No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Plastic Handgun: « Involuntary Memories »

Plastic Handgun est le projet solo de Mark Di Giovanni, un artiste de Toronto qui joue de tous les instruments et se charge également de la production. Son nouvel album, Involuntary Memories, est, musicalement, un dérivé du shoegaze en mode plus électronique et s’avère, dans cette démarche, fortement influencé par MGMT et Animal Collective.

Le musicien a pourtant eu l’intelligence de se saisir de cette inspiration en essayant de pousser ses ramifications vers une direction plus expérimentale. Beaucoup des titres, comme le superbe « Capillary Vessel », sont des instrumentaux ce qui accentue cette facette abstraite mais, lorsqu’il se décide à chanter, l’effet est avant tout émotionnel, semblable à celui que véhicule quelqu’un comme Elizabeth Fraser.

On s’est souvent interrogé sur à quoi ressemblerait soniquement, aujourd’hui, un groupe qui se réclamerait de The Jesus and Mary Chain ou My Bloody Valentine. Plastic Handgun pourrait apporter un début de réponse de par la manière dont il est capable de s’approprier l’electronica moderne. Il sait pourtant donner une place essentielle à la guitare, par exemple les loops et le feedback sur « Eustachian Tube », mais elles se partagent l’espace avec les synthés. « Selective Living » rappellera même The Durutti Column par la façon dont il combine nappes de guitares et plages incitant à la rêverie.

Ajoutons que le travail à la production est plutôt impressionnant quand on connaît sa source et que son ampleur pourrait faire honte à toute une flopée de musiciens. Involuntary Memories est indubitablement un album fascinant et prometteur et provenant d’un musicien qui mérite d’être entendu.

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24 février 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Interview de Elephant Stone

Elephant Stone semble enfin avoir rencontré du succès avec son troisième opus, Three Poisons ; du moins autant qu’un groupe psychédélique de Montréal puisse en avoir. Mené par l’ancien bassiste des High Dials, Rishi Dihr (qui joue également de la cithare pour Beck et Brian Jonestown Massacre), c’est un album qui mélange allègrement neo-psyche invitant à la béatitude, reverb shoe-gaze et influences orientales venues d’Inde. Alors que dans son groupe initial, Dihr était condamné aux seconds rôles, ici c’est sa voix pure qui dirige les débats.

Quand on l’interroge sur le titre du disque, il explique ceci : « C’est basé sur le cycle de vie bouddhiste représenté par un serpent qui symbolise la colère, un oiseau qui est signe d’attachement et un cochon qui, lui, renvoie à la notion d’ignorance. Ces trois éléments vous lient à un cycle, celui de la renaissance ce qui n’est pas nécessairement une chose maléfique. Musicalement cela s’est passé ainsi : j’avais un riff, une progression d’accords et ensuite je l’ai joué en utilisant des textes en charabia jusqu’à ce que je trouve de véritables mots. En accolant le tout, je me suis aperçu que beaucoup d’entres eux traitaient de la colère, de l’attachement et de l’ignorance. C’est ainsi devenu mon album bouddhiste. Précédemment j’avais référencé le Bhagavad Gita, pour celui-ci j’ai trouvé inspiration dans plusieurs enseignements du Livre des Morts Tibétain. Je cherchais quelque chose qui pouvait synthétiser le tout et, quand j’ai trouvé The Three Poisons, j’ai compris que l’album traitait de cela.

Pour lui c’est une des essences du songwriting que de toucher des choses profondes au moyen de paroles idiotes et de borborygmes : « C’est quelque chose de magique et je suis très intéressé par la façon dont d’autres artistes procèdent pour y parvenir. Tout est dans le processus. Par exemple, le matin je me lève, prends mon café, réfléchis et une idée que je trouve cool me vient. Je vaque ensuite à ce que je dois faire mais l’idée reste nichée dans mon inconscient. Bien sûr, je n’ai pas toujours le temps, surtout avec les tournées mais, dès que je le peux, je l’enregistre sur mon iPhone, je l’écoute et la travaille dans ma tête. »

Le groupe a récemment joué avec Toetag Electronics, eux aussi de Montréal, pour vendre leur propre ligne de pédales fuzz : « J’ai toujours beaucoup aimé le son des pédale de basse sur une six cordes, quand j’utilise les deux guitares ça donne un résultat ex

24 février 2015 Posted by | Rapid Talk | Laisser un commentaire

Dutch Uncles: « O Shudder »

O Shudder est vecteur d’un son particulier, celui d’un groupe qui se sent atteint par cette crise qui touche tout un chacun quand arrive le moment où on se dit qu’il va falloir prendre des dispositions personnelles, professionnelles aussi et éventuellement se poser.

Thématiquement, le disque est oppressant mais, malgré cela, ce passage à l’âge adulte semi autobiographique est véhiculé d’une manière très directe, presque enjouée et fédérative. Le combo conserve, en effet, toujours un talent pour nous sortir des chorus puissants ce qui donne un allant certain à des textes répétitifs qui peu à peu se transforment au fur et à mesure que les chansons progressent.

On est alors confronté à un jeu permanent entre la régularité et la la fantaisie, par exemple sur « Babymaking » dont le son est désinvolte mais le message sérieux, à des changements de structures sur fond d’arrangements à cordes luxuriants et de tintements de piano comme sur « Upsilon » dont le langage incompréhensible est marqué par l’intonation sensuelle de Duncan Wallis.

Le changement constant est le fil directeur de l’album et ça n’est pas un mince paradoxe que de parvenir à l’harmoniser. Considérons « Decided Knowledge » : des « backing vocals » psalmodiés entremêlés à ceux de Wallis narrant la cassure mentale qui se produit après échec ; tout au long du titre les rythmes sont complexes, le falsetto imprévisible et la mélodie se veut non conventionnelle.

De cela l’impression qui se fige sera celle d’un futur qui sera tordu ou qui ne sera pas. Pour compenser cela, certaines plages sont plus « amorphes » ; « Drips » en carillon permanent, « Tidal Weight » dépourvu de rythme ou le complexe «  I Should Have Read » dont la référence à Talk Talk est contrebalancée par une synth pop éphémère.

Avec O Shudder Dutch Uncles sont parvenus à faire de l’insécurité une romance ; ce quatrième album est sans doute leur meilleur tant il porte les fruits de l’accomplissement.

***1/2

24 février 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Grooms: « Comb The Feelings Through Your Hair »

Comb The Feelings Through Your Hair est le quatrième album de ce groupe de Brooklyn qui est, eu à peu, devenu une référence dans la scène noisy. Alors que celle-ci est, à son tour, avalée par le business, du moins aux USA, le combo demeure toujours aussi tonitruant et extrême dans son approche. Leur disque précédent, Infinity Caller, était un opus solide et fortement introspectif comme si c’était de l’exploration intérieure que l’inspiration pouvait être retrouvée. La chose est différente ici, et le combo sonne désormais comme si il sortait de bois et que, de ce maquis intérieurs où ils s’étaient calfeutrés, surgissait une troupe de réfugiés prêts à en découdre.

Plutôt que de faire une pause et de se contenter de ce qu’ils avaient intégrés, ils ont, en effet, décidé de s’extirper de leur zone de confort. Cela ne revient pas à dire que toutes leurs caractéristiques ont disparu. Le travail à la guitare est toujours là, riche de multiples nappes sonores, les textes continuent d’être composés d’ interrogations existentielles vectrices d’angoisse et d’anxiété et le songwriting, lui, s’oriente vers mélodies pop combinées à moments plus arty.

Ce qui fait que tous ces ingrédients sonnent différents est la manière dont ils sont mis en place. La guitare de Travis Johnson est poussée un peu plus en arrière dans le mix permettant à la section rythmique d’imprimer plus d’impact aux compositions. Le morceau central, « Doctor M », incarne cette évolution à la perfection. Il est énergique et agité tout en conservant toutes qualités de nuances qui ont fait de Grooms un groupe qui compte.

Tout se passe, au bout du compte, comme si Infinite Caller avait permis au groupe de trouver sa véritable substance. Cette nouvelle identité, ils semblent pressés de l’explorer et, si ce nouvel album est une indication, on en est presque à souhaiter qu’ils prennent leur temps avant s’y parvenir.

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23 février 2015 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Eric Chenaux: « Skullsplitter »

Eric Chenaux est un guitariste basé à Toronto mais il est aussi sculpteur et compositeur ce qui fait de lui une des figures de proue de la scène expérimentale canadienne.

Pour un non initié les larges oscillations des sonorités de guitare qui dominent la première partie de la chanson titre pourront paraître un test ayant pour but de connaître notre endurance et notre dévouement à l’approche avant-gardiste des choses.

Et quand la voix en falsetto de Chenaux intervient ,songeuse ,et se demande « Have I lost my eyes ? Is that twinkle in my mind ? », il est sans doute trop tard pour que revenir en arrière soit encore une option !

Il faut dire, en effet, que, avec Skullsplitter, son premier album sous un nouveau label l’artiste combine à merveille expérimentations à la six cordes qui semblent sorties d’on ne sait quelle boîte à musique et vocaux de crooner solitaire pour créer un climat si fascinant qu’il paraît trop enchanteur pour qu’on ait envie de s’en échapper.

Le disque est gorgé de ballades vaporeuses ponctuées par de magnifiques guitares, électriques ou à cordes de nylon, aux enchaînements aventureux, la plupart du temps instrumentales. L’album semble être obsédé par la marche du temps à l’exemple de titre comme « Spring Has Been A Long Time Coming », « Poor Time » ou « Summer & Time ». Chenaux se lance dans une investigation poétique du cycle des saisons pour cheviller sa thématique du temps et de l’espace.

On comprendra pourquoi le musicien explore d’anv-ciens morceaux comme « Have I Lost My Eyes » ou « Skullsplitter » pour nous fournir des reprises plus intimes de certaines de ses œuvres jusqu’à même nous offrir une nouvelle version de « My Romance » de Rodgers and Hart.

Plutôt que d’être abstraitement bruitiste, l’album est une entreprise chargée d’explorer les notions des moments qui passent, de leur pertinence et, sous des dehors post-modernes, de nous permettre de les reconsidérer du passé jusqu’au présent.

***1/2

23 février 2015 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

À propos de Syd Barrett: Interview de Rob Chapman

UNE LOGIQUE DE L’INCONGRU

On ne compte pas les rééditions concernant Syd Barrett, et on ne nie pas non plus le culte iconique entourant le leader de la première mouture du Pink Floyd. La sortie d’un Best of n’est pas négligeable en soi, plus intéressant car porteur d’un éclairage inédit est le livre du journaliste anglais Rob Chapman, A Very Irregular Head, qui se veut un ouvrage à mi-chemin entre biographie et analyse structurelle de ce qui a constitué Barrett.

On est loin en effet, de l’hagiographie pure et simple, du factuel ainsi que du sensationnel que l’on retient trop souvent quand on pense au chanteur. Bien au contraire, Chapman se comporte presque comme un critique littéraire dans la mesure où il aborde en parallèle le cheminement personnel et les influences culturelles que le natif de Cambridge a développé dès l’origine. « Né dans une ville universitaire réputée, entouré d’une famille qui se voulait intellectuelle, d’un père médecin par exemple, il a très vite axé le développement de sa personnalité sur une certaine idée de la recherche esthétique ». Le fait de faire des études dans une ville universitaire « a fait qu’il a, à l’inverse de la plupart des musiciens pop des sixties originaires des milieux ouvriers, très vite ouverts son inspiration à la littérature et à la poésie ». Le jeune Syd va donc se plonger dans la lecture des Modernistes, d’Ezra Pound, de Lewis Carroll et tous ces auteurs qui « vont être à la genèse de textes où se mêlent éléments discursifs, écriture automatique et fondations pour une musique semblant empruntée aux contes de fées, aux chansons pour enfants, et au surréalisme ».

Pratiquant l’art du cut-up dérivé de Burroughs, « il n’est pas étonnant de voir que tout cet univers du nonsense, très britannique, se retrouve dans des morceaux oscillant entre comptines et éclairs électriques plus équivoques ». Musique et mots suivent un chemin parallèle : « Hormis une fixation sur Bo Diddley (sic !), Syd n’a jamais trouvé de racines dans le rhythm and blues venu des Etats-Unis. En ce sens, il était précurseur dans la mesure où, même ses « singles » sous forme de ritournelles (« Arnold Layne », « See Emily Play » ou « Apples And Oranges ») se démarquaient de la simple chanson par leurs ruptures de tempos, leur utilisation d’effets sonores alambiqués, comme pour mettre en place cet univers aléatoire né du cerveau de Barrett ». Les mots semblent, en effet, « ne pas donner sens, se garnir de petites vignettes, cultiver les rimes intérieures plutôt que la versification traditionnelle ».

Une seule dérogation à cette méthode figurera dans l’œuvre du chanteur, la reprise du poème de James Joyce, « Golden Hair » figurant sur le premier album de Barrett, The Madcap Laughs : « Là encore, pourtant, la métrique de cette poésie va à l’encontre des schémas classiques. Elle s’étire comme une mélopée plaintive et n’est donc pas véritablement incompatible avec ce en quoi le chanteur est impliqué ». Il n’est donc pas étonnant que l’abstraction fasse partie prenante de son inspiration : « Sur Piper At The Gates Of Dawn, vous avez des titres semblant de rien vouloir dire (« Pow R.,Toc H »), des instrumentaux, un alliage étrange entre allusions à la science fiction de « Interstellar Overdrive » ou « Astronomy Dominé » et les atmosphères moyenâgeuses de « Matilda Mother » ou « The Gnome »… ».

On le voit donc, l’univers de Barrett est tout sauf primaire et, puisque d’abstraction il est avant tout question, Chapman ne néglige pas un autre versant, à l’origine plus important, des goûts du futur chanteur à savoir la peinture : « C’est un aspect méconnu de l’artiste qu’il était. Son univers pictural était d’ailleurs en osmose avec ses chansons. Si on devait citer ses influences, il y aurait en premier lieu Rauschenberg. Il n’est donc pas étonnant que ses tableaux, tout sauf figuratifs, aient pu sembler aussi hermétiques que certaines de ses musiques et qu’on y ait vu les prémisses de sa folie ». La fameuse aliénation de Barrett, combien on a pu gloser sur les soit-disants quantités phénoménales de LSD qu’il ingurgitait ! « Vous savez, toutes les personnes qui l’ont côtoyé me disent qu’il n’était pas plus utilisateur de stupéfiants que la majeure partie des gens avec qui il frayait. Une des caractéristiques qu’ils soulignaient était qu’il semblait constamment ailleurs : gentil, courtois, amusant même, mais sempiternellement dans un autre monde ».

Chapman souligne alors cette « difficulté à se situer ; le fait qu’il s’était retrouvé pop star un peu sans s’y attendre alors que ses goûts l’attiraient plus vers la peinture. Est-ce que cette oscillation entre diverses sollicitations était un facteur génétique qui anticipait sur son oscillation, voire sa schizophrénie ? Il est difficile de le dire ».

Chapman relate alors avec beaucoup d’empathie ce lent cheminement vers l’aliénation : « Lui qui adorait peindre n’en voyait plus l’utilité puisque, alors qu’il cohabitait avec un autre artiste peintre, au lieu d’être stimulé il s’abritait derrière cela en disant : « Je n’ai pas besoin de le faire puisque quelqu’un le fait pour moi »… ». Il fait le récit également de ses rendez-vous avortés avec, aux côtés de David Cooper, le pape de l’anti-psychiatrie R.D. Laing : « Il a eu deux possibilités de rencontre. Nulle ne s’est matérialisée ».

Comme il l’élabore en filigrane tout au long de son livre, c’est avant tout « son sens d’être déplacé qui caractérise Barrett. La notion qu’il avait des aspirations à ce que l’on nomme le « high art » et le fait qu’il était considéré simplement comme un simple artiste « pop » ».

Ainsi, d’un côté, le leader de Procol Harum, Gary Brooker, se gaussait de « l’horrible son des claviers », ainsi récit édifiant est fait par Chapman de cette émission de télévision de la BBC « Look Of The Week », sorte d’équivalent visuel de ce que peut être France-Culture, où le présentateur, Hans Keller, musicien « sérieux », écrivain et conférencier avait interpellé le groupe de façon dédaigneuse et ironique : « Barrett était conscient d’être à cheval entre ces deux mondes, il n’était pas non plus au top mentalement. Il avait pourtant répondu avec gentillesse et humour aux allusions acerbes dont le groupe était l’objet ». Au total, Chapman nous dresse un portrait tout en nuances de l’artiste, bien éloigné des stridences psychédéliques du « swinging London » , aux antipodes même de ces clichés sur la victimisation par le LSD. Barrett devient alors, non pas un mythe, ni une icône, mais simplement un artiste, doué mais inaccompli dont les raisons du fracas sont autant à voir avec sa psyché que l’environnement de l’époque. Qu’aurait-il fallu pour qu’il en soit autrement ? « Je crois que, en tant que lyriciste, la seule personne avec qui l’on pourrait l’apparenter était Lennon. Ils avaient tous deux ce côté dadaïste, ce sens de l’humour que l’on ne retrouve que parcimonieusement dans la pop anglaise de cette période. Musicalement, je crois que lui et les autres membres du Pink Floyd avaient des objectifs différents. Eux voulaient réussir. Syd, lui, était une sorte de funambule, gentil, articulé, consistant mais très apte à se déstabiliser et sans véritable constance ».

Si on demande alors à Chapman avec qui Barrett aurait pu monter le groupe de rêve, il répond sans ambages : « Le seul avec qui je crois il aurait pu véritablement trouver un pendant et, par conséquent un tonifiant, à ce qu’il était, demeure Kevin Ayers. Je n’ose imaginer ce que tous les deux auraient pu créer si le destin l’avait voulu ! »…

23 février 2015 Posted by | Conversations, Oldies... | Laisser un commentaire

Colin Hay: « Next Year People »

Colin Hay était l’élément phare de Men At Work avec des hits comme « Down Under » et « Who Can It Be Now ». Sa voix, à l’époque, rappelait celle de Sting et son inspiration résidait dans une pop assez classieuse. Aujourd’hui son registre est devenu plus velouté et, sur de 12° album solo, sa musique s’est transformée au point de perdre la vivacité qui la caractérisait.

Next Year People est composé de chansons pop joliment façonnées qui sonnent confortables et accessibles. Le « single », « Trying To Get To You » débute sur une ligne de guitare classique et une rythmique sous forme de battements de mains qui rappellera les Beatles ; c’est un titre qui pourrait être interprété par beaucoup d’artistes qui lui sont contemporains, de Paul MacCartney à, ce qui est preuve de sa versatilité, Jim Buffett.

La voix de Hay est, elle, douce et s’égrène comme des petits fragments de sable et, sachant que Hay a longtemps tourné avec Ringo Starr, on est amené à se demander si ceci n’a pas été aussi à la source de compositions ainsi formatées.

La chanson titre est un folk acoustique de nature traditionnelle, le thème de la routine y est développé, tout comme une vision du monde faite de lassitude mais son tempo marin lui donnera un climat plus accort, fait d’espoir et d’un optimisme qui évoquera ce que le chanteur produisait à ses débuts.

Tout comme avec Men At Work, on retrouvera des climats rythmiques tropicaux mais ceux-ci produisent une saveur épicée plus émolliente et ne se montrent jamais trop prégnantes. Il est vrai que l’existence du groupe date de 34 ans et que le temps a fait son œuvre. Ce qui perdurera néanmoins sont ces compositions pop qui n’ont pas d’âge et qui, aujourd’hui comme il y a plusieurs décennies, gardent leur qualité et leur pertinence.

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23 février 2015 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Damon & Naomi: « Fortune »

Depuis 1992 et la séparation de Galaxie 500, Damon & Naomi enregistrent ensemble leur propre genre de folk rock atmosphérique quelque peu ensommeillé (pour certains soporifique). Leur 8° album, Fortune est la bande son d’un film muet conçu par Naomi, une oeuvre élégiaque traitant de deuil, de nostalgie et de redécouverte de soi.

Peut-être la nature de « road movie » existentiel a-t-elle accentué ce trait musical mais, du début à la fin, le disque sonne comme composé d’une seule note que rien ne semble vouloir troubler. La structure musicale va rester la même : des guitares acoustiques aériennes et frappées avec délicatesse, un piano léger et quelques vocaux tranquilles chuchotés en fin de plage.

Ce qui va donner corps à l’ensemble sera sa cadence, ainsi le titre d’ouverture, « The Seeker » ou « Reflections » sont dénaturés par leur fin abrupte avant que ne s’installe un véritable « groove » alors que d’autres morceaux comme « Towards Tomorrow » ou « Hurt House » sont eux, criminellement réduits pour la même raison tenant à leur brièveté. Si Damon & Naomi souhhaitaient laisser leur audience sur sa fin, ils maîtrisent parfaitement cette approche.

Il est donc difficile d’extraire une composition phare, peut-être »Sky Memories », mais la décrire reviendrait à décrire les autres. La production est identique et le tempo n’accepte aucune variation ce qui fait de Fortune un disque sur lequel il serait aisé de s’assoupir.

Écouté dans un cadre intime juste éclairé par quelques bougies apportera à l’auditeur une expérience sans doute prenant mais peu mémorable une fois le moment passé. Si la beauté des choses réside dans leur simplicité, ça n’est pas Fortune qui fera perdurer cet axiome.

**1/2

23 février 2015 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Elle King: « Love Stuff »

La ligne musicale entre country et rock est de plus en plus brouillée, encore plus même que celle entre rock et blues. Sur son « debut album », Love Stuff, Elle King s’efforce de jouer sur tous ces modes à la fois, entreprise risquée tant il est difficile pour un artiste nouveau de se frayer un chemin.

King se situe dans un registre à mi-chemin entre Ellie Goulding et la Tatlor Swift des débuts, sa voix est incroyablement râpeuse ce qui détonne par rapport à une période où tous les vocalistes on tendance à sonnerde la même manière. Son répertoire est, de prime abord, country mais une écoute attentive permet de constater qu’elle y intègre parfaitement des influences blues, pop et même rock.

À cet égard, la chanteuse veut sortir de la norme et ceci pas uniquement grâce à sa puissance vocale. Elle compose avec aisance, par exemple sur «  Ex’s & Oh’s » où elle combine le rock et ses vocaux et où elle réfléchit à la difficulté de retrouver un amant. De ce climat désabusé, sa voix puissante rend la chanson beaucoup plus intense que plaintive d’autant que son phrasé rauque est propre à monter la douleur plus que toute autre lamentation ampoulée et mélodramatique.

Quelque part, King compose des hymnes, par exemple un « Ain’t Gonna Drown » bluesy à souhait propre à susciter réflexion sur ce qu’est notre vie ce qui fait de Elle King autant un songwriter qu’une interprète. Cette distance par rapport aux schémas conventionnels s’exemplifiera dans un insolent «  America’s Sweetheart » où elle déclare : « What do you want from me? I’m not America’s Sweetheart! ». C’est une déclaration qui ne peut que résumer avec à propos le registre autre dans lequel se situe l’artiste.

***1/2

23 février 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

The Mavericks: « Mono »

Le slogan « back to mono » est généralement attribué à Phil Spector car il avait cette capacité à faire sortir, grâce à des arrangements, son fameux et énorme « wall of sound » sur des petits transistors dont la taille est toujours resté minuscule. The Mavericks prennent le producteur au mot et, après leur retour en 2013 avec In Time, ils vont capturer ce même esprit en lui donnant sa tonalité enjouée habituelle et en l’enregistrant en mono. C’est une approche assez rare et courageuse aujourd’hui mais elle fonctionne parfaitement avec le style du groupe, rétro mais sans être frelaté.

The Mavericks étaient, au départ, considérés comme un ensemble country mais ils se sont montrés si éclectiques et divers créativement pour qu’on puisse les mettre dans une seule catégorie. Ils ont désormais supprimé presque toute trace de C&W traditionnel et les éléments les plus présents sont les touches latines, R&B, rockabilly, Tex-Mex et cubaines qui soulignent à merveille la voix mélodieuse de Raul Malo qui s’inspire toujours des vocaux de Roy Orbison. Pour Mono, ils ont également ajouté quelques couches de ska et de reggae qui apportent une touche nerveuse à l’album ; le résultat en est un disque mousseux et vif, idéal pour une « party » étayé qu’il est par une section de cuivres et des rythmiques soul qui ne peuvent que nous inciter à nous bouger.

Malo s’accroche néanmoins toujours à ses ballades qui sont ici au nombre de trois : une « Fascinate Me » conduit à l’accordéon proche de Johnny Mathis, « Let It Rain » où l’on retrouve la tonalité Orbison et un slox traditionnel sur lequel danser, « Pardon Me ». Le reste sera consacreé à la piste de danse, avec des titres enjoués infectés de pop 60’s, de blues (« Do You Want Me To ») et un « closer » qui sera un clin d’oeil à une de leurs plus importantes influences, Doug Sahm, dint ils reprennent le « Nitty Gritty ».

Il n’y a pratiquement aucun overdub sur cet enregistrement mono ce qui donne un résultat compact et exubérant ; le feeling est « old-school » tout en ne sonnant pas daté. C’est un joyeux retour à une audio tendue, nerveuse et surtout festive.

***1/2

23 février 2015 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire