Steve Earle: « Terraplane »

Il y a beaucoup de choses qu’on ne peut qu’aimer chez Steve Earle ; il n’hésite pas à nous faire part de ses galères et états d’âme mais, ce faisant, émane de lui un positivisme graveleux certes, mais aussi courageux. Sur bien des plans, il est semblable à Neil Young et il se refuse obstinément à faire ce qu’on attend de lui. De ses apparitions dans la série télé The Wire à son roman, I’ll Never Get Out of This World Alive, ou la multiplicité de styles que ses 15 précédents albums ont déployé, il n’apparaît jamais lié aux exigences du rouleur compresseur qu’est l’industrie musicale. De coeur, Earle est un songwriter et Terraplane est sa première incursion dans le blues le plus pur.

Earle étant Earle, il n’emprunte pas la route la plus policée. Enregistré à Nashville avec le protégé de Buddy Guy RS Field, les aspérités sont laissées telles qu’elles le doivent. L’artiste a une grande connaissance de l’éthique lo-fi mais cela ne veut pas dire que la virtuosité soit absente du disque. Un seule écoute du solo de guitare sur « Better Off Alone » nous le rappellera et, à leurs meilleurs, tous ces aspects rugueux donnent une certaine puissance à ses compositions trompeusement simples comme, par exemple, cette ode gutturale au célibat qu’est « Better Off Alone ».

Le côté négatif est qu’une bonne partie du matériel sonne un peu trop évocatrice de ces chansons qu’on entonne le soir dans un bar et, même si c’était l’intention de Earle, cela reste du roadhouse blues rock assez prévisible.

En revanche, le meilleur des compositions sort du lot. Le « Tennesse Kid » au parfum rage avec son voiceover parlé et traînant rappelle ni plus ni moins que le « Dixie Fried » de James Luther Dickinson tandis que, à l’autre extrémité du specte musical, le duo jazzy « Baby’s Just as Mean as Me » avec la violoniste de Dukes, Eleanor Whitmore, est aussi charmant que du Louis Armstrong. Cela mènera à un final délicieux, un blues laid back et acoustique en arpèges « Gamblin’s Blues » puis à un « King of the Blues » à la palpitation lente et salace, une concoction presque parfaite de textes et d’attitude insolents à faire rougir les Stones ou Nick Cave.

Un disque à la vibe insouciante, aussi fun à écouter qu’il semble l’avoir été à enregistrer.

***1/2

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