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Father John Misty: « I Love You Honeybear »

Pour annoncer l’arrivée de son nouvel album de manière audacieuse ; Josh Tillman (ou plutôt ici Father John Misty) a choisi une approche singulière puisqu’il l’a fait en apparaissant au Late Show With David Letterman, devant une grand orchestre, et chantant comme un crooner un « Bored IN the USA » qui figure sur son second opus, I Love You Honeybear. Si on ajoute qu’il s’était lové comme un chat sur le piano à queue avant d’adopter la position de l’homme en prière pour plaider un « Save me White Jesus », on comprendra que cette adresse à la Nation ait fait couler de l’encre, autant dans son fond que dans sa forme, une ballade satirique ambitieusement luxuriante interprétée par un personnage échevelé en habit de playboy.

Le contenu de I Love You Honeybear confirmera toutes les craintes (ou les espoirs) qu’on a pu avoir à l’issue de cette prestation. C’est un album qui évoque, et même égale, des personnes comme Glen Campbell et son Reunion: The Songs Of Jimmy Webb ou le No Other de Gene Clark. Tillman a créé une panoplies de standards pour « singers songwriters » teintés de country, si somptueusement arrangés qu’ils frôlent le mélodramatique. Ce qui rend la chose différente c’est le mordant qu’il met dans ses textes.

Une peu comme Will Oldham utilise son alias Bonnie « Prince » Billy, le pseudo de Father John Misty a permis à Tillman de se dérider et d’écrire les titres les plus charnels, acerbes et, chose surprenantes, les plus imprégnés de manque amoureux de sa carrière. Nous avons à faire à une collection de chansons d’amour composées par une personne qui semble incapable d’écrire de façon directe un titre qui vous mettrait la larme à l’oeil. « Chateau Lobby #4 (In C for Two Virgins) » est une demande en mariage étourdie émanant d’une personne poussant la « maladresse » de demander à sa bien-aimée de soulever sa robe de mariée dans laquelle « quelqu’un a probablement été assassiné » ; que ce soit la chanson phare de l’album en dit long sur ce qui se joue chez « John Misty ». Un titre comme «  When You’re Smiling And Astride Me » (Quand tu souris en me chevauchant) parle de lui-même également ce qui fait de I Love You, Honeybear un disque dont on se délecte pour son côté kitsch, outré et son jeu sur le mauvais goût. Bref un opus qui ne peut que faire sourire avec amusement et bienveillance celui qui connaîtra bien les canons qui régissent la société américaine et qui gardera foi en Father John Misty.

***1/2

1 février 2015 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

The Lone Bellow: « Then Came The Morning »

Quand un groupe virtuellement inconnu sort un premier album surprenant, l’éponyme Lone Bellow en 2013, le « follow up » peut présenter un problème, le fameux « sophomore slump » quine le voit ne pas retrouver son imagination première, puis vivre ensuite sur une inspiration née de ce disque initial.

Quand vous être à la fois la vocaliste et la compositrice, cela couvre un large territoire surtout si, en général écrit un an plus tard après tournées, concerts et routes parcourues dans des vans peu confortables, il est difficile de retrouver chance, feu et charisme des débuts. On peut alors, ressasser la même chose car on a peur du changement ; heureusement une petite partie de ces groupes se reposent sur ce qu’ils ont su établir pour faire quelque chose de nouveau et de frais. Then Came The Morning va faire partie de cette catégorie.

Il est vrai que Lone Bellow a bénéficié du concours de Aaron Dessner de The National pour produire l’album et celui-ci a étoffé le son en y ajoutant cuivres, claviers et cordes. La majorité des titres subissent ce traitement ce qui a pour effet de rendre d’épaissir le son sans pour autant surcharger. Ma signature sonique du combo. Celle-ci repose sur les voix de Zach Williams, du joueur de mandoline Kanene Pipkin et du guitariste Brian Elmqist. Les harmonies fastueuses du trio montent aux bons endroits (« Marietta »), opèrent une pause aux bons moments (« If You Don’t Love Me ») et demeurent l’élément central de chaque composition. Même quand le combo abandonne les tonalités country complètement pour un refrain gospel-rock plus déchiqueté comme sur « Heaven Don’t Call Me Home », les voix semblent encore parfaitement appropriées à la tâche.

Une myriade de groupes de fol-rock-country est apparue sur le devant de la scène ces derniers temps. Des combos comme The Civil Wars, Trampled By Turtles ou The Lumineers ont redécouvert des harmonies à deux ou trois voix, un songwriting franc du collier et l’instrumentation américana traditionnelle. The Lone Bellow ne sont certainement pas les premiers mais, à l’écoute de leur musicalité, ils figurent déjà parmi les meilleurs et les pourvoyeurs les plus intéressants de cette résurgence.

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1 février 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Jake Xerxes Fussell: « Jake Xerxes Fussell »

Sur son « debut album » éponyme, Jake Xerxes Fussell sonne comme un explorateur. Il est vrai qu’il est le fils d’un folkloriste qui a fait des recherches documentaires sur la culture vernaculaire du Sud-Est des États-Unis et que, sur un autre registe, il a travaillé avec des bluesmen et joué dans des groupes country.

Il a étudié également les cultures du Sud à l’Université du Mississippi et a enregistré avec le Révérend John Wilkins avant de sortir ce premier opus produit par le guitariste William Tyler et avec Mark Nevers comme ingénieur du son.

Toutes ces activités lui ont donné une curiosité de vagabond, chose qu’il a parfaitement su traduire dans ce premier disque qui chemine de manière lache et détendue au travers des idiomes folk et blues.

« Let Me Lose » embrasse la liberté qu’engendre ces pérégrinations, cette faculté qu’elles permettent de mettre de côté les fardeaux dont on n’a pas besoin de s’encombrer au moyen d’un rythme en shuffle et d’un travail de guitare en roue libre. « Star Girl » est un refrain pastoral doux amer auquel la pedal steel et la voix posée donne ce climat de solitude si approprié qui contrastera joliment avec un « Raggy Lady » enlevé et poussiéreux ou l’atmosphère ombragée de « Boat’s Up the River ».

Jake Xerxes Fussell se promène ainsi à travers ces traditions mais leur offre également de nouveaux horizons. Il y a, certes, quelque chose de presque scolaire au coeur de son approche mais avec la connaissance qu’il possède du folk et du blues et l’influence de Tyler et des autres qui le poussent à aller plus loin, il y a toujours un sentiment de découverte que pourrait procurer des cheminements entamés au hasard des routes qui donne un esprit particulier à l’album.

Malgré cette longue histoire, Fussell parvient à émerger en tant que nouvelle voix, fraîche et vitale ; un chanteur et musicien qui semble ne pas avoir son pareil pour porter cette torche loin et longtemps.

***

1 février 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Aqualung: « 10 Futures »

Aqualung n’est nul autre que le singer/songwriter et également producteur Matt Hales dont le nouvel album mérite d’autant plus une écoute que 10 Futures intervient après qu’il se soit imposé un exil de cinq ans après avoir quitté le Sud de Londres pour s’installer dans les collines ensoleillées de la région de Los Angeles.

10 Futrures est un album parfaitement façonné pour nous offrir des paysages sonores énigmatiques. C’est un album de musique progressive, adult oriented certes mais pop dans la mesure où les mélodies sont très accrocheuses et mêlent soul et jazz avec cette electronica dépouillée qui a fait la réputation de groupes comme The xx ou London Grammar.

Chaque composition va mettre en valeur un style, avec la risque que certains puissent être familiers à certains mais totalement inconnus d’autres. On n’aura aucucune peine , néanmoins à s’identifier aux tonalités légèrement R&B de « Tape2tapes » avec Joel Compass, au timbre pop et positif de « Be Beautiful » avec Luke Sital-Singh où au folk ambient de « Clean ».Le « single » « Eggshells », lui, mettra l’accent sur une soul modernisée, teintée d’électronique et produite par Matt Lawrence de Disclosure qui rend donc la politesse à Hales.

En tant que producteur, Hales a travaillé avec Mikki Ekko et ce dernier participe également à certaines compositions basées sur des enregistrement pris sur le vif en extérieur. Ce sera la seule particularité de ce disque que d’être basé sur des sons qui sont issus d’autres sons ; pour le reste 10 Futures ne sera ni plus ni moins qu’un disque à écouter en arrière fond sans qu’on s’y implique véritablement.

**1/2

1 février 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire