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The Good Graces: « Close to the Sun »

L’ancienne directrice du label Eskimo Kiss, également ex percussioniste de Pacer, Kim Wire est la force derrière ce collectif folk dont Close to the Sun est le troisième album. Tout comme sur Drawn to You en 2013, elle est accompagnée d’une armada de musiciens assez efficace, dont les deux ingénieurs du son de ses deux précédents disques, Jay Manley et Rob Dyson qui assurent une instrumentation inventive.

Même si ce nouvel opus conserve certaines caractéristiques du précédent, Close to the Sun parvient à l’éclipser grâce à une production pleine d’entrain et des arrangements plus diversifiés. Hormis la berceuse fragmentée qu’est «  A Gain, Again » et un « Shear » miroitant proche de Lz Phair, chaque composition est ponctuée par des percussions comme sur un « Cold in California » et son souffle country à l’harmonica proche de Johnny Cash, l’agité et perçant « Standing in Line » qui se distingue par une atmosphère proche du noise-rock et le presque chuchoté « Parts > Sum » et son climat torride de western spaghetti qui rendrait heureux Ennio Morricone.

Comme d’habitude Ware peaufine son parallèle entre peine de coeur et honnêteté ou espoir. Elle se montre perplexe quant aux relations humaines avec des partenaires incompatibles et pourtant aspire à des changements qui lui semblent hors d’atteinte. Cet élusif désir de changement se manifeste sur le titre d’ouverture rêveur et apaisant, « I Don’t Know Where To Start », mais il se révèle rempli d’amertume sur un « Curb Appeal » qui dresse l’histoire d’une romance devenue délétère.

De ces états d’âme émergera une constante musicale ; un ton country nasillard délicieux rappelant Juliane Hatfield. Comme su ses précédentes sorties, Ware parvient ainsi à marier désillusions amoureuses et encouragements à ne pas céder au découragement. Ce sera, au fond, le propre de la résilience que de s’exemplifier ici dans ce joli album.

***

21 décembre 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

AC/DC: « Rock or Bust »

AC/DC sont, à jamais il semble, faits d’un rock plus dur que le roc. Les vicissitudes (celles de leur batteur Phil Rudd, la démence de Malcolm Young) ne semblent pas avoir de prise sur eux.Ce 15° album produit par Brendan O’Bien va apporter au fans le retour sur investissement auquel ils aspirent : une énorme sac débordant de riffs et l’éternel salut à deux doigts qui traverse les âges et demeure un pied de nez à ceux qui haïssent le rock and roll dont le groupe est porteur.

S’ouvrant sur la chanson titre, le disque confirme un saut vers les racines « boogie » du groupe débutées avec Black Ice. Ironiquement c’est plutôt le Phil Rudd dont le frappé régulier et patient forme une assise qui vise et atteint les hanches.

Angus Young est, comme à son habitude, en une forme qui toute vintage qu’elle soit n’est pas atteinte par le vieillissement. La charme de son uniforme d’écolier agit toujours comme si les limites imposées par un jeu de guitare à 12 mesures étaient facteur de réjouissance et de rajeunissement. Young a indéniablement perfectionné le style au point de l’élever au rang d’art et on ne peut que lui pardonner ses répétitions tout comme l’usage du terme « rock (and roll) ».

« Play Ball » formera ainsi un alliage inoxydable entre tripes et grimaces, « Miss Adventure » sera vecteur d’un « fun » stupide mais superbe et « Dogs of War » sera construit pour exploser de manière cataclysmique quand il sera interprété sur scène. Ajoutons « Baptism of Fire » qui promet ; lui aussi ; un baptême électrique de la plus haute intensité et cette férocité naturelle qui est l’émanation du groupe.

Tout n’est pas pour autant véritable tuerie sur Rock or Bust. « Rock The Blues Away » semble avoir oublié la formule en s’embringuant dans un territoire americana contre nature et « Emission Control » est un morceau dont on aurait pu se dispenser.

Il n’en demeure pas moins que AC/CD procure toujours , en termes de musique, une éruption volcanique difficile à arrêter. À écouter comme Malcolm Young l’aurait désiré : puissance 11 sur un potentiomètre bloqué à 10.

***1/2

21 décembre 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Malcolm Middleton & David Shrigley: « Music and Words »

Music and Words est une œuvre d’art dans le sens premier du terme. Faussement naïve cette collaboration du guitariste d’Arab Strap et de l’illustrateur à l’humour tordu David Shrigley n’est pas si contre nature qu’on aurait pu le penser.

On retrouvera en effet des textes misanthropes de ce dernier sur lesquels Middleton fournira une légère et dépouillée toile de fond musicale comme si l’univers BD de Shrigley s’était étendu pour s’accorder au groove instrumental.

Le résultat est hilarant par moments (« A Toast »), poignant et dé »rangeant à d’autres («  Dear Brain »). Chaque composition se voudra provocante en termes de réflexions et d’impact et les laïus ainsi délivrés seront mis en relief par les interventions, tendres ou volontairement idiotes de Malcolm Middleton.

Shrigley a déjà collaboré avec des musiciens puisqu’il a dirigé des vidéos pour Blur ou Will Oldham, Music and Words constitue ici l’exercice inverse. La musique sera, on l’a dit, désinvolte ; des petites gémissements agiles de synthés, des textes qui abusent du mot « fuck » pour agrémenter l’accompagnement de Middleton, un exercice dans lequel tous deux se rejoignent pour évoquer le puéril ou l’acrimonieux qui se cache derrière remarques outrées et dénuées de sens apparent.

Si on y ajoute un amour de la boisson que les deux écossais partagent et dont ils semblent avoir pas mal abusé durant les sessions d’enregistrement, on obtiendra ces mots et cette musique sympathique et décousue, à vocation arty expérimentale avérée. Dans cet univers où Alice croisera Hieronymus Bosch on pourra se plonger comme les deux auteurs l’entendaient mais vraisemblablement pas plus d’une fois.

**1/2

21 décembre 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire