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Savages & Bo NIngen: Words To The Blind »

Quand il s’agit de faire collaborer des artistes qui se complètent, Bo Ningen et Savages vont ensemble comme deux éléments d’un même genre ; ce sont tous deux des explorateurs soniques implacables qui peuvent passer de l’assaut brutal à un minimalisme tendu et plein de retenue en une fraction de seconde.

Cette combinaison a un siège privilégie : celui de l’expérimentation. Les résultants en sont parfois brillants, mais toujours étranges. Jehnny Beth était déjà apparue dans III de Bo Ningen et elles ont joué « live » ensemble.Une des ces performances se nommait Words To The Blind, elle est devenu ici un album composé d’une seule plage.

Nous sommes censés être en face d’un Poème Sonique Simultané basé sur l’idée d’avoir différents langages entrant en collision. C’est une approche héritée du Dadaïsme, ce mouvement artistique subversif où, comme chez Duchamp, un urinoir à autant sa place dans un musée qu’une œuvre d’art.

Le premier langage de Beth est le Français, celui de Ningen, le Japonais et l’Anglais va se bousculer ici et là pour trouver un espace au-dessus de lignes de basses violentes et non linéaires qui sonnent comme si elles avaient été produite en frappant l’instrument sur un quelconque objet.

Le tout commence par une conversation effrayante et chuchotée dont on discerne qu’elle est conduite en Français. En chemin, Beth va sonner comme si elle plongeait dans un tunnel rouillé comme un fantôme qui manierait une guitare et serait suivie par des craquements terrifiants rappelant The Shining.

Avec Dada revendiqué de cette manière, il n’est pas surprenant que Words To The Blind est, en grande partie, déroutant et déconcertant. Quand on discerne des structures, elles ressemblent vaguement à un groove où serait introduit toute la rage et le leitmotiv qu’un son peut produire et d’où sortirait une étonnante floraison issue de l’obscurité. Mais il s’agit de quelque chose qui demeure sombre et d’où nulle issue n’est envisageable, bref un répit pour mieux nous faire retomber. Le fait que Words To The Blind n’ait pas ainsi de véritable sens d’un point de vue conventionnel est peut-être le but de cette entreprise. Si c’est le cas pour Ningen et Savage ; la réussite est totale.

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25 décembre 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Trip Shakespeare: « Applehead Man » & « Are You Shakespearienced? »

Trip Shakespeare était un combo de Minneapolis qui jouait un rock engageant et imaginatif entre musique alternative, pop et pop rock mâtinée de psychédélisme tel qu’on en jouait à la fin des 60’s et du début des 70’s.

Entre 88 et 91 ils sortirent quatre albums dont les deux premiers, Applehead Man et Are You Shakesperienced ?, bénéficient d’une réédition bienvenue aujopurd’hui, en attendant peut-être la sortie des deux autres.

Le groupe était mené par Matt Wilson, ancien diplômé de Harvard qui avait décidé de revenir à sa ville natale pour entamer une carrière musicale. Avec Elaine Harris (diplômée d’anthropologie) et John Mason (major de langue chinoise) il fonda Trip Shakespeare et Applehaed Man vit alors très vite le jour.

Le disque présentait un art-rock exubérant et articulée, littéraire et mélodique aux harmonies complexes et aux solos de guitares torturés et en roue libre. Son romantisme cérébral était aux antipodes du post-hardcore façon Hüsker Dü et du rock terrien de The Replacements.

Avec leurs contes fantaisistes peuplés de fantômes, leurs odes amoureuses enfiévrées et leur penchants pour des refrains power pop, ils s’éloignaient des tonalités sérieuse propres aux groupes du Mid West à l’époque pour choisir, au contraire, pour des climats opulents et facétieux. L’opus marquait ainsi une claire différence avec le lo-fi boueux avec une instrumentation basée sur la section rythmique au jeu inhabituel de Harris à la batterie sans pédales l’obligeant à utiliser ses mains et de John Mason à la basse, ce dernier apportant aux harmonies un baryton distinctif.

On y trouve déjà un élan de créativité qui ne les quittera jamais comme l’épique chanson titre et le clin d’oeil aux Fab Four, « Beatle ».

Le songwriting de Wilson est constamment inspiré tout comme son jeu à la guitare. Manquera à Trip Shakespeare une vision unifiée conséquente et une confiance affirmée. Elle se manifestera très vire avec leur « sophomore album », Are You Shakesperienced ?.

Le disque marque la venue du frère de Matt, Dan Wilson, à la guitare et aux vocaux ainsi qu’une transformation qui voit le groupe opter pour un assemblage de power pop carillonnant, de soft rock hérité des seventies et d’enluminures psychédéliques, le tout enrobé d’un profond mysticisme. L’ensemble se démarquait de tout ce qu’on avait pu entendre auparavant, que ce soit localement ou nationalement, avec des harmonies ambitieuses et un songwriting « arty » qui allait encore plus loin que sur leur premier opus.

Tout ce qui était en latence précédemment se réalise ici avec plénitude, d’autant que maintenant les vocaux étaient partagés par trois chanteurs dont le mix rappelait un Crosby, Stills & Nash à qui on aurait inoculé le virus du vaudeville. Entre les deux registres ténors des frères Wilson et le baryton de Mason, leurs registre se prêtait à merveille à leur théâtralité (sur scène ils étaient éblouissants) et aux histoires étranges et presque gothiques où le régionalismeromantique se mêlait à la « fantasy » la plus débridée.

Enregistré et auto-produit dans des conditions presque « live », on trouve, sur les titres originaux, un condensé parfait et immaculé de leur vision créative et esthétique. Certains morceaux sont devenus même des classiques en leur genre, tel un « Reception » où riffs et harmonies se conjuguent avec maestria ou « Toolmaster of Brainerd » un mini opéra rock gouailleur qui était devenu un de leurs morceaux phares sur scène.

Leur morceau le plus emblématique restera toutefois « The Lake », composition à l’étrange magie, au groove sombre et dépouillé et un chorus où les vocalistes semblent se répondre.

Après ces deux albums, le groupe parvint à signer pour une « major » qui refusera de sortir leurs deux albums suivants. Ceux-ci ré émergeront sur un label indépendant mais, entretemps, Trip Shakespeare s’était séparé. Dan Wilson et John Munson rejoignirent Pleasure qui devint ensuite Semisonic, ensuite Dan poursuivit une carrière solo avec succès. Seule une réunion ponctuelle ont permis à Trip Shakespeare de revoir le jour en 2014. Le reste appartient aux archives du rock dont on aimerait que celle-ci soit autant reconnue et redécouverte que d’autres, plus renommées.

****1/2

25 décembre 2014 Posted by | Oldies... | , | Laisser un commentaire