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Pinkshinyultrablast: « Nothing Else Matters »

Il y a une très belle comparaison à faire entre des étendues désertiques mornes très souvent en-dessous de zéro de température et illuminées par la faible lueur d’un soleil caché et la particularité qu’ont certaines excusions shoegaze. Aucun chemin clair ne s’y discerne pour nous indiquer une direction qui nous soulagerait ; les deux s’engagent dans une direction à l’intensité qui nous écrase et qui n’est apaisée que par le charme intérieur et vacillant qu’on peut distinguer dans ses moirages.

Oeuvrer dans le revivalisme est une entreprise délicate car on s’expose très vite au risque d’être perçu comme une copie conforme. La seule solution viable est de s’emparer du style qui vous convient, ne pas tenter de l’édulcorer ou de le moderniser et de le jouer comme le dictent votre sensibilité et votre environnement.

C’est des frustrations qui sont issues d’un paysage dévasté et d’une scène indie ne bénéficiant d’aucun soutien qu’est né Pinkshinyultrablast, un groupe de cinq musiciens originaires de Saint Petersbourg. Leur « debut album » est donc un double défi adressé qu’il est à un cadre qui fait tout pour les estomper ; on comprend qu’il se manifeste par une musique débridée qu’aucune entrave ne peut domestiquer.

Pédales « fuzz », vocaux qui se fendent pour révéler une splendeur chorale et une obsession shoegaze consolidée par, d’un côté une fixation pour des synthétiseurs Krautock drus et secs et, de l’autre, par une volonté d’aller vers les expérimentations classiques à la Terry Riley et Philip Glass. Le résultat en est celui d’une beauté angélique lumineuse qui s’insinue profondément dans une complexité bruitiste façon My Bloody Valentine.

Nothing Else Matters oscille ainsi au travers d’une dynamique où alternent le calme et le bruyant, les loops pleins de douceur de « Metamorphosis » ou les tempos épiques et carillonnants de « Marigold ». Que chaque morceau puisse être extrait de l’album et plongé dans un mix 90’s sans sonner dénaturé en dit long sur ce combo. Si beaucoup de groupes travaillent sous cet angle, Pinkshinyultrablast fait partie des meilleurs. Que cela soit sur leur premier disque, mérite d’être souligné.

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30 janvier 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Milo Greene: « Control »

Deuxième album que ce Control pour Milo Green combo indie originaire de Los Angeles qui, ici, sort de sa zone de confort initiale pour adopter un style plus enlevé et une « vibe » danasante héritée des 80’s.

Ses quatre membres, Marlana Sheetz, Robbie Arnett, Graham Fink et Andrew Heringer, se partagent les compositions et les vocaux ce qui leur permet de créer une série de chansons possédant significations, vocaux et émotions qui leur sont propres. Le titre du disque symbolise à merveille la manière dont le groupe garde, à cet égard, la maîtrise des directions prises.

Ce « sophomore album » vient après un hiatus de 4 ans et beaucoup de choses ont changé, soniquement mais aussi lyriquement. Auparavant leur musique avait une tonalité indie-folk d’où on notait des ballades emplies de sérénité. Depuis, cinq « singles » sont passés par là et des titres comme « One the Fence », « Lie to Me » ou « White Lies » ont des accents plus enlevés et teintés de groove. Le premier morceau en particulier a une mélodie accrocheuse très pop qui rapplera la musique qu’on entendait dans les films des années 80.

Mais Control ne se contente pas de ce type de climats. « Parent’s House » et « Royal Blue » sont des chansons d’amour douces et relaxantes et leurs conclusions (percussions en arrière plan, guitare légère et piano) prennent un ascendant permettant un final plein de puissance.

Voilà un disque plaisant à écouter même si il ne brille pas par son originalité. Les références aux années 80 ne s’avèrent pas trop appuyées et il est facile de noter le soin et la créativité qui ont été au coeur de cette entreprise. Le contrôle est donc le maître-mot d’un album qui réussit ce qu’il planifie mais qui, peut-être dans le futur, s’autorisera plus de fantaisie.

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30 janvier 2015 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Jim White vs. The Packway Handle Band: « Take It Like A Man »

Le bluegrass n’est pas la première chose qu’on s’attendrait à entendre de la part de ce légendaire chanteur excentrique qu’est Jim White. Pourtant, après avoir vu son documentaire Searching for the Wrong Eyed Jesus à la BBC, Packway Handle s’est mis à sa recherche pour qu’il produise un album. C’est alors qu’ils se sont aperçus qu’il avait une cachette secrète, faite d’influences bluegrass datant de sa période adolescente. Ainsi est né cet opus, Take It Like A Man.

Ce qui ne sera pas surprenant par conte c’est qu’il ne s’agit pas ici d’un disque de bluegrass traditionnel et direct. ; le résultat final en sera, en effet, une joyeuse collision de styles qui apporte un peu de sève à ces mélodies jolies et cool qui décorent une musique d’ordinaire assez collet monté.

Le banjo qui ouvre l’album sur «  Smack Dab in a Big Tornado » vous apportera un faux sentiment de familiarité ; les textes sont du plus pur « southern gothic » et la tonalité est celle d’un frénétique refrain hillbilly. L’accroche est décisive tout comme sur « Jim 3:16 » qui n’est certainement pas une chanson revivaliste religieuse typique de l’idiome bluegrass. Comparer un bar à une église qui sert de la bière résume la chose et ce côté mécréant sera en outre amplifié par une trompette et un euphonium qui se substituent à une fanfare de l’Armée du Salut qui marque la décision de White de préférer le bar à la « Maison de Dieu ».

« Paranormal Girlfriend » est probablement le titre le plus proche d’un classique bluegrass, mais, même sur celui-ci, deux ou trois passages montrent qu’un sourire ne quitte jamais les lèvres de White. Le reste de l’album garde cette facette enjouée ; « Sorrows Shine » interprété au banjo avec de magnifiques harmonies rappellera Gram Parsons et cette élégie qui voit un chanteur rock prêtant hommage à la musique avec laquelle il a grandi est de toute beauté.

La seule composition co-écrite avec Packway Handle ; « Corn Pone Refugee », sera une danse interprétée à plus de 100 à l’heure avec guitares et banjos joués si vite que les musiciens semblent s’éclater plus qu’il n’est permis ; ou du moins plus que le Seigneur ne l’autorise.

Même si le disque se termine sur « Sinner ! » on comprendra que c’est un clibn d’oeil adressé à qui écoute. Jim White est parvenu à subvertir l’univers bluegrass avec une parfaite maîtrise ; il n’est pas étonnant qu’il sorte vainqueur de ce Jim White vs. The Packway Handle Band.

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30 janvier 2015 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Noveller: « Fantastic Planet »

La musique de Noveller a quelque chose de magique. Elle vit en un lieu particulier, très spécial loin des férocités du monde. Ses carillons légers flottent, impalpables, dans les airs avant qu’un doux bourdonnement s’écoule en mince filet délavé sur cet univers sonore. Fantastic Planet est ainsi une île paradisiaque instrumentale dont le paysage est doucement cadencé comme si la lumière du soleil y était éternelle et incitait au farniente.

Ainsi s’ouvre le disque avec un « Concrete Dreams » qui s’emploie à donner corps à cette songerie. Les harmonies sont naturelles et semblent s’enfouir dans la chaleur texane puisque c’est de là que vient Sarah Lipstate. On restera alors ces moments qui y semblent en suspension, comme ce climat du Sud qui s’arrête figé qu’il est par la poussière.

Fantastic Planet est aussi de cette nature, mais il la rend paradisiaque tant ce qui émane de la guitare électrique de Lipstate est fécond de gouttelettes apaisants et d’échos assourdis. Elle utilise à merveille le sustain pour y greffer des éclairs de reverb qui accompagne des synthés aux teintes écarlates et comme injectés de sang et sa musique nous emmène alors vers des mystères dissmulés par des voiles inconnus, fait de cette engeance qu’on ne veut pas lever de crainte de la perdre.

L’attirance du vide car celui-ci est teinté de tendresse, d’une rythmique chaloupée qui enveloppe avec des accents subtils et méconnus et ces drones contrôlés émergeant pour nous tenir en bride et en haleine.

Le rythme est, en effet, partout et pas seulement dans les percussions. Les mélodies ont leurs propres tempos ; par exemple dans les harmonies qui s’ouvrent et s’installent dans l’espace comme des métronomes, des rythmiques éparpillées en tous endroits de l’album comme une végétation peuplant la terre.

Des lignes ascendantes et descendantes à l’arrière plan aident à tranquilliser les tonalités, induisant un léger sommeil (« In February ») alors que la précision d’une basse profonde donne clarté et focus aux drones obscurcis qui brillent faiblement juste sous la surface. L’image est celle de vaguelettes créées par un caillou sur des eaux sereines et « ambient » avec cette mélodie dorée qui flotte aux côtés d’une percussion boueuse aux échos lointains.

Fantastic Planet est un endroit étrange et spacieux vers lequel il est aisé de se rendre pour voyager vers des mélodies pétillantes sises à distance, claires et immaculées, errant dans des allées reculées ou la lueur viendra de néons étouffés. L’une d’entre elles, parfois, se fera cristalline mais ce sera sur fond de reverb fantomatique traçant une ligne qui débouchera sur une autre mélodie, sablonneuse et empoussiérée par un désert où règne la confusion.

Dire de cette musique qu’elle est enchanteresse est un pléonasme tant elle illumine un monde où même l’obscurité suscite notre émerveillement. Noveller peint une multitude de textures et de paysages soniques sur un album qui est à la fois labyrinthique dans son spectre et contrôlé dans sa conception. Il n’est que de percevoir les synthés sur « Sisters » pour franchir cette frontière vers une musique électronique dont le mécanisme est parfaitement huilé mais la « soul » n’est jamais bien loin, y compris dans ce schéma « ambient » plus robotisé.

L’espace restera toujours celui d’une reverb qui accentuera une hantise dont on ne veut se détacher. Celle-ci sera alors distorsion ou piliers bruitistes colossaux dont le fracas résonnera, terrifiant, quand ils s’écrouleront au sol ; entrera alors en jeu une mélodie mystique épaulée par un rythme de percussion constant. Cet alliage désintègrera nuages et poussière sur un « Pulse Point » ou les synthés seront acérés comme des rasoirs pour trancher dans le flou. Nous serons alors au bout de ce périple où nous contempleront une planète fantastique dont les feux ne cesseront pas de nous fasciner.

****1/2

30 janvier 2015 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire