Rapid Talk: Interview de Peace.

Le deuxième album de Peace, Happy People, a mis un certain temps à sortir avec un accueil à la hauteur de ce qui était attendu d’eux. Le leader du groupe, Harry Koisser, accompagné du batteur Dom Boyce nous en disent plus sur un des éléments moteurs, quelque chose d’assez surprenant mais qui semble bien leur réussir. « La nourriture joue un rôle important pour nous », annonce Boyce la regard sérieux, chose sur laquelle Koisser opine pour signifier son accord : « Je suis paralysé par le doute avant le déjeuner. Une fois celui-ci passé je me sans capable de créer quelque chose d’extra alors qu’avant tout me semble être de la merde. » Il s’interrompt avant d’ajouter : « Je suis peut-être un drogué de la bouffe. »

La conversation qui s’ensuit n’est pas celle à laquelle on est en droit de s’attendre venant d’un groupe indie classique. On ne détecte aucun signe d’égo sur-dimensionné et ce qui tient lieu d’état d’esprit se trouve dans une approche modeste at rafraichissante par rapport à ce qu’ils ont réalisé. Cela tranche agréablement d’une séquence promo à laquelle Peace doit se consacrer.

« Du point de vue de l’écriture, celle-ci me semble plus véridique, plus développée », déclare Koisser, « Quand nous sommes sortis des séances d’enregistrement, nous avons eu la sensation que Happy People recelait plus d’intensité et de détermination. On savait ce qu’on voulait faire cette fois-ci alors que le premier album était plutôt une expérimentation. » Dom approuve en souriant d’un air satisfait : « Il y avait beaucoup de naïveté dedans. »

Sorti en 2013 après quatre années de tournées incessantes, In Love a été l’album qui a permis à Peace de retenir l’attention de tous. Avec ses guitares tourbillonnantes, son énergie à peine dégrossie et ses cris gutturaux il a donné une nouvelle vie à un genre qui était à la recherche de son second souffle. Ils ont très vite fait fi du succès de l’album répétant à qui voulait l’entendre que c’était une plaisanterie : « C’était juste de l’esbroufe », en rigole encore Kossier, « J’avais dit au label que j’avais écrit huit morceaux alors que je n’en avais composé que trois. Cinq titres de In Love ont été écrits huit jours avant que le label ne nous les réclame. C’était une véritable fumisterie, un peu comme quand vous faites vos devoirs au dernier moment. »

Quand il est question de « songwriting », c’est Kossier qui est en charge des textes et des mélodies de base et les autres peuvent ajouter leurs propres enluminures à la toute dernière étape. Malgré cette apparente insouciance, on note encore quelques éclairs vibrant d’émotion brute : «  J’ai commencé en essayant d’écrire ces morceaux insensés qui n’étaient rien de plus que des images. Mon fonctionnement était le suivant : ‘Je me fous de ce que cela signifie ! Je veux que ce soit des morceaux gros, tristes et merveilleux à la fois !’ » Koisser s’en rappelle avec embarras : « Certaines chansons n’ont aucune prétention. Au départ je trouvais ça un peu effrayant mais maintenant je n’en ai rien à foutre. Vous savez, on m’a montré voilà peu un film complètement déglingué sur un tueur en série qui est accro au fait de tuer et je me sens un peu comme lui par moments. J’entends par là que le fait d’écrire peut être une chose effrayante et inutile ou malsaine, mais une fois que vous y avez pris goût… » Il s’interrompt avant de préciser : « Soyons clair, je ne suis pas un tueur en série. »

Il n’y a pas que le son qui a changé pour Happy People. Ils se sont débarassés de leur esthétique lo-fi dans leurs vidéos et opté pour quelque chose de plus sophistiqué et conceptuel. Sur « Lost On Me » par exemple, ils sont adopté des tenues blanches impeccables, de la danse syn,chronisée et une fin qui les voit tomber des bords d’une falaise.

Koisser précise en haussant les épaules : « Nous n’essayons pas de nous montrer cool, nous voulons juste faire de bonnes vidéos. Chez mon oncle, je regardais Kerrang TV (une station de télé numérique liée au magazine rock et heavy metal). On ne fait plus de celui comme ça ; pensez à celui de « Basket Case » de Green Day. Où sont passées des vidéos de ce genre-là ? »

Boyce le regarde d’un air songeur et continue sur un ton mélancolique : « J’ai la sensation qu’aujourd’hui tout le monde se doit d’être cool. Tout fonctionne sur la marque et l’image. Qui est le « guitar hero » de nos jours pour les gamins ? Quand j’étais plus jeune, on adorait les guitaristes et la seule chose qui nous importait était d’avoir une guitare et d’apprendre à en jouer !  »

Il est vrai que les dernières tendances dans les « charts » n’ont pas été favorables aux groupes indés à guitares, surtout depuis deux ans. On se dit même chez certains que le numérique va tout emporter sur son passage, mais cela ne semble pas préoccuper Kossier : « Tout est affaire de cycles », dit-il philosophiquement, « vous ne pouvez aller que jusqu’à un certain point avant que la musique ne devienne toujours la même, regardez la dance ! Je travaillais dans des clubs tec hon et je n’ai rien contre la dance mais beaucoup de ce que j’entends aujourd’hui ne mène à rien. » Boyce approuve et offre une réponse similaire plutôt cool : « À n’importe quelle époque il s’est trouvé des gens qui n’arrêtaient pas de critiquer ce qui se passait musicalement. Rien n’a changé à cet égard. »

Leur son a, en revanche, pas mal évolué sur Happy People. La vidéo « Lost On Me » flirte un peu avec l’imagerie « boy band » et ceci n’est pas, de façon surprenante, si rédhibitoire que ça pour eux : « J’intègre le format pop », admet Kossier, « j’ai toujours aimé la pop music et je n’en éprouve aucune honte. Nous voulions que « Lost On Me » sonne aseptisé, mais je souhaitais aussi que ça sonne comme une sucette qui serait tombée par terre et qui serait recouverte de poussière et de quelques cheveux. » Toutefois, si on leur demande dans quelle mesure ils vont explorer cet univiers plus avant il secoue la tête et répond : « On n’est pas un groupe pop parce personne ne nous a mis ensemble pour le composer et on ne ressemble pas à un groupe pop. On est bien trop laids pour ça. »

À tous égards, leur popularité ne semble pas sur le déclin, que ce soit avec les disques ou sur scène. Les nombreuses années passées à tourner semblent payer malgré le fardeau qu’elles ont représenté parfois. S’en sentent-il plus armés et avisés ? « Je crois que j’ai toujours été avisé ou que je me sens avisé », répond Boyce sérieusement. Cela déclanche l’hilarité de Koiser : « Et mec, avisé ? Je n’ai pas l’impression d’y être. Je serais prêt à jurer que je suis un ignorant et que je n’ai rien appris. On n’est pas des universitaires, hein ? » Il aura le dernier mot en faisant semblant de ce demander : « Attendez, c’est bien un mot ça, non ? »

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