Bettye Lavette: « Worthy »

La carrière de la soul singer Bettye LaVette est remarquable de par ses nombreuses circonvolutions, ses échecs mais aussi ses triomphes. Elle est, en fait, bien plus fascinante que celle d’autres grands noms de la soul car elle est à mettre en parallèle avec les directions artistiques qu’elle a choisies.

Ainsi, après des années à essayer de percer dans le R&B, elle s’est tournée vers le producteur Joe Henry et un label iconoclaste, Anti-, pour donner une nouvelle orientation à sa musique. Sur ce nouvel opus, Worthy, elle s’attaque à des reprises tirées du monde du rock, du folk et de la country et va s’employer à les filtrer au travers du prisme de sa voix chargée d’émotions pour en faire des classiques blues, jazz ou soul. Ceci est son cinquième effort sur un registre similaire et elle parvient à revisiter l’Americana à sa manière, et ce de façon splendide.

Ici, Joe Henry est à nouveau de la partie depuis I’ve Got My Own Hell to Raise en 2004. Les chansons réunies par eux deux ne se préoccupent pas des concepts des disques précédents et lesdeux artistes se sont entourés de musiciens compétents (le guitariste Doyle Bramhall II et deux fidèles de Henry, Jay Bellerose et Patrick Warren) capables de mettre en valeur sa voix de crooner érodée par le temps.

« Complicated » des Stones adoptera ainsi une cadence roulante et rauque, le « Wait » des Beatles se transformera en ballade acoustique dépouillée, « Bless Us All » de Mckey Newbury deviendra un « torch song » enfumé et le « Stop » de Henry une pavane sexy et moulante.

LaVette reprend également des noms moins connus : un « Where a Life Goes » de Randall Bramlette interprété avec une dignité tranquille, The Amazing Rhythm Aces dont le « Just Between You and Me and the Wall, You’re a Fool » deviendra une ballade blues ou « Undamned » de Over the Rhine métamorphosé en improbable refrain soul.

Une inconnue aura également les honneurs de LaVette, Chistine Santelli et un « Step Away » très R&B mais la chanson titre viendra de Mary Gauthier aidée qu’elle a été de Beth Nielsen Chapman. Ce sera un exercice exemplaire tant par son choix que par l’attitude qui caractérise l’itinéraire de la vocaliste. N’a-t-elle pas été, en effet, toujours à la hauteur (« worthy ») de ce que l’on attendait d’elle ? Bref, il s’agit ici d’une bien éclatante métaphore.

****

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s