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Troyka: « Ornithophobia »

Ornithophobia est le troisième album de ce trio de jazz-rock expérimental et il suit un enregistrement « live » qui a montré que, sur scène aussi, ils savaient adapter leur approche à d’autres formats. On peut voir dans le titre du disque une référence au Ornithology de Charlie Parker mais il serait incongru de considérer cet opus comme du jazz stricto sensu.

En effet, si Troyka s’inspire beaucoup de la musique improvisée contemporaine on peut trouver chez eux des éléments plus turbulents (Flying Lotus ou Squarepusher) voire même explosifs façon Dirty Projectors.

Le trio va donc se mouvoir avec fluidité à travers des paysages sonores qui feront des clins d’oeil au rock, au hip-hop, au math-rock ainsi qu’à la musique latine et au blues. Il parvient à utiliser ces idomes simultanément voire même au sein d’une même composition grâce aux claviers de Kit Downes qui sautent avec aisance d’une structure à l’autre comme s’il ne suffisait que d’exercer des brisures, des vaguelettes ou des grondements pour trouver dans la simplicité matière à nous confondre. Le guitariste Chris Montague enfile les riffs comme une araignée le ferait d’une toile et les deux musiciens sont propulsés par la précision rythmique de Joshua Blackmore.

Tout au long de l’album et ce dès l’ouverture en ressac apportée par les riffs nerveux qui parcourent « Arcades » on a droit à une réinvention permanente d’un thème musical récurrent un peu à la façon de Zappa et des signatures de tempos en perpétuel changement coïncidant avec ce désir de se défaire du carcan apporté par une trop grande technicité.

Ornithophobia se terminera sur un « Seahouses » dont les ricochets sonores sont d’une incroyable beauté et nous laissent sur une note d’exaltation qui nous fait oublier la chanson titre schizophrénique sans vouloir, néanmoins, édulcorer ce petit bijou de musique expérimentale.

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21 février 2015 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

Torche: « Restarter »

Le « sludge metal » est un terme fort parlant (métal marécageux) pour désigner un appendice du heavy-metal et dont Torche, si on peut l’apparenter à cette mouvance, n’a jamais été l’exemple parfait.

Alors que la plupart de ces groupes se complaisent dans une imagerie où le sang coule à foison, ce quatuor de Floride invoque, des illustrations où figurent nuages et arcs-en-ciel. Ces mêmes combos revendiquent également la grande technicité de leurs riffs, en revanche Torche trempent leurs compositions dans la mélodie avant d’y imprégner un volume qui conviendrait aux « metalheads ». Sur une durée qui avoisine les dix ans, ils ont été capable de retenir l’adhésion d’un public autant friand d’accroches pop que de sons boueux et, sur Restarter, il n’y a aucune raison pour que cela cesse.

Débuter l’album sur un titre aussi puissant que « Annihilation Affair » sans encombre aurait été une entreprise plus que difficile pour n’importe quel groupe ; cela semble pourtant monnaie courante pour Torche qui s’en tirent avec aisance et fluidité. « Minions », le morceau phare, répand un blitz sinueux de guitares qui tourbillonnent et halètent simultanément et cette sensation de lourdeur implacable s’accentue encore plus profondément que sur leur précédent opus, Harmonicraft. Torche parvient néanmoins à toujours la conciloier avec une approche pop y compris dans l’intensité de « Undone » ou du climat martelé aux vocaux possédés qui court sur « Believe It ».

Restarter est, par conséquent, un disque paradoxal. Il est porteur d’agression mais se montre sophistiqué et lisse ; ce n’est sans doute pas un grand en avant par rapport à Harmonicraft mais une confirmation de ce que le groupe est capable de continuellement peaufiner sans se répéter.

***1/2

21 février 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Twin Peaks: « Wild Onion »

Il y a une tentation à laquelle il est difficile de résiter à propos de Twin Peaks ; les mettre dans la même catégorie que cet autre groupe de Chicago, The Orwells, dans la mesure où les deux partagent une mentalité ravageuse d’ouvrer dans la rock and roll habité par la nostalgie. Ils ont tendance à ne pas faire grand-chose hormis jouer des morceaux lo-fi mais à un volume maximum et ont même crée un compte Tumblr commun où ils racontent les plaisanteries les plus crues survenues durant leurs tournées. La différence est que Twin Peaks sont plus concentrés et moins j’menfoutistes et qu’ils font plus d’efforts à la composition de leurs morceaux. Il y a chez eux un désir jamais éteint à progresser et leur second album, Wild Onion, respecte cet idéal dans la mesure où il en enlève une pelure et nous présente une nouvelle surface.

Il y a quelques règles simples mais qui sont fermes dans l’approche du groupe : pas de morceaux dépassant les 3 minutes et si une idée semble être épuisée il est temps d’en chercher une autre. De ce point de vue, « Mirror of Time », bien que devant beaucoup à cette brillance émanant des sixties débute sur quelques notes de pipeau et sur « No Way Out » il vont jusqu’à faire allusion à la new wave avec des guitares enveloppées dans de la reverb.

Cadien Lake James est en outre un leader fascinant dans sa façon de diriger un « Strawberry Smoothie » délirant puis de rapidement passer à un « Flavour » interprété d’une voix bourrue. Le disque baigne dans des bases musicales indubitablement américaines mais il montre également que le groupe explore un terrain, certes connu, mais essaie d’y plantyer son propre pré carré. Ils sont sans doute encore beaucoup à faire mais ils ont indéniablement un savoir faire quasi professionnel ne serait-ce que dans la manière de peaufiner leur image un peu primaire.

Maîtriser la composition est une bonne chose, il leur reste néanmoins à faire quelques coupes brusques et, sans édulcorer quoi que ce soit, se livrer à un exercice de dégraissage avant de se lancer vers cet inconnu dont Wild Onion marque une première étape.

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21 février 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire