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Rory Block: « Hard Luck Child – A Tribute to Skip James »

Rory Block est partie de chez elle à 15 ans pour aller à la rencontre d’artiste du blues du Delta encore en vie. À 17 ans elle a sortie son premier album et, aujourd’hui, avec 5 « Awards » elle est une des plus grandes musiciennes du genre.

Il y a quelques années, elle avait commencé ce qu’elle nommait ses « Mentor Series », des albums dédiés à quelque vieux bluesmen ayant influencé sa carrière comme Son House, Mississippi Fred McDowell, le Révérend Gary Davis et Mississippi John Hurt.

Hard Luck Child est un disque rendant hommage à Skip James avec neuf titres constitués de reprise, le dixième étant une composition retraçant sa biographie. Skip James (1902-1969) b’était sans doute pas aussi connu que certains de ses contemporains (même si Cream a repris son « I’m So Glad ») mais son style était le plus pur en termes de « delta blues ».

Block a un rapport très intime avec tous les artistes qu’elle a repris car elle les a rencontrés quand elle était encore une teenager. C’est une vocaliste et guitariste qui a dédié tout son art au blues et qui lui apporte toute la précision que nécessite sa passion. « Nehemiah Jones » va ainsi introduire la tonalité de ce qui va suivre ; un répertoire se situant entre blues et gospel, le tout maintenu en vie par la grâce de sa guitare et de sa voix.

La chanson titre est le blues dans ce qu’il a de meilleur à raconter une histoire mélancolique, « Cypress Grove Blues » fait preuve d’un son doux mais funéraire, mettant en exergue le côté triste que revêtait la musique de Skip James. Celui-ci révèlera encore mieux cette nature sur « Little Cow And Calf Is Gonna Die Blues » alors que « Jesus Is A Mighty Good Leader » verra comment Block est capable de faire fusionner l’ancien et le moderne. Elle ajoute ainsi un peu plus de spiritualité à cette musique ce qui la rend, quelque part, plus authentique. C’est un disque indispensable pour qui estime que le blues, tout oublié qu’il semble être, est encore bel et bien en vie.

27 décembre 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Ted Lucas: « Ted Lucas »

Ted Lucas est un musicien de Detroit ayant passé décennies sur décennies à rechercher tranquillement la perfection musicale. Durant les années 60 et 70, il participa à de nombreux groupes de rock dans le Michigan, fut même musicien de session pour Tamla Motown (il a interprété une partie de cithare incroyable, et non créditée, sur le « Psychedelic Shack » des Temptations, a joué pour Stevie Wonder ou The Supremes) avant que le label ne décide de déménager à Los Angeles.  Il étudia également pendant quelques temps, le raga sous la houlette de Ravi Shankar et, avec son groupe « revival » folk, The Spike Divers, il ouvrit pour Zappa, Yes, Black Sabbath et les Eagles.

Il mourut en 1992 sans avoir cessé ses activités musicales ne laissant derrière lui qu’une documentation de ses oeuvres assez éparpillée et informelle, le seul produit construit en étant un album solo éponyme sorti en 1975.

Ce disque ressemble à de ces nombreux opus psyche-folk tels qu’on en en sortait à l’époque. Enregistré pour la plus grande part chez lui, il est divisé en deux parties ; la première est constituée de six titres dépouillés de folk psychédélique mesuré, la deuxième de deux instrumentaux et d’une longue jam blues.

Le côté direct de la face un est plaisant de par l’honnêteté qui semble l’animer. Sur «  Plain & Sane & Simple Melody », Lucas gratte doucement de sa guitare et nous invite à déguster la musique. La mélodie est simple et fraîche et cette constante se poursuivra sur les morceaux suivants, un « Baby Where You Are » entraînant comme une valse ou le côté chantant de « It’s So Easy (When You Know What You’re Doing) » ou « It Is So Nice to Get Stoned ». Sur un versant plus pensif on saura apprécier « Now That I Know » et « I’ll Find a Way (To Carry It All) », où les sentiments nostalgiques et brisés sont véhiculés avec cette douceur acide propre au psyche-folk

La face deux mettra en évidence « Sonny Boy Blues », un drone blues saisissant et « Love & Peace Raga » qui démontera son art à intégrer des sonorités hindouistes à la musique occidentale. Plutôt que d’accentuer ce mélange, Lucas va se servir d’arrangements tout simples comme pour montrer qu’on peut trouver la même émotion dans la frénésie d’un raga qua dans un refrain folk. Terminer ainsi est une façon de renforcer la thématique d’idéalisme et de compassion si typique de l’époque. Celle-ci court tout au long d’un disque qui se distingue encore aujourd’hui de bien d’autres par ses arpèges délicats à la guitare, son exotisme éclectique et ses climats pris en accords mineurs pour mettre en valeur une voix calme et légèrement rauque malheureusement disparue et injustement oubliée tant autant que cet album dont la réédition est une des merveilleuses nouvelles de cette année.

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27 décembre 2014 Posted by | Chroniques du Coeur, Oldies... | | Laisser un commentaire

Rapid Talk: Interview de Alt-J

Après s’être formés en 2007 et avoir fait de la musique dans leurs »home studios »le groupe de folktronica Alt-J reçut en 2012 le Mercury Prize- pour leur « debut album », An Awesome Wave. Un son unique leur vaudra des milliers de fans dans le monde entier et, après un « single », « Hunger Of The Pine », le groupe vient de sortir son « sophomore album », This Is All Yours dont l’attention s’est peut-être un peu trop polarisée sur un sample emprunté à Miley Cyrus. Leur batteur, Thom Green, revient sur tous ces éléments alors que le succès frappe toujours à leur porte.

Est-ce que cette récompense du Mercury Prize et le succès de An Awesome Wave a entraîné de la pression chez vous pour This Is All Yours ?

Un peu ; nous étions bien sûr conscients que les gens allaient écouter ce nouvel album. Nous savions néanmoins que penser à cela en ayant ça à l’esprit n’allait pas nous aider aussi nous l’avons très vite étouffé dans l’oeuf. Quand on a commencé à travailler sur This Is All Yours on a essayé d’ignorer la pression. On savait qu’on était parfaitement capables de faire de la musique qui serait appréciée par le public même si ça n’est pas notre but principal. Au bout du compte, on s’est concentré uniquement sur la musique et, très vite, on a pu entrer dedans.

En quoi la composition et l’enregistrement ont-ils différé du précédent album ?

On a délibérément essayé de rester dans la même optique que An Awesome Wave. On pense qu’il est important de ne pas s’éparpiller. Si on avait été dans un gros studio d’enregistrement ça aurait été stérile car ça n’est pas ainsi que nous travaillons. On a écrit le premier disque quand on était encore à la fac, cette fois on a été dans un entrepôt à Londres près d’où nous habitons et on a commencé à écrire. On a ensuite été voir notre producteur Charlie Andrew à Brixton et on a enregistré avec lui. Il avait aussi produit An Awesome Wave aussi c’était aussi relax que ça pouvait l’être.

On vous a décrits comme un groupe « indie » pourtant vous avez un son particulier et unique. Vous avez grandi en écoutant quoi ?

J’écoutais beaucoup de « grunge » et de « metal » comme Nirvana et The Deftones. Ensuite je me suis mis à la musique électronique et expérimentale comme Aphex Twin. Joe (Newman) est, lui, plutôt axé sur l’Americana et le folk. Son père jouait de la guitare et il tournait aussi. Gus (Unger-Hamilton) a reçu une éducation classique au piano et il a écouté beaucoup de musique chorale. Ce sont ces différentes formations qui explique probablement pourquoi nous sonnons ainsi.

La nature semble être un thème important allié à votre son. On y trouve des allusions dans les deux albums et même dans certains titres ou vidéos.

Oui mais ça n’est jamais une décision délibérée. Je pense que l’humeur dans laquelle nous sommes quand on compose est assez organique. On aime vraiment produire des sonorités vives avec la guitare et le piano. Ce sont des instruments qui sonnent humains et je suppose qu’ils génèrent ces sons naturels.

Quelles sont vos autres idées et influences en termes de sons et de compositions ?–

Gus et Joe lisent beaucoup. Je ne lis pas de livres mais je trouve des tas de choses sur Wikipedia. On aiment tous le cinéma et c’est des films et des livres que Joe tire son inspiration pour ses textes. Il jette toujours des idées sur le papier et on a tous une « banque de mémoire » qui se rappelle souvent à nous.

On a beaucoup parlé du sample de Miley Cyrus sur « Hunger of the Pine ». Vouliez-vous que se crée une controverse et aller au-delà de certaines frontières ou est-ce que ça vous st venu comme ça ?

Ça sonnait bien, c’est tout. J’avais les plages vocales et les souches de son album pendant que je faisais un remix d’une de ses chansons. Les vocaux très secs avant le mix sont vraiment puissants et ils nous tournaient au-dessus de nos têtes alors qu’on faisait « Hunger of the Pine » et ça semblait commer à merveille. On ne l’a pas fait pour indisposer qui que ce soit même si on était conscient que ça risquait de se produire. Finalement on a décidé de la garder car il sonnait bien.

L’album a des tonalités très variées. Pourtant tout semble s’imbriquer de façon cohérente. Dans une époque qui semble préoccupée par le « single », écrivez-vous avec l’objectif de faire un album ou composez-vous des morceaux et vous préoccupez-vous du « tracklisting » par la suite ?

On se concentre sur les chansons. Une fois qu’on a une idée approximative on essaie de la peaufiner autant que possible pour en extraire le meilleur. Ensuite on ajoute ou supprime certains éléments et faisons ce qui est nécessaire pour arriver au moment où nous en sommes satisfaits. On n’a pas de véritable méthode à l’intérieur de ça pourtant. Le « tracklisting » ne se fait q’une fois l’album terminé ; pour nous c’est une décision consciente et très importante. On aime l’idée de l’album comme constituant une œuvre en soi du début à la fin. Bien sûr, les gens n’ont pas à l’écouter de cette façon mais c’est la signification que nous lui donnons.

Que veut dire This Is All Yours ?

Ça vient d’une peinture que j’ai faite à la fac. Le tableau lui même est tout jaune et a un rectangle noir où sont écrits ces mots : « This Is All Yours ». ce titre est une manière de signifier qu’il faut accorder de l’importance à ce qui est positif et se rappeler des choses que l’on a et non de celles que l’on a pas. L’art est un moyen d’expression libre que tout le mode peut ressentir et, selon moi, c’est une des plus belles choses de l’existence. Cela est en rapport avec l’album car, pour nous, la musique est un cadeau. Une fois enregistré et sorti, les gens peuvent se le procurer et il leur appartient d’y trouver ce qu’ils veulent.

Qui a fait la pochette alors ?

C’est une peinture à l’huile que j’avais faite en 2008 quand j’étais aux beaux-arts à l’université avec Joe. On voulait que ce soit quelque chose que nous avions créé. La pochette de An Awesome Wave appartenait à l’Agence Spatiale Européenne et ils nous ont autorisé à l’utiliser, mais rien de plus. À la fin c’est devenu problématique car on voulait mettre l’image sur des T shirts et autres produits et il étaient contre. On a voulu éviter cela pour le nouvel album et on s’est mis à feuilleter des anciennes créations jusqu’à ce qu’on trouve celle-ci.

Quels sont désormais vos objectifs maintenant que Alt-J est devenu votre boulot à plein temps ?

On veut continuer à faire une musique intéressante et surtout ne pas stagner. Ça peut sembler bizarre mais on souhaite également ne pas être définis que d’une seule manière. On aspire à être capables de bouger et, si on décide de faire quelque chose susceptible d’être moins commercial, pouvoir s’isoler sans nous aliéner les autres. On est vraiment ravis que les gens aiment nos disques ; cela nous donne beaucoup de confiance à nous montrer aptes à rester intéressants. C’est notre vie et nous la consacrons à nous améliorer.

27 décembre 2014 Posted by | Rapid Talk | Laisser un commentaire