No BS: Just Rock & Roll!

Tant qu'il y aura du Rock!

Rapid Talk: Interview de Alvvays.

« Je n’ai vraiment pas peur d’utiliser un mot commençant par la lettre P » , déclare Molly Rankin la chanteuse de Alvvays, un quintet basé à Toronto. Il est vrai que le groupe s’est habitué à être catégorisé comme étant un combo de « jangle pop » (pop aux guitares en carillon) mais, au lieu d’écarter ceux qui les décrivent ainsi, Rankin les intègre chaudement : « Je ne sais vraiment pas quand le terme « pop » est devenu péjoratif, peut-être pendant les années 90, quand les gens ont commencé à dire : « Fini de danser, il est temps de se balancer ».

Sur leur premier album éponyme, Alvvays fait une musique qui s’adresse aux deux et la pop n’est qu’un des outils que le groupe a le bon sens d’utiliser. Rankin a d’abord canalisé son goût pour Oasis et The Magnetic Fields de façon autodidacte quand elle a commencé à jouer de la guitare à la fin de ses années lycée. Quelques années plus tard, elle a rencontré le guitariste Alec O’Hanley qui lui a permis d’aller plus loin que ses penchants folk pour développer quelque chose qui ressemble à l’effort d’un véritable groupe. « Alec a vraiment été comme le Phil Spector de la situation », dit-elle, «  Je lui présentais mes idées et mes riffs et il me disait ce qu’il allait couper et coller ».

Au début, Alvvays était perçu comme le projet de Rankin. Alors, qu’au début, le groupe enregistrait sous son nom à elle, le groupe a pris la décision pertinente de concevoir un pseudonyme qui leur était propre quand ils étaient dans le Yoko Ono Studio du vétéran de folktronica Chad VanGaalen à Calgary. « Si vous gardez votre véritable nom, vous êtes sujet à des connotations de type « singer/songwriter » dont vous n’avez paqs nécessairement besoin. Chad nous a dit qu’on était désormais un groupe, qu’on ne s’appelait plus Molly et on a pensé qu’il avait tout à fait raison ». Pour les curieux, la modification orthographique s’est produite postérieurement car Rankin avait noté « l’association avec le produit féminin du même nom ».

Le groupe a désormais migré vers l’effervescente scène musicale de Toronto et se compose de Brian Murphy, Phil MacIsaac et une amie d’enfance de Rankin, Kerri MacLellan et, ensemble, ils contribuent au son plus plein du combo et à ses tonalités indie-pop ensoleillées.

L’influence de Van Gaalen a été plus loin que de permettre à Alvvays d’acquérir une identité. Il a aussi servi de mentor pour aider Alvvays à mettre en place leur premier album. « J’avais vu qu’il avait produit Public Strain de Women. J’ai pensé que ce serait cool de travailler avec lui même si on ne sonne pas comme Women » et elle ajoute « il ne nous a pas surchargés de bruits étranges pour nous faire sonner bizarres. »

Les compositions de Alvvays ont, d’ailleurs, très peu de similitudes avec Women. Alvvays a plutôt emprunté certains procédés et éléments des noise-rockers et les ont fait infuser dans leurs fondations pop déjà formées, un terrain déjà foulé par des groupes nostalgiques comme Camera Obscura ou Teenage Fan Club : « Je voulais quelques sons de la guitare des Chad et ils sont bien là, comme des murs de reveb en distorsion descendant en cascades, mais pas de tonalités vrombissantes trop semblables à des drones. »

Le but pour Rankin était de maintenir un message fort médiatisé par sa sensibilité pop : « On essayait pas d’avoir un gros hit. Ce sont juste des choses que j’observe avec je l’espère un humour pas trop pathétique, des mots chaleureux véhiculés par la technique du courant de conscience. » Elle élaborera les choses de manière un peu plus précise avant de revenir à ses bases qui lui font affirmer que « oui, ce sont définitivement des pop songs ».

28 décembre 2014 Posted by | Rapid Talk | Laisser un commentaire

« Une Nouvelle Inspiration ». Interview de Caribou

Cela fait environ dix ans que Dan Snaith a dû changer de patronyme pour adopter « Caribou » en raison d’une homonymie avec le punk rocker « Handsome Dick » Manitoba. Il est malaisé de savoir l’effet que cela a eu sur l’évolution de sa persona créative mais il lui a fallu 12 ans et six albums pour qu’il sente assez en confiance et décide de faire de lui le personnage principal de sa musique. Jusqu’à présent son rôle avait été celui de l’auteur de studio invisible, sortant disque après disque de pop expérimentale si méticuleusement arrangée qu’il était facile d’oublier qu’on en savait peu sur Snaith. Après l’inattendu succès commercial de Swim sur les dance floors en 2010, il a pris un nouveau détour créatif et a ajouté des nuances de R&B contemporain et de soul classique à sa palette. En même temps, juste au moment où Our Love est plus ouvert, il semble lui-même vouloir partager un peu plus de lui à son audience. Snaith nous explique ici la contradiction inhérente au fait de se trouver soi-même en se dévoilant sans faux-semblant.

Pensez-vous que le succès de Swim a modifié votre démarche sur Our Love ?

Oui, cela m’a permis de me connecter aux gens d’une manière différente par rapport à mes disques précédents. J’ai donc décidé très vite de faire un album qui était pour mon audience ou avec mon audience explicitement en tête quand j’ai commencé à construire des morceaux. C’est quelque chose que je n’avais jamais fait auparavant. J’ai toujours occulté l’idée que quelqu’un d’autre que moi pourrait écouter mes productions. Cette fois, j’avais beaucoup plus intégré le processus de faire un disque, le son était plus propre et numérique. La palette était à deux dimensions et les sons comme du verre, le tout inspiré par la R&B contemporain. Je suis parvenu assez vite à ce côté virginal et je crois que on l’entend par moments le long du disque. Mais, durant ce développement, l’additions de cordes et de sons plus chauds en analogique et lui a donné un aspect hybride, quelque chose de plus organique et moins immaculé.

Comment le fait de prendre en compte votre public a-t-il influencé votre approche du « songwriting » ?

Je suppose que beaucoup de gens en entendant ça me demanderaient : « Mais, n’est-ce pas ce que vous êtes censés faire ? » Vous n’êtes pas supposé penser aux gens et faire le musique qu’ils souhaitent. Ça fait de vous quelqu’un qui se vend ou qui fait des compromis artistiques. Je n’ai jamais fonctionné ainsi. Je n’ai pas fait de la musique avec l’intention de plaire au maximum de personnes ou d’être aussi populiste que possible mais en ayant conscience de ce qu’ils attendaient.

Si vous écriviez dans le perspective d’essayer de plaire à votre audience, comment faisiez-vous pour deviner ce qu’elle voulait ?

Ce n’était pas comme si j’avais un panel imaginaire sur lequel je m’appuyais et à qui je demandais ce qu’ils désiraient entendre. J’étais plus dans l’optique de faire une musique qui soit généreuse. Il y en a où vous avez la sensation que son auteur est ironique ou artificiel de manière délibérée ou qu’il construit quelque chose où ils ne vous donnent ou ne vous disent pas tout. Je voulais avant tout faire une musique qui, espérais-je, avait une chaleur qui montrait que j’essayais de communiquer réellement avec autrui. Je penses que c’était cela avant tout.

Quel rôle a eu, selon vous, le fait de changer le nom de votre projet de Manitoba en Caribou à vous faire prendre cette conscience si tardivement ?

C’est une question intéressante. Les gens me demandent souvent : « Avez-vus changé d’identité musicale quand vous avez modifié votre nom ? » Je répondais : « Non, j’avais juste besoin d’un nom pour ma musique. » À cette époque je n’avais pas le pseudonyme de « Daphni » (le projet orienté « dance » de Snaith), n’avais qu’un seul objectif, la musique que je faisais et elle avait besoin d’un nom. Je crois que ce qui m’a manqué jusque là, et même si je suis fier de ce que j’avais fait auparavant, est la confiance. Mes premiers albums étaient plus axés sur un genre qui regardaient vers la musique psychédélique des années 60. Ça n’est qu’avec Swim que j’ai réalisé à quel point elle sonnait contemporaine. Cela me plaisait car tous mes héros avaient toujours tenté de faire la musique la plus contemporaine possible, que ce soit Miles Davis ou Stevie Wonder. La sonorité était moderne et, j’espérais qu’en entendant le disque on remarque touts ces références qui sont si importantes pour moi. Cela, je l’ai acquis avec la confiance.

Vous êtes devenu père juste avant l’enregistrement de ce disque ; cela a-t-il joué dans le fait que vous ouvriez à parler plus de choses personnelles ?

Absolument, ça a transformé mon existence sur tous les plans. Le fait de voir ma fille grandir etde passer beaucoup de temps avec elle a modifié ma relation avec les autres personnes de mon entourage. Vous terminez par passer plus de temps avec eux, vous faites des choses habituelles comme vous balader dans un parc au lieu de passer le plus clair de vos heures enfermé dans un studio. J’étais vraiment un acharné du travail et cela fait partie de ma personnalité. Cela m’a exclu du monde et aujourd’hui j’y remédie du mieux possible grâce à ma famille.

Pensez-vous avoir une autre appréciation de votre rôle en tant qu’artiste depuis ce nouvel album ?

C‘est sans doute une question de confiance mais ce que j’ai intégré le plus ay fil des années est que, une fois le disque terminé, je n’avais plus mon mot à dire là-dessus. C’était flagrant avec Swim où des gens venaient me voir après un concert et me disaient : « Quand j’ai entendu ce titre à Ibiza, ça a signifié quelque chose dans ma vie personnelle. » Ça n’a rien à voir avec moi mais ce type feedback m’apporte beaucoup et je me suis mis à l’apprécier. Des gens dont la vie est différente de la mienne ont intégré cet album dans leur existence et celui-ci avait pris une autre valeur. Plus jeune, à l’époque de mon premier disque, je faisais un truc et disais : « C’est à moi et vous ne pouvez rien y changer. » Je voulais garder le contrôle de la musique même quand elle était sortie et entendue partout. Ces impulsions sont plus rares aujourd’hui et j’aime que mon art voyage dans le monde. Une partie de plaisir est de voir ce qui se produit alors.

Ça a donc été un processus d’apprentissage que de prendre de la distance et de laisser les gens s’emparer de votre musique selon leurs propres termes ?

Absolument. C’est pour cela qu’il m’a fallu beaucoup de temps car j’aurais dû très vite comprendre que l’importance résidait en l’impact que ce que je faisais appartenait aussi au public. Faire de la musique tout seul c’est génial, mais la magie c’est quand les gens l’écoutent. Aujourd’hui je pense avoir assez confiance en moi pour lâcher prise et mettre dedans le maximum de mo.i Je l’ai fait peu à peu et il n’y a eu aucune catastrophe. Un bon exemple est ma façon de chanter. Il y a 10-12 ans je ne le faisais pas et les premiers titres sur lesquels je chantais ne comportaient que quelque bribes de ma voix cachées derrière de la reverb et d’autre nappes vocales. Cela m’a lentement amené à un point où je me sens à l’aise avec elle au point de ne plus être inhibé par des problèmes d’angoisse et d’égo.

28 décembre 2014 Posted by | Conversations | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Interview de Zola Jesus.

Nika Danilova souhaite devenir autre chose qu’une artiste culte et elle n’a pas honte à l’admettre. En fait, sur Taiga, son cinquième album sous le nom de Zola Jesus elle vise les « charts », la renommée pop, au même titre (mais en plus respectable néanmoins) que Lady Gaga, Katy Perry ou Rihanna. À l’origine, elle se destinait au chant d’opéra, c’est du moins la formation vocale qu’elle avait reçu, il ne fait donc aucun doute qu’elle est parfaitement capable d’opérer cette transition. Mais, après quatre disques qui avaient dressé le camp aux frontière du gothique, de la « noise music » et de l’industriel, il peut sembler bizarre qu’elle se porte candidate à la pop. Très vite d’ailleurs, elle s’aperçut qu’elle ne pouvait pas compter que sur sa voix : « Après des années à chanter au maximum de mon effort, à établir une analogie entre catharsis et douleur physique, j’avais perdu ma capacité à véhiculer des émotions comme je le voulais. » Cela alla jusqu’au point où elle avait totalement perdu confiance en sa voix, et son aptitude à chanter.

« J’ai tendance à avoir une relation très émotionnelle et psychologique avec elle. Si je n’ai plus la sensation de pouvoir me fier à elle, si je n’ai plus en moi l’idée que je ne peux pas la contrôler, toute faculté à chanter disparaît. Je deviens de plus en plus tendue, comme si je ne pouvais plus non plus me mouvoir »

Elle a repris contact avec son coach vocal d’opéra et elle a réappris à chanter à nouveau. Elle prenait, cette fois, à coeur la vision que, si elle s’y autorisait, elle pourrait faire fi des règles qu’elle s’était imposées. L’idée de faire un album pop et de chanter d’une manière différente s’est alors imposée à elle de fan très directe : « Une fois ma confiance regagnée, j’avais décidé de construire un nouveau disque autour de ma voix et par conséquent, de changer mes dispositions précédentes. » Aucune reveb et aucun synthétiseur n’allaient être utilisés ce qui a eu pour résultat de donner une plus grande importance à la voix sans oublier les fondamentaux qui allaient s’exercer en termes de « songwriting ». Finis l’auto-tuning, la correction de tonalité ou la compilation de ses meilleues interprétations voacles ; tout cela signifiait qu’elle ne pouvait s’appuyer que sur ses propres performances, qu’elles devaient être parfaites et que, pour cela, des centaines de tentatives allaient devoir être effectuées.

Elle s’est donc isolée dans la maison d’un ami sur l’île de Vashton, un endroit perdu au large de l’état de Washington et s’est mise à composer. Plus de 200 morceaux en sont sortis, la plupart a cappella et elle s’est forcée à se concentrer sur les compositions en soi et non les textures. Quand elle se décida à quitter l’île elle avait un ensemble de « pop songs » qu’elle qualifiait de « hypnotique ».

« Je crois que c’est une façon très classique d’écrire de la pop music. Cela nécessite que vous ayez des compositions très solides. La manière dont j’écrivais avait est celle qui est, je crois, le lot de la plupart des gens qui composent ; il s’agissait d’installer une « vibe », un climat. J’ai pensé qu’il serait plus intéressant de faire quelque chose de complètement différent de ce qui était mon approche précédente. Je désirais avoir une vraie chanson et c’était autour d’elle que je voulais que le « vibe » soit construite. Quand vous êtes musicien, vous devez constamment réévaluer vos limites, vous imposer de nouveaux défis car, si vous ne le faites pas, vous n’évoluez pas. Taiga est né de celui que je m’étais fixé à l’époque. »

28 décembre 2014 Posted by | Rapid Talk | Laisser un commentaire