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« The Kill Riff »: Interview de Andrew MacDonald (Blue Cheer)

Ils étaient l’épine dans le pied du « flower power » de San Francisco. En effet, ils avaient beau vivre y vivre et tirer leur nom d’une sorte de LSD, leur approche était tout sauf fleurie. Si l’on devait leur décerner un titre, ce serait celui d’inventeurs de ce qui caractérisera les seventies, à savoir un son heavy metal, dur, cherchant les sensations non pas dans la métaphysique mais dans la physique tout court, à grand renfort de décibels et de riffs de guitare torturés et nerveux. Power trio dont ce qui importe est le qualificatif de « power » (ils se voulaient le plus bruyant du monde et croyez-le ils l’étaient au point que le batteur frappait si fort qu’il jouait avec des gants!) on pourrait décrire leur musique comme un appui sur les distortions à la Hendrix mélangé à une réinvention de classiques primitifs et à un feed back permaent. Carrière longue de plus de quarante années, avec des multiples changements de line-ups, ils ont pourtant, sous la houlette de Dickie Peterson, fondateur et bassiste original et du batteur Paul Whaley maintenu (haut et fort comme il se doit) la bannière du décibel. La seule chose pouvant les arrêter ne pouvant être que la mort, celle-ci a frappé à la porte du groupe et s’est installée chez Petersen, mort d’un cancer à 63 ans. Demeure Andrew « Duck » MacDonald, ultime guitariste de 89 à 92 puis à partir de 99, pour un hommage éclatant mais aussi un témoignage précieux sur ce qu’étaient The Blue Cheer, mais aussi, plus largement, sur ce que représentait le fait d’appartenir à un groupe de rock du temps où celui-ci n’avait pas la crainte de bousculer les étoiles et d’en faire ces poussières traversées par la puissance (et non la gloire, hélas) du Riff…

La mort de Dickie Peterson a dû représenter un choc pour vous…

Tout à fait. Il allait assez bien, le groupe tournait plutôt pas mal et, même si on savait que ça ne pourrait pas durer encore très longtemps, mais on se disait qu’on avait encore quelques années devant nous.

Mais vous étiez conscient de sa maladie ?

Pas vraiment. Il était retourné aux États-Unis et il se portait bien et puis il a été se faire faire une visite de contrôle car il avait eu une hépatite. Il s’était d’ailleurs arrêté de boire il y a une dizaine d’années. Durant ce check-up on lui a trouvé un cancer de la prostate et, durant l’opération, il se sont aperçus que la tumeur avait atteint le foie. Nous avions prévu de partir en tournée en Espagne et aux USA pour faire la promotion de notre nouveau DVD et bien sûr cette mort a mis fin à tout projet.

Le titre de ce qui sera votre dernier album, What Doesn’t Kill You, est assez ironique à cet égard…

Pour être honnête, nous savions tous que nous étions arrivés à la fin de notre carrière et que c’était une question de temps avant que l’un d’entre nous ne meure. Nous en étions conscients, c’est un des avantages d’être plus âgés, et il est certain que Dickie et Paul avaient poussé le bouchon assez loin en terme de drogues et d’alcool. Ils n’avaient pas la forme olympique mais Dickie avait cessé de boire, alors… Paul est toujours en désintoxication et c’est encore plus dur pour lui dans la mesure où il n’a plus aucun but alors qu’il a toujours adoré jouer de la batterie. Il est déprimé à juste titre puisqu’il a toujours fait partie de Blue Cheer avec Dickie.

Ce disque, en tous cas, a été bien reçu par les critiques. Il y l’héritage blues avec « Born Under A Bad Sign », une reprise de « Just A Little Bit » du très psychédélique Outside Inside…

Il marchait plutôt bien. On a beaucoup discuté sur ce que on voulait faire et on souhaitait réunir un peu tout ce qui avait fait la force de Blue Cheer au fil des nombreux disques du groupe. Celui-ci avait emprunté beaucoup de directions en quarante ans ; on avait, par conséquent, comme idée de tout synthétiser sur l’album. Je crois, au bout du compte, que nous parvenus à combiner les vieux sons avec des sons plus modernes et c’est pour cela qu’il marchait bien auprès de nos fans. Il y a aussi un DVD qui sous-tend un peu tout ça avec un son extrêmement affuté, mixé par Bryan New un ingénieur du son qui a travaillé pour Cure et qui est une très bonne représentation de ce que donnait Blue Cheer en « live ». C’est, je crois, la meilleure image que vous pouvez avoir de nous si vous n’aviez pas l’occasion de nous voir jouer en concert. On y trouve des interviews de Dickie où il vous raconte ça très très bien. C’est intéressant parce que, bien qu’il ait été malade et qu’on voyait ça jour après jour, il parvenait à maintenir une réelle présence physique quand il était sur scène. Toute son énergie était comme propulsée vers ces moments alors que le reste du temps il dormait ou se reposait. C’est vraiment un document poignant car il ne vivait, au fond, que pour cela. Je crois qu’il a été très heureux ces 3 ou 4 dernières années parce que l’album était sorti, qu’il tournait et pouvait jouer devant un public.

Pensez-vous que la substance des Blue Cheer était d’être un groupe « live » ?

Ça a toujours été mon point de vue, effectivement. Sur ces 20 dernières année nous avons d’ailleurs sorti cinq albums « live » je crois. C’était notre essence et Dickie n’aimait pas travailler en studio, c’était fastidieux pour lui. Il le faisait parce qu’il fallait bien sortir des nouvelles choses et que ça nous permettrait de partir en tournée.

Évoquiez-vous parfois les nombreux changements de line-up ayant jalonné la carrière du groupe ?

Il y avait beaucoup de confusion au début, des problèmes financiers également. Au fond Blue Cheer était un groupe de jeunes musiciens et les personnes qui s’occupaient d’eux n’avaient aucune idée de ce qu’ils faisaient. Le manager était à l’Ouest, le groupe n’était pas professionnel ,il y avait toujours des problèmes d’argent et la raison de ces nombreux changements était lié au fait que Dickie avait un contrat de sept disques avec son label, Philips. Le contrat était à son nom et, bien qu’après les quatre premiers disques, il ne voulait plus en enregistrer, Philips continuait à lui mettre la pression. Ce sont eux qui ont amenés des musiciens de studio pour terminer le contrat. Et comme l’argent manquait, ces derniers, n’était pas vraiment impliqués, ne restaient pas très longtemps. Même Paul , à certains moments, avait quitté le groupe pour ces raisons. Dickie a toujours été victime de ces problèmes de fric, il a réussi à maintenir le groupe en utilisant au mieux ces allées et venues…

Et vous ?

Quand je suis arrivé, au début des années 80, c’était parce que les autres guitaristes refusaient de tourner parce qu’il n’étaient pas assez payés. Dickie et moi étions potes, aussi j’ai accepté de les remplacer. On s’est trouvé un manager allemand et, quand un guitariste allemand nous a rejoints, connaissant le business comme je le connaissais, j’ai dit à Dickie que le manager allait nous arnaquer. Dickie ne me croyait pas, ne voulait pas le quitter, et, le manager voulant m’évincer, et n’étant pas d’accord avec combien ils nous payait, je suis parti malgré le fait que j’adorais jouer avec lui.

Puis vous êtes revenu…

Oui, une fois ce manager mis sur la touche, Dickie m’a appelé et je n’avais jamais été en mauvais termes avec lui. Paul était parti un an après moi et Dickie s’était, à nouveau, retrouvé avec un tas de musiciens qui se moquaient bien de Blue Cheer. Quand le groupe s’est cassé la figure il a essayé de faire des trucs à gauche à droite puis, un jour, on lui a proposé une tournée avec Blue Cheer au Japon. Bien sûr Paul et moi avait tout de suite été d’accord pour la faire avec lui.

Vous avez également joué avec Shaking Street…

Oui, dans les années 80 aussi. Le groupe était en train de se désagréger car ils avaient perdu leur contrat avec CBS et ils avaient viré leur manager Sandy Pearlman qui était pourtant avec Black Sabbath et le Blue Öyster Cult. Je leur avais dit que c’était une erreur mais je crois que de toutes façons ils en avaient assez. Bien sûr Éric (Lévi, guitariste) est millionnaire aujourd’hui avec son projet Era. Je crois que parfois Shaking Street fait des concerts de réunion avec Ross The Boss des Dictators ainsi que le guitariste de Trust.

Avec quels autre groupes vous sentiez-vous des affinités ?

Il y avait Dio puisque j’ai joué avec Elf et Rainbow. Vous savez il y avait des tas de groupes dans la région où j’étais et quand Dio a rejoint Rainbow, il a emmené les membres de Elf avec lui. Richie Blackmore les a remplacés, j’ai alors travaillé avec le batteur et le bassiste et on a formé Bible Black en 81 avec le chanteur de Jesus-Christ Superstar.

De quels guitaristes diriez-vous qu’ils vous ont influencé ?

Avant qu’il n’y ait tous ces guitaristes de hard rock je dirais Hendrix, bien sûr, Roy Buchanan et Kim Simmonds de Savoy Brown dont j’étais un grand fan quand j’étais jeune. Lui et Hendrix m’ont enseigné la guitare en fait.

Dickie vous a-t-il jamais raconté, parmi toutes reprises du groupe, pourquoi il avait décidé de reprendre « Summertime Blues » ?

C’était une idée de leur producteur Abe « Voco » Kesh. Ils avaient terminé l’album et il leur a dit: « Les gars, il fut qu evous fassiez ce morceau. » Tout le monde l’a regardé comme si il était fou et ils lui ont demandé pourquoi il voulait qu’ils fassent ce morceau. Il leur a répondu: « Faites-moi confiance, si vous faites cette reprise, ça sera un « hit » ! » Ils l’ont fait et, bien évidemment, ça a été un « hit ». C’est une des ces choses qui arrive comme ça.

De toutes façons, Blue Cheer ne faisait pas vraiment partie de la scène des groupes psychédéliques de San Francisco…

Ils n’étaient pas bien vus en effet. C’était le groupe favori des Hell’s Angels par contre, leur « party band » et à chaque fois qu’ils faisaient une fête Blue Cheer venait y jouer. Je crois qu’ils partageaient le même sentiment d’être des hors-la-loi. Et ça c’était quelque chose qui appartenait aux « bikers » plutôt qu’aux hippies.

Comment avez-vous fait la connaissance de Dickie ?

Ils avaient fait un album nommé The Beast Is Back. Leur producteur était un des mes amis et nous étions en train d’enregistrer, avec lui à la batterie, une sorte de compilation de hard-rock nommée Thrasher dans le même studio. Dickie et moi ne nous connaissions pas mais nous aimions pas mal boire tous deux. J’avais une bouteille de Jack Daniels dans la salle de repos que je gardais pour quand je ne jouais pas. Je sortais du studio et j’ai vu Dickie en train de la boire. J’étais pas très heureux mais je lui ai dit qu’il buvait ma bouteille d’une façon qui n’avait rien d’agressive. C’était un gaillard plutôt costaud et avec son franc parler aussi j’ai été assez étonné quand il s’est fendu en excuses. Comme il était si cool je lui ai dit que ça ne faisait rien et on est partis s’acheter une autre bouteille! On a donc commencé par boire ensemble et on e-a passé quelques bons moments ensemble. Trois ans plus tard il est venu avec sa petite amie me voir jouer à New York alors que je faisais partie de Savoy Brown à l’époque. On a bavardé un peu après le concert et il m’a dit qu’il se souvenait de moi. Un ou deux ans plus tard, comme il avait besoin d’un guitariste, il m’a contacté par le biais de mon manager de l’époque Savoy Brown, Harry Goodmann. Il m’a demandé si je voulais faire ne tournée avec lui, j’ai accepté et ainsi a commencé notre collaboration.

Blue Cheer a été surnommé le « power trio » absolu: que pensez-vous de cette définition ?

Je crois que c’est vrai. Quand il y avait cinq membres dans le line-up ça ne collait pas.. Ça n’avait rien à voir avec le qualité des musiciens ou des compositions; il y avait un je ne sais quoi qui faisait que le déclic ne se produisait que quand Blue Cheer était un trio. Paul était un batteur très incisif, puissant et démonstratif, Dickie avait un son qui lui était particulier, il assurait les vocaux : au fond tout ce dont ils avaient besoin était un guitariste. Et puis ils aimaient ce format parce qu’ils étaient influencés par Hendrix.

Cream aussi ?

Un peu moins mais il est certain qu’il appréciait la façon dont Jack Bruce assurait à la basse.

Quand vous faites cette reprise de « Born Under A Bad Sign », sur laquelle vous chantez, elle ressemble un peu à celle de Cream vocalement…

Tout à fait; il m’a beaucoup influencé en tant que chanteur. Avant de jouer de la guitare, j’étais un vocaliste. Ensuite j’assurais les deux mais peu à peu j’ai abandonné les vocaux pour me concentrer sur la guitare. Je fais pas mal de « back up » et Dickie m’encourageait beaucoup à faire les lead vocals et il m’avait convaincu de le faire sur « Born Under A Bad Sign ».

Comment se passait l’ajustement entre guitare, basse, batterie et vocaux ?

Vous savez cette alchimie ne se définit pas. Facilement. La première fois que nous avons joué tous les trois ensemble, ça a fonctionné. Voilà tout. On a immédiatement compris ce qu’on étaient censés faire, comment se situer l’un par rapport à l’autre. C’est quelque chose que vous ne pouvez fabriquer, ça marche ou pas. Les gens s’en aperçoivent, vous savez. Ceux qui aiment la musique remarquent quand ils ont affaire à des musiciens qui travaillent ensemble naturellement, sans donner l’impression qu’ils s’évertuent à le faire.

Vous parliez beaucoup avant de jouer ?

On se réunissait, Dickie venait avec ses idées car c’était le compositeur principal et on les travaillait. On répétait quelques fois, on entrait en studio et on enregistrait. C’est ainsi qu’a été enregistré Highlights And Low Lives qui était l’album favori de Dickie alors que la majorité des gens préfèrent les deux premiers. Je peux comprendre car ils sont excellents mais aussi parce qu’ils ont quelque chose d’emblématique. D’ailleurs on jouait pas mal de ces titres sur scène car on était conscients que les gens souhaitaient les entendre.

Il a bien marché ?

Relativement. Certains critiques ont dit que c’était un des meilleurs albums des 15 dernières années. Pour d’autres, il sonnait trop comme dans les années 80. Blue Cheer, je crois, faisait les choses en tenant compte de l’évolution des choses, mais c’était toujours instinctif sans que l’on cherche de midi à quatorze heures et que l’on s’interroge sur ce qu’on faisait. Après on aime ou on aime pas. C’est comme pour n’importe quel artiste, un peintre par exemple, parfois vous détestez ce que vous faites et c’est pourtant cette oeuvre que le public préfère.

What Doesn’t Kill You marchait assez bien, non ?

Il ne marchait pas trop mal mais vous savez bien qu’aujourd’hui le plus gros problème est celui de l’industrie musicale. Elle ne va pas fort et on nous a souvent dit que si ce disque était sorti en 2001 ou 2002 il aurait marché quatre fois mieux parce que, à cette époque, les gens achetaient encore des disques. Ceci dit, il a eu d’excellentes critiques. Tout ce qu’on peut nous, c’est continuer à faire ce que nous faisons.

Être sur la route…

On adorait ça ! On était dans des petites salles, tout près du public, on jouait fort… Ce sont des expériences inoubliables. Il y a vait aussi des jeunes, les audiences étaient assez mélangées, ils aimaient ce qu’on faisait et ça nous galvanisait en retour.

Et que pensez-vous de la façon dont la musique a changé techniquement avec le numérique ?

Elle a perdu une grande partie de son émotion. Elle a été supplantée par l’importance que l’on donne à la production. Ça n’est pas tant les chanteurs, ni même les compositions, mais les musiciens semblent ne plus être capables de véhiculer ces sensations qui sont si essentielles au rock. Je crois que la technique est en train de tuer l’émotion.

Votre production sur What Doesn’t Kill You a dû être rapide alors…

Ça n’a pas été conçu pour véhiculer un son « live » mais l’enregistrement n’a pris que trois semaines et une semaine supplémentaire pour le mixage. Si vous ajoutez environ trois semaines pour les compositions le total s’élève à presque deux mois.

Il y a également ce DVD…

Oui, c’est un show que nous avons fait en 2008 pour l »Rock Palace », un programme sur une chaîne de télévision allemande. Je pense qu’avec la mort de Dickie, il suscitera un nouvel intérêt mais comme, maintenant, nous ne tournons plus peut-être que notre label ne se souciera pas trop de sa distribution et de sa promotion.

En France nous n’avons jamais eu l’occasion de voir The Blue Cheer « live ».

Oui, en plus nous commencions à avoir de plus en plus de problèmes avec toutes ces nouvelles lois concernant les décibels et la France fait partie des pays les plus stricts. Et nous jouions très très très fort ! (Rires)

Vous aviez été surnommé « le groupe le plus bruyant du monde » à un moment…

Nous étions encore très bruyant, croyez-moi.

À ce propos, qu’en est-il de cette légende disant que Paul tapait si fort sur ses fûts de batterie qu’il était obligé de porter des gants ?

Je vais vous dire ce qu’il en est. Blue Cheer devait jouer au Fillmore West de Bill Graham à San Francisco. Bill venait juste de faire construire une estrade pour batterie flambant neuve. Le roadie de Paul s’est mis à planter des clous entre le devant de la batterie et ce nouveau support. Bill lui tombe dessus et l’incendie en lui disant qu’elle est toute neuve. Le roadie lui répond alors: « Si je ne cloue pas la batterie, elle ne restera pas sur l’estrade ! » Bill Graham a aopiné et lui a alors dit: « OK, si tu dois le faire, fais-le. » Le roadie a donc terminé son travail et, bien sûr, Paul a jouer de la manière qu’il préférait, la plus puissante possible. C’était un batteur très vigoureux mais s’il portait des gants, au départ, c’était simplement pour mieux tenir les baguettes car à l’époque il n’y avait pas ces adhésifs qui permettaient de bien les avoir en main.

Vous restez en contact avec lui, donc…

Oui, je parle avec lui régulièrement. Il est très très abattu Il n’y a pas si longtemps il a fait une cure de désintoxication en France, vous savez. Les Américains n’y arrivaient plus avec lui. (Rires) Ça me touche parce que je l’adore, autant que j’adorais Dickie. C’est une personne très vulnérable ce qui contraste avec la puissance qu’il dégage en tant que musicien.

Il y avait ce même mélange de fragilité et de vigueur dans la voix de Dickie…

Vous avez trouvé la juste formule, parce que c’était exactement ça. Il était robuste dans son approche musicale mais c’était un être extrêmement fragile et sensible également et son timbre de voix en était l’expression.

Qu’en est-il de vos projets désormais ?

Je pensais prendre ma retraite bientôt mais peut-être vaiss-je être obligé de continuer encore un peu et faire autre chose. Je compose des musiques pour la télévision le cinéma plus quelques trucs en studio. Et puis il y a quand même quelques royalties qui tombent de temps en temps, de France en particulier car ils utilisent parfois quelques unes de mes compositions à la télé. C’est ce qu’on appelle de la « light music », ces extraits que l’on entend en arrière plan. Un peu ce que fait Éric avec Era mais sur une échelle bien plus petite.

8 février 2015 Posted by | Conversations, Oldies... | Un commentaire

Rapid Talk: Interview de Sam Andrew (ex-guitariste de Big Brother)

Big Brother & The Holding Company sont surtout connus pour avoir accompagné Janis Joplin sur Cheap Thrills. Ils ne furent pourtant pas que cela; la venue de leur guitariste Sam Andrew permet de reconsidérer à la fois une carrière, mais aussi une époque.

Quelles furent les circonstances de votre rencontre avec Janis ?

Nous étions déjà assez connus dans la scène de San Francisco et nous avions un manager qui avait été à la fac avec elle à l’Université du Texas. Il nous manquait un chanteur et il nous a proposé Janis.

Elle était vraiment professionnelle, elle venait toujours à l’heure par exemple, mais se montrait aussi intelligente et drôle. Il n’y a jamais eu de problèmes vous savez.

Sur Cheap Thrills on trouve un équilibre presque parfait entre le rock psychédélique de la Côte Ouest et le blues.

Nous essayions d’établir un pont entre les deux idiomes et je pense que nous l’avons choisie parce que c’était une chanteuse de blues.

Blue Cheer faisaient un peu la même chose à la même époque…

C’est vrai mais je les vois plutôt comme le premier groupe de métal du monde. Ils sont allés un poil plus loin que nous. Vous savez, ils avaient quelque chose de punk dans leur approche.

« Big Brother » c’était une référence au livre de George Orwell ?

Tout à fait, le Gouvernement et sa bureaucratie et « The Holding Company » était basé sur la façon dont le capitalisme se constituait en « holdings », en multinationales. En même temps, « are you holding », en argot, était une façon de demander à quelqu’un s’il avait de la drogue.

Et puis il y a cette pochette dessinée par Robert Crumb…

Ça allait de pair avec nos visions de la société. On adorait ses personnages. À l’origine cet album devait se nommer Dope, Sex and Thrills; qui d’autre aurait pu l’illustrer ?

Votre reprise de « Summertime » est très singulière, en particulier vos arpèges de guitare…

J’écoutais beaucoup de Bach à l’époque. Il avait composé une suite pour clavier construite sur le même mode mineur Je l’ai ralentie, appliquée à « Summertime » et avons décidé d’interpréter tout le morceau sans utiliser d’accords et en ne jouant que des lignes mélodiques.

Ensuite vous avez étudié le contrepoint…

Tout jeune déjà je jouais de la guitare classique, du pipeau ainsi que de la flute à bec, beaucoup de Bach et de compositeurs du 18° siècle. Parfois c’était déroutant d’être entre ces deux portes. Tout le monde, un jour, est confronté à ce dilemme de savoir jusqu’où suivre les règles et quand obéir à sa sensibilité.

Vous vous sentiez schizophrène à cet égard ?

Bonne question! Ce sont deux choses différentes; dans le domaine du classique les leçons sont à vie mais, tout comme les rockers, ils cherchent à susciter la même chose : la Beauté, l’Émotion.

Comment avez-vous appréhendé la création quand, ensuite, vous avez composé pour des quatuors à cordes ?

Sans doute était-ce une manière de réagir aux excès de la période psychédélique. La contre-culture avait atteint une voie sans issue. Je m’étais dit qu’il me fallait réapprendre certaines bases pour être prêt à ce qui pouvait se présenter ensuite.

À quoi voyiez-vous qu’une ère se terminait ?

Il n’y avait plus d’innovation et les symptômes d’une reprise en main politique se profilaient. Ma démarche a été de me retirer pour réfléchir à ce que pourrait être la prochaine étape.

Tous ces groupes qui avaient une approche fusionnelle ou expérimentale n’avaient-ils rendu le rock trop respectable également ?

Tout à fait! Mais c’est ce qui arrive quand vous prenez de l’âge. Jeunes, on a tous cette envie de mettre à bas ce qu’il y avait eu auparavant. Ensuite, quand on s’aperçoit du rôle qu’on a dans l’Histoire, vient le désir d’être respectable et de se préparer à ce qui suivra. C’est une réflexion que j’ai entamée très vite après Cheap Thrills. Nous sommes devenus plus éclectiques et nous sommes, en fait, rapprochés des traditions musicales comme la chanson française ou les mélodies russes.

Rétrospectivement, comment réévalueriez-vous la drogue comme source de créativité ?

Pour répondre à cette question il faudrait le faire une fois sous l’influence et une fois quand vous avez l’esprit clair. (Rires) Je pense qu’elles ont été un grand facteur d’inspiration au tout début. Ensuite nous avons commencé à trop en prendre et cela a été dommageable pour la musique.

Aviez-vous la sensation d’appartenir à une scène avec le Grateful Dead, Jefferson Airplaine, Moby Grape ou Quicksilver ?

Je les connaissais d’avant qu’ils ne deviennent célèbres et c ‘est vrai que nous avions l’impression que nous pouvions offrir quelque chose au monde, quelque chose issu de San Francisco. Le succès venu, tnous étions tous à travailler et à faire des tournées, aussi cet esprit de clique s’est peu à peu évanoui.

Qu’en était-il de vos relations avec les groupes de Los Angeles ?

C’était différent là-bas. Je crois que nous étions un peu plus aventureux et expérimentaux. Même un groupe comme les Doors était plus ancré dans la tradition. Savez-vous que quand ils sont venus jouer pour la première fois à San Francisco, bien avant d’être connus, l’affiche disait: « La version made in Los Angeles de Big Brother » ? C’était juste parce que, à l’époque, nous n’avions pas de chanteuse… Les Doors n’étaient qu’une extension de la vision poétique de Jim Morrison. Ses disques sont comme des films de Fellini, axés sur la culture européenne d’avant garde alors que nous n’étions qu’un groupe de rock and roll.

8 février 2015 Posted by | Oldies..., Rapid Talk | Un commentaire

Diana Krall: « Wallpaper »

Diana Krall fait partie de cette génération de chanteuses pianistes jazz/pop à la voix chaude, oeuvrant dans un registre sophistiqué et stylé qu’on considère de bon ton et « adult oriented ». Son jeu instrumental est classieux et feutré et ce nouvel opus, composé d’une réinterprétations de ballades pop des années 60 et 70, ne fera qu’accentuer ce goût pour un certain répertoire d’autant qu’elle s’est adjoint la production de David Foster connu pour ses arrangements surchargées et kitsch.

Hormis un inédit de Paul McCartney, il sera facile de reconnaître la plupart des reprises qui restent des standards. The Eagles (« Desperado », « I Can’t Tell You Why ») sont de la partie tout comme Elton John (« Sorry Seems To Be The Hardest Word »), 10cc et leur « I’m Not in Love ») ou « Don’t Dream it’s Over » de Crowded House.

Il serait difficile de gâcher ces ballades et Krall a le mérite de dénicher une valse country obscure de Dylan et de reprendre Randy Newman (ou plutôt la version que fait Linda Rondstadt de « Feels Like Home »). Les deux s’insèrent parfaitement dans cette opulence à l’inverse de « California Dreaming » des Mamas & Papas et du « Superstar » de Leon Russell qui pêchent par la pauvreté évocatrice dans la voix de Krall.

Wallpaper porte bien son nom ; il fera office d’arrière fond sonore à la cible qui est celle de Krall. On regrettera une non prise de risque qui se serait traduite par une occasion de faire connaître des trésors enfouis ou de donner aux classique repris une nouvelle signification.

**1/2

8 février 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Dotan: « 7 Layers »

Dotan Harpenau, ou Dotan, est un auteur-compositeur hollandais dont le répertoire le situe proche d’artistes comme Jose Gonzales ou Bear’s Den. 7 Layers est le titre de son « debut album » et c’est un disque aux tonalités atmosphériques bien précises, toutes axées vers la tranquillité.

Les ingrédients y sont simples ; une voix chargée d’émotion, une guitare sèche, quelques percussions et « backing vocals ». La six cordes acoustique est chaleureuse et, dès l’ouverture sur « Let The River On », elle introduit un climat intimiste folk-pop qui, telle une combustion lente, se fraie peu à peu un chemin jusqu’aux oreilles.

Les compositions gardent l’attraction d’une bonne pop-song («  Hungry » ou la chanson titre) mais les morceaux phares seront un « Fall » qui, partant d’une mélodie immédiate, se déploie peu à peu grâce à un chorus ample et des vocaux qui résonnent.

L’autre composition de choix sera « Home II » qui suivra « Home » et débouchera sur un climat plus robuste montrant combien Dotan est capable de combiner le rugueux et le lisse, le déterminé et le feutré et nous offrir des moments qui sont assertifs et intimistes à la fois.

Les autres titres, « Swim To You » et « It Gets Better » voient Dotan passer de le la douceur au folk-rock et nous montre un parçu de ce qu’on pourrait attendre du chanteur. Pour l’instant, 7 Layers est le prototype de premier album, encore encombré de certaines références mais dont on peut sentir qu’il veut et peut aller plus loin en matière d’originalité.

***

8 février 2015 Posted by | Quickies | | Un commentaire

Rapid Talk: Interview de Prima Donna.

Ils sont punks ou, tout simplement, rockers ; toujours est-il que Prima Donna fait partie de la scène du Sunset Strip de Los Angeles depuis 2003. Ils y ont injecté depuis un peu de « glam » et leur nouvel album, Nine Lives And Forty Fives, ne nous fait pas mentir à cet égard. Ils sont, une fois de plus, prêts à tourner, peut-être même en Europe où leur chanteur/guitariste Kevin Preston étendrait bien à nouveau son rayon d’action.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Nous fréquentions les mêmes réceptions et allions aux mêmes concerts à Los Angeles. J’avais composé des titres qui sonnaient comme une rencontre entre The Sonics, The New York Dolls et X-Ray Spex. Je savais que j’avais besoin d’un batteur et d’un clavier. J’ai croisé David S . Field (batterie) et Aaron Minton (saxo, claviers), ils convenaient parfaitement.

Vous avez quitté les légendaires The Skulls pour former Prima Donna ; qu’est-ce que ça vous a fait ?

Ça n’a pas été évident de me séparer d’eux mais j’avais commencé quelque chose avec Prima Donna et je savais que je ne pouvais pas assurer les deux.

Nine Lives And Forty Fives a été enregistré en Italie et à Los Angeles ; comment cela s’est-il goupillé ?

Quelques morceaux ont été travaillés au studios Real Sound à Milan mais la plupart l’ont été au Kitten Robotà Los Angeles à des moments différents car nous tournons beaucoup. Je me sens beaucoup plus à l’aise pour les vocaux quand je suis à Hollywood aux studios Tone Duff et la grande majorité y a donc été enregistrée.

Vous tournez constamment depuis des années et avez partagé l’affiche avec des grands noms du rock et du punk. Comment compareriez-vous une tournée avec Green Day si on considère vous débuts plus discrets ?

Notre premier tour en Europe a eu lieu en 2005 avec Texas Terri. On était encore des mômes ; on a déconné grave, bu beaucoup et tout ce qui va avec. Rien ne vous aurait supris d’autant que, durant les concerts, l’audience était toujours très près de la scène. C’était stupéfiant mais génial car ils ne voulaient pas nous laisser quitter la scène tant qu’ils n’avaient pas eu la totale. C’est grâce à cela et à Texas qu’on a appris les ficelles du métier et à faire les choses comme elles se devaient d’être faites.

Vous pensez faire quelques concerts avec The Skulls à nouveau ?

On s’est retrouvés il n’y a pas très longtemps pour animer quelques « parties ». C’était assez « fun » et le temps n’a pas semblé avoir de prise sur nous car on a renoué très vite le lien musical On fera sans doute un « reunion tour » cette année.

Vous jouez aussi dans le projet alternatif de Green Day, Foxboro Hot Tubs. Comment les choses se passent-elles ?

On a fait quelques concerts pour le SXSW. Depuis 2008, on se retrouve chaque année pour faire au moins un spectacle. C’est toujours un moment super car ce sont des shows spectaculaires et sauvages où on arrive toujours quand on ne nous attend pas.

Et dans l’immédiat, quels ont vos plans ?

Repartir sur la route, c’est toujours notre priorité. On va aller à Sundance pour l’édition 2015 et avons quelques shows de prévus avec The Dictators puis quelques projets pour l’Asie et Londres. On aimerait aller aussi en Amérique du Sud. On existe pour jouer « live » ; on se détermine toujours par rapport à ça. Il n’y a pas mieux que de voir le monde à travers les yeux du rock and roll !

8 février 2015 Posted by | Rapid Talk | Laisser un commentaire

The Subways: « The Subways »

Déclarations péremptoires de Billy Lunn ouvrant ce quatrième album des Subways sur un registre proche de l’admonestation : « Tout ce qui avait de l’importance pour moi se trouve ici » suivi d’un « Tout ce que j’ai toujours voulu être ne veut plus rien dire pour moi ». Il semblerait que le groupe ait à coeur de signifier sa réinvention au moyen de disques qui aient un titre éponyme.

Disparus sont ceux qui abordaient une attitude de rockers prétentieux, à leur place on trouve un combo aux acrobaties énergiques et plines d’espoir. « Taking All The Blame » tournoie sur un mode folk enlevé où Lunn et Charlotte Cooper superposent leurs vocaux avec une précision d’horloge alors que le garage punk délivré sur « Twisted Game » voit ce mariage s’éparpiller en désaccords restant néanmoins sereins sur des cris de frustration. « Because Of You (Negative Love) » est un moment d’émotion intense dont le chorus vous hantera et vous mettra sur les charbons ardents, et « Good Times »qui suivra fera montre d’un allant qui ne pourra que vous faire frétiller des hanches.

The Subways rassemble 12 morceaux qui sont autant d’idées audacieuses et vivifiantes. Il nous présente un trio capable de se ressourcer de manière assurée. Le groupe évoque ce qu’est se mettre en situation de défi représente et célèbre le fait d’être capable de prendre chacun des virages que sa démarche entraîne, même les plus tordus. Sur « We Get Around », Lunn éructe « You’re the Saviours of Rock and Roll » suivi immédiatement par un rire moqueur de Cooper. Mais cela n’empêchera pas le trio d’embrayer sur ce « Twisted Game » qui nous enjoint de nous réveiller.

Aucunes enjolivures ne figurent ici car elles pourraient nous distraire de l’immédiateté de l’album. The Subways est un bras d’honneur adressé à ceux qui ne croient en rien ; c’est une célébration de la possibilité que chacun a de se réapproprier ce qu’il est et si le disque se termine sur « Is That Enough ? » la réponse sera immanquablement : « Non, on en veut encore ! ».

***1/2

8 février 2015 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire