Weyes Blood: « The Innocents »

Natalie Mering, qui enregistre sous le nom de Weyes Blood, appartient à cette lignées de chanteuses folk dont le registre est dramatique ; on peut donc l’associer à Sharon Van Etten, Angel Olsen, voire même Nico.

Mering s’est d’abord intéressée à la musique expérimentale au sein de Jackie-O Motherfucker et Axolotl, mais elle se distingue de touts ces références par une esthétique sévère, parfois morbide (elle mentionne la mort et des tombes dans plusieurs de ses chansons) et un art de la composition particulier qui doitt autant à l’indie contemporain quà l’étrangeté modale de la musique médiévale.

The Innocents (qui, comme son nom de scène, fait allusion à une idole littéraire) va bien au-delà de l’obscurité flottante qui présidait à The Outside Room de 2011. Ici elle s’aventure progressivement dans un baroque qui va s’aiguiser et nous entraîner vers une formalité, théâtrale certes, mais avant tout glaçante.

Ses meilleurs titres véhiculent alors un sentiment d’aliénation quand ils se parent d’effets anachroniques. Des bandes en distorsion semblent vaciller pour brouiller ce qui, sinon, serait une ballade directe accompagnée d’un piano (« Some Winters ») et des éclairs soudain de fuzz martelés engloutissent la conclusion du remarquable « Land of Broken Dreams ». Au milieu de ce paysage, Mering se lamente sur ce qui l’a laissée sèche et comme stérile : famille, nation ou école.

D‘autres entrées possèdent un équilibre similaire entre la mélancolie et l’artifice doré : « Hang On » et ses cadences lourdes à la Grizzly Bear et « Ashes » dont les vers cyclique souligne à merveille la torture que peuvent représenter des pensées obsessionnelles.

On peut trouver ces lyriques trop systématiques, mais on ne saurait leur reprocher leur inconsistance. On doit néanmoins déplorer qu’ils n’égalent pas la précision de sa voix quand il s’agit d’atteindre des registres plus subtils. Les résultats sont alors moins concluants (« Summer », délicat et mélancolique, brille faiblement et les arrangements dépouillés de « Bad Magic » nous font plonger dans l’inertie).

Les influences de Mering son nombreuses et de taille : parfois elle les maîtrise totalement, parfois demeurent encore des moments qu’on pourra oublier.

***

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s