Rapid Talk: Interview de Martin Carr.

Martin Carr est peut-être le meilleur songwriter que vous n’ayez jamais entendu à moins, bien sûr, vous n’ayez suivi fidèlement la carrière de son groupe The Boo Radleys. Connus avant tout pour leur monumental Giant Steps, ils ont pourtant un nombe conséquent d’albums mémorables comme Everything is Alright Forever ou Wake Up. Carr était leur compositeur principal ainsi que leur guitariste, il a ajouté une corde à son arc avec les vocaux sur son nouvel opus solo, The Breaks. Sa voix rappellera celle de Guy Chadwick ou Lennon, il lève ici un peu sur ses ballades songeuses et son statut de marginal par rapport à l’industrie du disque.

Avec The Breaks, on est confronté à une myriade de styles. Que diriez-vous de votre itinéraire avec The Boo Radleys, puis sous votre pseudonyme de Brave Captain et enfin avec votre dernier album solo ?

The Boo Radleys se sont séparés car je n’aimais plus la musique que nous jouions. On avait atteint un mur en termes de progression, j’écoutais beaucoup d’électronique et de dub et je ne voulais pas faire partie d’un groupe qui jouearait de la psychedelia. Quand j’y repense je me dis que j’aurais peut-être dû chercher des collaborateurs dans la scène electro mais j’ai fini par faire quelques albums de psyche-pop. Je n’avais pas les idées claires à l’époque.

J’ai commencé alors à faire de la musique sur mon ordinateur et j’en ai glissé les résultats sur mon disque Advertisements For Myself en 2002. C’était un drôle de mélange de bribes electronica éparpillées du psche-rock qui était la composante principale du disque. Je crois que c’est à partir de ce moment que j’ai cessé d’écouter tout ce qui pouvait s’apparenter au concept de chanson.

En 2003, j’ai commencé à faire quelques concerts avec mon portable. Ils étaient en majorité déstructurés et ennuyeux. J’ai fait un album, All Watched Over By Machines of Loving Grace, enregistré chez moi et ça été la première fois où je fusionnais l’electronica dont j’étais fan et la psyche-pop qui s’empare de moi dès que je prends ma guitare. J’ai continué à faire des « gigs » avec un batteur, mon portable et un piano Rhodes ; ces concerts étaient plus accessibles et sans doute moins ennuyeux que ceux que je faisais uniquement sur ordi.

Mon label, Wichita, m’a laissé tombé alors que je travaillais sur l’album suivant et j’ai eu un long moment de découragement. Je suis redevenu productif en 2005, un « single » chaque mois pour les membres de mon site web, un album, Distractions, dont je trouvais qu’il marquait quelques progrès par rapport au précédent et un autre de plages electros sou le nom de The Black Serpent Choir. J’ai fini par distribuer Distractions pour rien, j’étais vraiment au plus bas et j’ai, alors, complètement arrêté de composer.

Je me faisais un peu d’argent en illustrant un journal et j’ai fait un peu de guitare, en m’apprenant à jouer en style fingerpicking et ai recommencé à composer en me tenant éloigné de mon ordinateur. J’ai eu très vite un disque de prêt et je suis allé l’enregistrer dans un petit studio. Il se nommait Ye Gods (and little fishes), il était pas mal mais, au niveau de la production, je le trouvais en régression. Je l’ai sorti en numérique car personne n’était intéressé, je suis devenu père et ai continué à composer. Personne n’était intéressé et même Pledge Music ne me répondait pas. J’ai écrit la musique d’un téléfilm sur Lennon appelé Snodgrass et un jour, en 2013, un label de Hambourg, Tapete Records, m’a contacté m’a fait venir et m’a proposé de ré-enregistrer certains titres. Ainsi est né The Breaks. Tout content que je sois avec, je pense toutefois que je n’ai pas encore trouvé ma voie et que celle-ci se situe dans mon approche sur Distractions.

Vous mentionnez souvent le fait de ne pas vous sentir à la juste place ; comment cela a-t-il affecté votre créativité ?

Le plus gros impact a été, selon moi, de ne pas trouver de véritables collaborateurs. J’ai fait beaucoup de choses par moi-même et je ne comprends pas pourquoi je n’ai jamais pu rencontrer quelqu’un qui aurait voulu faire de la musique avec moi. Peut-être que je dégage de mauvaise vibrations, allez savoir. (Rires)

Comment vous viennent vos idées en matière de textes ?

La plupart du temps c’est lié à des choses qui se passent autour de moi, à d’autres moments je ne fais que décrire des rêves au des images qui me viennent quand je joue, sur « Santa Fe Skyway » par exemple. Quand je suis coincé, je me saisis de Masterpieces Of Western Art un livre qui est sur mon bureau et décris ce que je vois quand j’ouvre un page au hasard. Je le fais rarement mais c’est un bon moyen de débloquer ma machine à mots.

Certains titres comme « Santa Fe Skyway » ressemblent à des mini symphonies. Vous passez des guitares funky à une section de cuivres. Était-ce un processus organique ou avez-vous vous y reprendre à plusieurs fois pour que tout s’intègre avec fluidité ?

J‘ai travaillé très longtemps sur l’enregistrement original. La version suir l’album est identique, hormis la section rythmique. Pour moi, c’est un processus où j’essaie divers trucs jusqu’à ce que je trouve et garde ce qui me plait. J’ai tendance à utiliser pas mal de « samples » déglingués qui me donnent des idées mais la plupart d’entre eux sont ensuite abandonnés ou remplacés.

Vous avez été assez éclectique en matière de style ; en avez-vous un qui soit votre favori aujourd’hui ?

J‘aime quand c’est un mix de pop, de noise et d’electronica. Mais pour l’instant je ne suis pas encore arrivé à le réaliser correctement.

Certaines de vous compositions rappellent les parties orchestrales de Love ; vous ont-ils influencé ?

J‘ai entendu pour la première fois Forever Changes à la fin des années 80. Ça a eu un impact décisif sur moi ; j’ai commencé à réfléchir en termes de cuivres et de cordes. Des titres comme « You Set The Scene » m’ont ouvert à des arrangements étrangers à l’univers de la pop. J’en écoutais à la radio et la structure en était assez universelle mais avec des trucs comme ça ou Smile des Beach Boys l’implication émotionnelle changeait du tout au tout.

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