Jefre Cantu-Ledesma: « A Year with 13 Moons »

Jefre Cantu-Ledesma est ce que l’on nomme un « sound artist », à savoir un musicien influencé par les groupes « shoegaze » (Loop ou My Bloody Valentine) mais qui essaie de s’élever au-dessus des groupes pratiquant le revivalisme, et ce depuis son premier album solo, Love Is a Sream. Il n’est pas question pour lui de délaisser cette atmosphère d’euphorie narcotique mais de l’étayer autrement et de susciter la rêverie au moyen d’une instrumentation plus expérimentale. Son utilisation des pédales d’effet est plus parcimonieuse et ses instrumentaux sont saturés par des moments capturés sur le vif, évoquant parfois le son étouffé de bruits enregistrés sous un manteau neigeux et, à l’opposé, qui sembkent tout droit sortis d’espaces étrangers.

Les canons de la « shoegaze » sont respectés, l’inconnu et sa beauté, mais ses texxtures sont étendues comme à l’infini. A Year with 13 Moons est le nom de cet album et il est d’autant plus triomphal que Cantu-Ledesma ne se contente pas d’une seule approche. Les overdubs sont minimaux et l’accent est moins mis sur la notion de composition que sur les éléments soniques enregistrés

On sent que Cantu-Ledesma a compilé des heures à assembler son matériel, à créer des loops ambient plutôt que rythmés (cet aspect sera parcimonieusement véhiculé par une boîte à rythmes bien en arrière fond dans le mix) et que, démarche aidant, les morceaux ont tout loisir pour se développer à l’exemple de l’ouverture de 9 minutes, « The Last Time I Saw Your Face »une véritable symphonie bruitiste de dream pop approchant la béatitude.

La même approche (rythmes minimalistes enterrés sous un mur de sons statiques) se retrouvera sur « Love After Love » mais elle sert ici à suggérer un sentiment de mélancolie froide telle qu’on la trouvait chez Factory Records. A Year with 13 Moons est jalonné ainsi de climats distinctifs, la mélancolie floue d’un « Pale Flower » enfoui dans une brume les expérimentations porche de la musique sérielle avec « Early Autumn » et « Remains », la frigidité de « A Portrait of You at Nico’s Grave, Grunewald, Berlin [For Bill K.] » ; il est clair que cet album incarne à merveille l’abattement qui se niche au plus profond des songes et que, pour son auteur, la rigidité atone et muette fait ainsi place à la catharsis.

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