« Une Nouvelle Inspiration ». Interview de Caribou

Cela fait environ dix ans que Dan Snaith a dû changer de patronyme pour adopter « Caribou » en raison d’une homonymie avec le punk rocker « Handsome Dick » Manitoba. Il est malaisé de savoir l’effet que cela a eu sur l’évolution de sa persona créative mais il lui a fallu 12 ans et six albums pour qu’il sente assez en confiance et décide de faire de lui le personnage principal de sa musique. Jusqu’à présent son rôle avait été celui de l’auteur de studio invisible, sortant disque après disque de pop expérimentale si méticuleusement arrangée qu’il était facile d’oublier qu’on en savait peu sur Snaith. Après l’inattendu succès commercial de Swim sur les dance floors en 2010, il a pris un nouveau détour créatif et a ajouté des nuances de R&B contemporain et de soul classique à sa palette. En même temps, juste au moment où Our Love est plus ouvert, il semble lui-même vouloir partager un peu plus de lui à son audience. Snaith nous explique ici la contradiction inhérente au fait de se trouver soi-même en se dévoilant sans faux-semblant.

Pensez-vous que le succès de Swim a modifié votre démarche sur Our Love ?

Oui, cela m’a permis de me connecter aux gens d’une manière différente par rapport à mes disques précédents. J’ai donc décidé très vite de faire un album qui était pour mon audience ou avec mon audience explicitement en tête quand j’ai commencé à construire des morceaux. C’est quelque chose que je n’avais jamais fait auparavant. J’ai toujours occulté l’idée que quelqu’un d’autre que moi pourrait écouter mes productions. Cette fois, j’avais beaucoup plus intégré le processus de faire un disque, le son était plus propre et numérique. La palette était à deux dimensions et les sons comme du verre, le tout inspiré par la R&B contemporain. Je suis parvenu assez vite à ce côté virginal et je crois que on l’entend par moments le long du disque. Mais, durant ce développement, l’additions de cordes et de sons plus chauds en analogique et lui a donné un aspect hybride, quelque chose de plus organique et moins immaculé.

Comment le fait de prendre en compte votre public a-t-il influencé votre approche du « songwriting » ?

Je suppose que beaucoup de gens en entendant ça me demanderaient : « Mais, n’est-ce pas ce que vous êtes censés faire ? » Vous n’êtes pas supposé penser aux gens et faire le musique qu’ils souhaitent. Ça fait de vous quelqu’un qui se vend ou qui fait des compromis artistiques. Je n’ai jamais fonctionné ainsi. Je n’ai pas fait de la musique avec l’intention de plaire au maximum de personnes ou d’être aussi populiste que possible mais en ayant conscience de ce qu’ils attendaient.

Si vous écriviez dans le perspective d’essayer de plaire à votre audience, comment faisiez-vous pour deviner ce qu’elle voulait ?

Ce n’était pas comme si j’avais un panel imaginaire sur lequel je m’appuyais et à qui je demandais ce qu’ils désiraient entendre. J’étais plus dans l’optique de faire une musique qui soit généreuse. Il y en a où vous avez la sensation que son auteur est ironique ou artificiel de manière délibérée ou qu’il construit quelque chose où ils ne vous donnent ou ne vous disent pas tout. Je voulais avant tout faire une musique qui, espérais-je, avait une chaleur qui montrait que j’essayais de communiquer réellement avec autrui. Je penses que c’était cela avant tout.

Quel rôle a eu, selon vous, le fait de changer le nom de votre projet de Manitoba en Caribou à vous faire prendre cette conscience si tardivement ?

C’est une question intéressante. Les gens me demandent souvent : « Avez-vus changé d’identité musicale quand vous avez modifié votre nom ? » Je répondais : « Non, j’avais juste besoin d’un nom pour ma musique. » À cette époque je n’avais pas le pseudonyme de « Daphni » (le projet orienté « dance » de Snaith), n’avais qu’un seul objectif, la musique que je faisais et elle avait besoin d’un nom. Je crois que ce qui m’a manqué jusque là, et même si je suis fier de ce que j’avais fait auparavant, est la confiance. Mes premiers albums étaient plus axés sur un genre qui regardaient vers la musique psychédélique des années 60. Ça n’est qu’avec Swim que j’ai réalisé à quel point elle sonnait contemporaine. Cela me plaisait car tous mes héros avaient toujours tenté de faire la musique la plus contemporaine possible, que ce soit Miles Davis ou Stevie Wonder. La sonorité était moderne et, j’espérais qu’en entendant le disque on remarque touts ces références qui sont si importantes pour moi. Cela, je l’ai acquis avec la confiance.

Vous êtes devenu père juste avant l’enregistrement de ce disque ; cela a-t-il joué dans le fait que vous ouvriez à parler plus de choses personnelles ?

Absolument, ça a transformé mon existence sur tous les plans. Le fait de voir ma fille grandir etde passer beaucoup de temps avec elle a modifié ma relation avec les autres personnes de mon entourage. Vous terminez par passer plus de temps avec eux, vous faites des choses habituelles comme vous balader dans un parc au lieu de passer le plus clair de vos heures enfermé dans un studio. J’étais vraiment un acharné du travail et cela fait partie de ma personnalité. Cela m’a exclu du monde et aujourd’hui j’y remédie du mieux possible grâce à ma famille.

Pensez-vous avoir une autre appréciation de votre rôle en tant qu’artiste depuis ce nouvel album ?

C‘est sans doute une question de confiance mais ce que j’ai intégré le plus ay fil des années est que, une fois le disque terminé, je n’avais plus mon mot à dire là-dessus. C’était flagrant avec Swim où des gens venaient me voir après un concert et me disaient : « Quand j’ai entendu ce titre à Ibiza, ça a signifié quelque chose dans ma vie personnelle. » Ça n’a rien à voir avec moi mais ce type feedback m’apporte beaucoup et je me suis mis à l’apprécier. Des gens dont la vie est différente de la mienne ont intégré cet album dans leur existence et celui-ci avait pris une autre valeur. Plus jeune, à l’époque de mon premier disque, je faisais un truc et disais : « C’est à moi et vous ne pouvez rien y changer. » Je voulais garder le contrôle de la musique même quand elle était sortie et entendue partout. Ces impulsions sont plus rares aujourd’hui et j’aime que mon art voyage dans le monde. Une partie de plaisir est de voir ce qui se produit alors.

Ça a donc été un processus d’apprentissage que de prendre de la distance et de laisser les gens s’emparer de votre musique selon leurs propres termes ?

Absolument. C’est pour cela qu’il m’a fallu beaucoup de temps car j’aurais dû très vite comprendre que l’importance résidait en l’impact que ce que je faisais appartenait aussi au public. Faire de la musique tout seul c’est génial, mais la magie c’est quand les gens l’écoutent. Aujourd’hui je pense avoir assez confiance en moi pour lâcher prise et mettre dedans le maximum de mo.i Je l’ai fait peu à peu et il n’y a eu aucune catastrophe. Un bon exemple est ma façon de chanter. Il y a 10-12 ans je ne le faisais pas et les premiers titres sur lesquels je chantais ne comportaient que quelque bribes de ma voix cachées derrière de la reverb et d’autre nappes vocales. Cela m’a lentement amené à un point où je me sens à l’aise avec elle au point de ne plus être inhibé par des problèmes d’angoisse et d’égo.

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