Saint Saviour: « In The Seams »

Elle s’est peut-être fait un nom en chantant occasionnellement avec Groove Armada, mais Rebecca Jones (autrement dit Saint Saviour) a, depuis quelques annéess, prouvé qu’elle était une artiste à part entière, qui plus est une artiste difficile à cataloguer. Son « debut album, Union, démentait son titre dans la mesure où il survolait un bon nombre de genres, et ce avec un certain succès ; In The Seams la voit s’installer dans un son reconnaissable, plus minimaliste et dépouillé que sa précédente approche certes, mais permettant aussi de mettre en valeur sa voix de façon exceptionnelle.

Il y a, dans In The Seams, une délicate touche de « chamber pop » et celle-ci est parfaitement accentuée par les talents du Manchester Camerata Orchestra et de Bill Ryder-Jones qui nous offre ici une production impeccable. On trouve également un élément de renaissance qui semble s’exemplifier sur les premières lignes du titre d’ouverture, « Intro – Sorry » où on l’entend dire : « J’ai fait des erreurs considérables en essayant d’être quelqu’un d’autre ». Si ce nouvel opus sonne comme la vraie Rebecca Jones, c’en est d’autant plus enchanteur.

Ses capacités de songwriter se sont également améliorées. « Let It Go » est une composition si belle qu’elle ne peut que vous briser le coeur et ceci avec uniquement le renfort d’un piano nu accompagnant sa voix avant que les arrangements à cordes n’interviennent pour emmener le morceau vers un sommet émotionnel qui voisine la stratosphère. Suffisamment exposé, ce pourrait devenir un « hit », de Noël déjà, tant il procure ce sentiment de chaleur vibrante auquel on peut aspirer dans les jours d’hiver.

Il est néanmoins vain de fixer une étiquette saisonnière aux compositions. Elles suivent, en effet, pour la plus grande part une structure similaire et c’est un schéma qui, bien mené comme il l’est ici, donne naissance à quelque chose qu’on pourrait qualifier de classique.

Ainsi, « Nobody Died » débute par une petite introduction dévastatrice et imbibée de légères cordes avant que Jones n’intervienne avec une voix qui évoquera la Kate Bush du temps où elle était jeune. « I  Remember » accompagnera l’émouvant falsetto de la chanteuse d’une délicieuse lamentation à la guitare acoustique dont l’effet ne pourra être qu’hypnotique.

Il est possible que cette cadence systématiquement lente demande un effort d’adaptation mais Jones y semble tellement à son aise qu’on aurait mauvaise grâce à s’en plaindre. À cet égard, il n’est que de mentionner un titre aussi éblouissant que « Bang » pour dissiper toute réserve.

Cela signifie également que les quelques moments plus enlevés s’avèrent plus efficaces. « Devotion contient un motif cassé et frappé en arpèges sur lequel il serait impossible de ne pas bouger alors que la plainte folk qu’est « Sad Kids » sonne comme un fragment perdu du Milk Eyed Mender de Joanna Newsom.

De cette façon si l’atmosphère générale de In The Seams demeure introspective et emprunte de réflexion, elle n’est jamais triste et, toute songeuse qu’elle sonne, jamais déprimante. On pourrait même dire, qu’à l’écoute, le disque apporte un certain réconfort et peut même être une source d’inspiration individuelle : il permet, en effet, en se lovant à lui, de se reconstituer et d’en sortir prêt à affronter la réalité du monde qui nous entoure. De ce point de vue, ce nouvel album de Saint Saviour est cathartique, pour elle mais aussi pour nous. Ce ne sera sans doute pas un « hit » commercial, mais ce qu’il nous apporte comme secret à chérir vaut bien plus que ce que le monde rien moins qu’idéal d’aujourd’hui n’a à nous offrir.

****1/2

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