qu’un disque de Arcade Fire même si celui de Will Butler se singularise suffisamment qu’on ait besoin d’un autre référent.

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