Rapid Talk: Interview de Gemma Hayes.

Bones + Longing est le cinquième album de Gemma Hayes, partie d’Irlande pour vivre quelques temps à Los Angeles. Elle en revient pleine d’enseignements dont elle nous fait découvrir ici la substance.

Le titre de l’album semble jouer sur la dualité : « bones » est organique, « longing »est plus dans la spiritualité.

Les os représentent pour moi notre corps physique et le désir (longing) fai référence à ce que nous avons dans la tête, dans le coeur. Je suis arrivée à un stade de ma vie où je me demande si il y a quelque chose là-haut. Chacun cherche un élément qui lui permettra d’accéder à une forme d’immortalité et, quant à moi, je suis toujours dans cette quête. Ça peut être une chanson que je viens de faire par exemple mais c’est le désir que tout soit harmonisé. Je joue avec cette idée de la mortalité et de son contraire.

Cet album marque-t-il le début d’une réponse ?

Loin de là mais je crois que cette interrogation est moins prégnante désormais. La seule solution est de continuer à vivre et à assumer ce que je fais.

Quelle importance cela a-t-il eu par rapport au son de Bones + Longing ?

Je l’ai approché différemment des autres avec une instrumentation plus dépouillée. Je ne voulais pas que tout y soit parfait aussi beaucoup des performances vocales choisies sont celles que je ressentais indépendamment de leur technicité. Je n’essayais pas de sonner mieux, juste de sonner honnête. Le son est épais mais c’est avant tout grâce à un usage intensif de reverb. C’est un outil fabuleux pour créer une atmosphère sans qu’elle paraisse surchargée.

Il y a quelque chose de plus assertif également.

Absolument oui…

Par exemple sur « Laughter » qui est une reprise de votre « There’s Only Love ». dont on peut se demander pourquoi vous avez voulu en faire une nouvelle version.

« Laughter », à l’origine, était censée être une plage cachée à la fin de l’album précédent. C’est donc un titre enregistré antérieurement à « There’s Only Love ». C’était un signe de confiance que je voulais exprimer mais il ne s’intégrait pas à l’humeur du disque. Çe devait donc être un titre bonus et, alors que j’étais en train d’établir le « tracklisting », je me suis dit que il me fallait le mettre en ouverture. C’est une composition que je trouve « brave » et qui, même si elle n’est pas immédiate, annonce quelque chose. De cachée j’ai décidé alors de lui faire ouvrir l’album.

C’est une profession de foi flagrante.

Tout à fait ; elle se devait d’introduire le disque.

À ce propos, quelles idées aviez-vous en tête pour le tracklisting ? Par exemple la chanson titre un instrumental qui sert de « closer »…

Initialement, je voulais ouvrir l’album avec ce titre car je souhaitais démarrer sur un mode lent puis continuer sur des éléments plus massifs. C’est pour cela que « To Be Your Honey » côtoie « Palomino » d’une part et « Chasing » de l’autre. Ayant décidé de commencer avec « Laughter », tout prenait un sens et, souhaitant, un climat d’apaisement à la fin, il me fallait terminer sur « Nones + Longing ».

« Yo Be Your Honey » est une romance mais elle est assez étouffante, comme si il s’agissait de vous faire suffoquer.

Ça sonne romantique en raison du chorus mais c’est une chanson qui traite de l’addiction qu’on peut éprouver envers quelqu’un. On peut se haïr d’avoir besoin de quelqu’un et je suis tourmentée par l’idée que je puisse avoir besoin d’une personne dans ma vie. C’est pour cela qu’il a ce climat particulier, je voulais que ce soit comme une brisure. C’est pour cela que tout vous y asphyxie ; comme on le serait quand on se trouve dans une forêt et qu’on ne puisse voir le ciel. L’obsession rétrécit votre monde et vous rend claustrophobe comme vous le notez.

Vous avez mentionné le fait de vouloir un son plus dépouillé ; est-ce une réaction contre la période où vous avez vécu à Los Angeles où tout est beaucoup plus aseptisé et « mainstream » souvent ?

Peut-être inconsciemment mais, quand j’y étais, je voulais en profiter au maximum et faire un disque plus lumineux. Maintenant que je l’ai fait, j’avais besoin de quelque chose de nouveau et j’étais attirée par l’idée de trouver la beauté dans ce qui était clairsemé et imposant. Mais je le souhaitais quand il le fallait et non de façon gratuite. Ce son est probablement une réaction contre tout ce que j’ai traversé précédemment.

Comment avez-vous aimé Los Angeles ?

En tant que personne ça m’a beaucoup plu. J’avais besoin de lumière, de légèreté mais cela m’a distrait en matière de créativité. Je me suis aperçue que j’avais besoin de solitude mais c’était trop « fun ». Je n’arrivais pas à me sentir en harmonie avec le lieu, les gens et leur côté ambitieux. J’imagine quand je m’y étais rendue quand j’avais perdu mon ambition ; je voulais juste me détendre et autour de moi les gens étaient perpétuellement dans la névrose.

En quoi cela a-t-il modifié votre ambition comparé à quand vous avez été nominée pour un Mercury en 2003 ?

Ce que j’ai aimé dans les gens avait qui j’ai travaillé, Joey Waronker par exemple, c’était la confiance qu’ils avaient et la liberté que cela leur permettait de manifester. Ils fonctionnaient à l’instinct et à l’époque je commençais à douter de moi. C’est cela que j’ai appris d’eux. Joey Waronker est quelqu’un de talentueux, il fait quelque chose de façon si aisée, si fluide. Il utilise ses percussions de la manière dont il conduit sa vie et cela a été une grande leçon pour moi. En quittant Los Angeles je me disais : « Ne rends pas les choses difficiles simplement pour qu’elles le soient ; déstresse.  Parfois on peut prendre la solution la plus facile, on n’est pas obligé d’emprunter la route la plus dure. Beaucoup de ceux qui ont du succès, à LA ou ailleurs, savent cela.

C’est pour cela que vous avez laissé quelques imperfections dans l’enregistrement ?

Absolument. Et depuis mon intuition par rapport à ce que je voulais accomplir s’est précisée. C’est pour cela que j’ai créé mon propre label et que je fais une musique qui n’est pas obscure mais qui n’est pas pop non plus. Elle ne passe pas souvent à la radio mais je continue ainsi car une rivière trouve toujours sa trajectoire.

Vous avez également fait quelques musiques pour la télé.

Exactement ; il y a toujours un moyen de se faire entendre (sourires).

Pensez-vous qu’il y a un élément gothique dans votre ce que vous faites ?

C’est la première fois qu’on le mentionne mais, à bien y réfléchir, je crois, en effet. Un peu de la même façon que Kate Bush peut s’emparer de ce registre.

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