« Une Renaissance Électronique »: Interview de Belle & Sebastien

Belle & Sebastian ont une carrière qui s’étale depuis plus de 20 ans mine de rien. Comme tous les groupes « classiques » ils sont devenus plus qu’un combo jouant des chansons pop. Ils ont désormais tissé une toile qui englobe l’art, le cinéma, la littérature et la musique dans un effort pour créer un univers cohérent dans leur façon de raconter des histoires.Au fil des ans, ils ont su évoluer et élaborer une oeuvre bien plus vaste que ce à quoi on aurait pu s’attendre. Avec la sortie de Girls In Peacetime Want To Dance, ils s’engagent vers un focus plus aigu et électronique tout en conservant les climats doux amers avec lesquels nous sommes familiers. Stevie Jackson et Sarah Martin, deux des permanents de B & S évoquent la teneur de ce neuvième album par rapport aux précédents.

Comment considérez-vous ce nouvel opus en termes de qualité ?

Stevie Jackson : En général, quand on fait de la promo, il est presque obligatoire de voir les gens déclarer que c’est votre meilleur disque. Je n’ai eu cette opinion que 2 ou 3 fois en fait. Sur Tigermilk, notre premier album, nous ne pouvions le comparer à rien et il m’est arrivé d’avoir cette opinion que sur The Life Pursuit. J’aime tous nos disques mais sur celui-ci j’avais le sentiment que quelque chose d’autre se produisait ; c’était la même sensation que avec Dear Catastrophe Waitress et je l’ai à nouveau ici, sachant que nous avons vraiment fait quelque chose de bon.

Il semblerait que, dans l’histoire du groupe, il y a toujours un nouveau pas qui se produit tous les deux ans et qui vous fait vous diriger vers une phase nouvelle.

SJ : Tout à fait, parfois on a besoin d’un électrochoc.

Sarah Martin : Je crois que ça vient des producteurs d’une certaine façon ; quand vous travaillez avec d’autres personnes. J’ai adoré bosser avec George Martin sur Write About Love ; c’était comme si nous avions trouvé notre George Martin à nous et je crois que j’aurais pu continuer avec lui très longtemps. Mais d’autres dans le groupe voulaient aller vers autre chose car ils trouvaient que nous nous installions dans le confort. Sur Dear Catastrophe Waitress j’ai trouvé qu’on avait fait quelque chose d’inédit pour nous ; on n’avait jamais travaillé avec un producteur auparavant aussi avec Tony Hoffer (The Life Pursuit et Write About Love) ça a été autre chose encore. Sur Girls In Peacetime Want To Dance on a à nouveau ressenti l’électrochoc.

Le processus de fabrication d’un album change-t-il à chaque nouveau producteur ?

SJ : Je crois que c’est sur cet album que ça a été le plus avéré. Regardez notre histoire ; on a fait nos deux premiers albums très vite pour des raisons de budget. Tigermilk en cinq jours, If You’re Feeling Sinister en 7. Ensuite il y a eu une période où on se cherchait et où on travaillait avec des ingénieurs du son et où on s’est enregistrés nous-mêmes à Glasgow. Ça n’était pas toujours très bon mais ça nous a pris pal mal de temps. J’avais l’impression que nous étions un navire sans gouvernail, on arrivait à quelque chose mais c’était chaotique.

Ça a changé avec Trevor Horn sur Dear Catastrophe Waitress. C’était la première fois que nous avions un chef électricien alors qu’avec le producteur précédent on arrivait en studio en même temps que lui et on ne le voyait donc pas vraiment comme un boss. Avec Tevor c’était la première fois qu’on se disait : « il est chargé du budget, il faut qu’on soit ponctuels. » Ça donnait une certaine puissance à l’époque parce qu’on devait être concentrés. C’était aussi la première fois que nous quittions Glasgow pour enregistrer.

Le truc de Trevor c’était de faire en sorte que le son soit nickel, il nous disait : « ‘aime vos chansons mais vos disques pourraient mieux sonner ». Il créait donc une ambiance plus brillante et luxuriante. Pour Tony Hoffer, qui a fait les deux disques suivants, son dada était quelque chose que nous ne connaissions aboslument pas. Il nous coinçait dans la structure des compositions et d’accélérer les chorus. C’était difficile, en particulier pour le chanteur car il écrit des histoires où chaque mot est important. Il nous disait alors : « Voulez-vous faire un disque pop ou un disque à écouter en fond ? » Comme on répondait pop il nous disait : « Très bien, alors ce vers doit sauter. »

SM : C’était totalement pour nous car, en outre, on devait se mettre à la pré-production où on devait tout peaufiner à Glasgow puis nous rendre à Los Angeles pour enregistrer. Là, ça allait très vite, c’était un processus tout neuf pour nous que de travailler avec une date limite.

SJ : Travailler avec Ben Allen sur Girls In Peacetime Want To Dance a été encore une nouvelle expérience. Il vient du hip hop et ça s’est senti tout de suite. On a travaillé totalement différemment. Il avait tendance à construire les choses, il nous disait : « j ‘aime bien ce passage », ensuite il montait dans sa pièce et il le bidouillait en ajoutant d’autres éléments. Il parlait de « notre » disque, c’était une collaboration artistique complète par opposition à quelqu’un qui n’aurait fait que vous assister.

C’est vrai qu’on trouve des passages « dance », des synthés qui glougloutent joliment, et de l’electropop bien affutée. En même temps il y a toujours eu de la disco dans votre ADN.

SM : Avec « Electronic Renaissance » sur le premier album, elles était déjà là, dès le début.

Le fait de la mettre plus en avant émane-t-il du groupe ou de la production ?

SM : On avait les chansons avant même de les rencontrer. Tous les « gros » itres pop, « Enter Sylvia Plath » ou « Play For Today » avaient cette insistance mise sur les rythmes. Je crois même que Ben les trouvait un peu trop connotés en termes de genre. Il voulait d’ailleurs que « Enter Sylvia Plath » sonne moins comme du Moroder.

SJ : C’est une bonne définition que de vouloir le « démorodésier » ; on a choisi de travailler avec Ben en raison du matériel que nous avions justement.

SM : On savait à quoi ces compositions menaient et on trouvait qu’il nous fallait aller ves quelqu’un qui pouvait apporter des bruits intéressants pour les accompagner. C’est ainsi qu’il travaille ; quand les choses deviennent trop mécaniques il est capable d’insérer un petit bloc de son cru dans la grille qui lui est proposée.

SJ : Voir des types venus du hip hop travailler si vite sur un ordi est tout bonnement époustouflant !

Quand vous approchez un disque de cette façon, vous dites-vous que vous voulez faire ce type de disque ou cela vient-il organiquement durant l’écriture ?

SJ : En général je dirais non mais Sarah m’a rappelé qu’il y a quelques années j’avais déclara que je voulais faire un truc disco. Je jouais dans un groupe disco à Glasgow et j’avais dit ça pour rire. Mais c’était quelque chose de latent et, pour cet album, les éléments rythmiques étaient déjà là. Nous n’avons eu qu’à les recouvrir, comme un fauteuil. Je me souviens que Stuart (Murdoch, leader du groupe) avait déclaré que le tempo était devenu une grosse source d’inspiration pour lui, comme une nouvelle texture. D’ailleurs ça n’est pas véritablement une texture à mon sens ; c’est une chose fondamentale et avec laquelle il est nécessaire de travailler. Il venait dans la salle de répétition et, au lieu de démarrer avec la guitare et le piano, on commençait par la basse et la batterie. Ça n’était pas comme si on se disait : « Bon, on a la chanson, faisons-la dans un style disco. » C’était beaucoup plus intégré ; regardez « Nobody’s Empire », ce n’est pas un morceau disco mais il a une grosse caisse en rythme 4/4.

Quand vous êtes dans un groupe depuis longtemps, on peut supposer que vous voulez étendre votre spectre créatif, non ?

SM : Je crois que quand on a démarré et que Stuart nous apprenait à jouer ce qu’il avait composé à la guitare acoustique ou au piano, personne chez nous n’avait trouvé sa véritable place. On ne savait pas ce que les autres aimaient et je pense que cela vous pousse à vous en inspirer. Vous construisez votre propre truc à partir de différents espaces et ça n’a rien à voir avec le fait de gratter une guitare et rien de plus. Le fait d’apprendre à connaître les gens, rend l’entreprise plus viable.

SJ : Il y a des choses qui changent. Sarah utilisait son iPad en plus de ce qu’elle faisait avec Garageband. Même le fait de peaufiner les chansons était différent. J’ai essayé, sans succès, de faire des petits bruits de clavier. Mais Chris (Geddes) notre jouer de clavier a dû les apprendre.

SM : Je crois qu’à propos de ce truc sur la rythmique dont on parlait, le iPad et Garageband sont essentiels car c’est hyper facile de tapoter sur une touche qui représente un kit de batterie ; vous pouvez faire glisser une chose et bidouiller ce que vous voulez.

SJ : Ça vous procure une sensation de redécouverte car vous ne savez pas ce que vous faites. Quand vous êtes dans l’ignorance de ce que vous faites, c’est comme une position de créativité retrouvée.

SM : Il y a toujours des préludes de départs intéressants, mais ensuite vous devez vous en extraire assez souvent. J’ai quelques titres sur lesquels j’avais commencé à travailler sur Garageband et Stuart me disait ; « Tu t’éloignes de la démo originale mais j’adore » et Ben ajoutait : « On ne bosse pas avec Garageland, on fait un disque, laisse tomber. Ça sera au moins aussi bon qu’une démo que tu as fait sur une application à 2$. »

SJ : On a la chance que le groupe soit composé de nombreuses personnes qui sont ensemble depuis pas mal de temps. Avec 3 ou 4 personnes c’est plus difficile car la palette est restreinte et vous envisagez le fait que vous pouvez en avoir assez au bout de 3 ou 4 albums et vous forcer à aller vers autre chose. Le changement a toujours été naturel chez nous, les gens contribuent en cours de route et notre dynamique est toujours en évolution.

SM : Il y a toujours de légères tensions entre les gens qui veulent faire de la musique dans un genre bien précis, certains aiment y adhérer strictement, d’autres pensent que ça n’a pas d’importance ; il y a donc quelque chose de sain dans ces discussions. On arrive à trouver notre chemin enter ces deux pôles.

SJ : Il n’y a rien de préétabli quant à la manière dont fonctionne un groupe, mais pour nous c’est un mélange de différents sensibilités.

En fait cette évolution vers l’electropop n’est pas si accentuée que ça si on considère votre carrière. huge, huge, move for a Belle and Sebastian record…

SJ: « Ever Had a Little Faith » aurait très bien pu figurer sur notre premier album en effet. could have been on our first album.

DiS: « The Everlasting Muse » rappelle « Those Were The Days My Friends ».

SJ : En fait c’est Stuart qui a déclaré qu’il voulait que ça sonne comme la chanson turque de l’Eurovison 1974. Je comprenais très bien ce qu’il voulait dire, je n’avais pas pensé à « Those Were The Days My Friends » mains, maintenant que vous le mentionnez, je capte un peu mieux ce côté pop et folk d’Europe orientale.

SM : C’est un truc repris fabuleusement par The Wedding Present sur leur album de chants ukrainiens.

SJ : C’est un chouette morceau, un de mes préférés sur l’album.

SM : Le textes y sont extraordinaires.

Aviez-vous des points de référence musicaux spécifiques par rapport à vous autres disques ?

SJ : Il y a deux ou trois choses bien précises. Je voulais faire un album disco mais jepensais que personne ne me prendrait au sérieux. Pour moi il s’agissait de capturer un certain son, car à mon sens quelques uns ds meilleurs disques de ces 20 derniers années sont des trucs de hip hop comme Dr Dre en matière de qualité sonore. Je souhaitais que ça sonne énorme. On est partis de cela mais je ne me souviens pas avoir joué certains titres comme point de référence hormis Chic et Sister Sledge. J’adore la disco des 70’s.

Une des choses mystérieuses chez B&S est la façon dont les chansons viennent au groupe ; d’où elles surgissent et comment le composition se déroule.

SJ : Ça a pas mal changé et c’est devenu de moins en moins claire au fil du temps. Sarah nous a fait remarquer les changements d’ailleurs ; sur les trois premiers albums, si vous entendiez Isobel (Campbell), Stuart ou moi aux vocaux, cela voulait dire que nous avions composé les morceaux et que les autres apprenaient à les jouer. À partir du quatrième, on a commencé à écrire ensemble et, de mémoire, je dirais que sur The Life Pursuit les lignes étaient moins claires en la matière.

« Step Into My Office, Baby » en est un très bon exemple. C’était le premier titre que j’avais composé à 50/50 avec Stuart. C’était ma musique mais les textes étaient de nous deux et, au fur et à mesure que nous avancions, nous étions constamment influencés l’un par l’autre. C’est une bonne chose car, quand nous répétons, chacun peut apporter ses propres idées ce qui est assez libérateur pour ceux du groupe qui ne chantent pas. Chris peut apporte une séquence d’accords ou une idée à lui et Bob a écrit sa première chanson, « Party Line » sur cet album. Je crois qu’elle fonctionne car il y amis beaucoup de choses en termes de vision, il a commencé avec la démo il y a un an environ. Il avait les riffs et le chorus et Stuart a écrit les textes ; il a dû s’y reprendre à plusieurs fois car Bob trouvait que ça n’était pas assez direct. Moi, je fonctionne différemment, je ne suis jamais aussi concentré que lui et je laisse la vague m’emmener. Ceci dit, rienn’était laisser au hasrd, on avait un bon producteur capable de nous recadrer.

SM : Je suis très fan d’accroches façon Erasure. Au départ je m’en écartais car je craignais que ça soit ennuyeux mais « Party Line » m’a libérée à cet égard.

SJ : Je ne m’en plains pas, vive la pop et les bons riffs, bien accrocheurs !

Il y a aussi une autre spécificité chez vous , c’est que vous n’êtes pas simplement un groupe. IL y a un univers qui vous est propre, des textes jusqu’aux pochettes en passant par les vidéos. Vous y attachez quelle importance ?

SM : Il faudrait demander à Stuart pour les visuels mais je suis entièrement d’accord. Il y a un sens de lieu et d’identité qui n’a pas été réfléchi. On s’est juste rejoint sur une esthétique. Je me souviens être allée à 19 ans à New York à la recherche de Sonic Youth, mais ça n’était pas uniquement leur musique, je voulais pénétrer leur univers. Eux aussi sont plus qu’un groupe, ils viennent d’un autre endroit et je crois qu’il en est de même pour nous. Notre monde est à moitié fictif, il est définitivement situé à Glasgow mais il existe dans un autre endroit avec lequel il est connecté. C’est ainsi que naissent certaines références comme les Jardins Botaniques de Dunoon sur « Another Sunny Day ».

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