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Ballet School: « The Dew Lasts An Hour »

Ballet School est un trio dream-pop de Berlin qui s’est fait suffisamment remarquer pour susciter l’intérêt de Simon Raymonde, fondateur de Bella Union et avec qui l’amour commun pour une certaine musique héritée des Cocteau Twins a fait en sorte que ce dernier les signe pour leur premier album, The Dew Lasts An Hour.

Ce disque traite selon eux, de « l’innocence confrontée au précipice de l’expérience » aussi quand l’attaque de batterie qui ouvre « Cherish » occasionne un flashback vers le thème de Baywatch on ne peut que se dire que pour des millions d’adolescents la réminiscence de certaines scènes a marqué une sorte d’éveil.

Cette description a ses limites, même si le morceau ose se réclamer des 80’s plutôt que de s’en cacher. Cela signifie que les moments où l’album se présente sans fioritures dans la lumière, qu’il brille de la façon la plus insouciante, il est plus que bon, il atteint des sommets glorieux.

On pourrait le comparer à cette conversation naïve que vous vous aventurez d’avoir avec un inconnu, assis dans un bar à côté de vous sans se soucier de ce qui pourrait bien vous advenir. Ce qui vous importe ce sont les moments et que ceux-ci vous fassent sourire.

Plus que cela, il y a une certaine béatitude qui vous fait tomber en pâmoison devant cette effervescence qui vous laisse étourdi et qui suinte de The Dew Lasts An Hour. Sur « Pale Saint » les guitares corillonnent comme si elles étaient en liesse qui vous conforte avant que Rosie Blair n’interrompe le tout en donantr à ses vocaux un climat d’urgence et de vie ou de mort. « Ghost » et « Heartbeat Overdrive » sont similaires et atterrissent quelque part entre The Cure le « Physical » de Olivia Newton-John, mais simplement avec moins de fard à paupières.

On oubliera alors le registre moins séduisant offert quand le groupe s’oriente vers des mouchetures de R&B (« Heliconica », « LUX » et « Gray ») pour apprécier ces moments où le trio se débarrasse du superflu et nous offre de belles instances de pop fluide offrant une moindre résistance à l’air.

***1/2

12 octobre 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

Justin Townes Earle: « Single Mothers »

Sur la chanson titre de son nouvel album, Single Mothers, JustinTownes Earle évqoue ce père absent, qui ne donne jamais d’argent à sa femme et semble être indifférent aux devoirs qu’il est censé remplir. Ce sont des paroles d’autant plus fortes qu’elle viennent du fils d’un artiste fameux, le légendaire Steve Earle.

Celui-ci avait quitté sa femme alors que Justin avait deux ans, chose qui va ne pas lui valoir des fans supplémentaires dans les mouvements féministes mais là n’est pas le propos prioritaire du fils.

Ce titre est, certes, autobiographique, tout comme la plupart des autres compositions, mais, au-delà de l’intime, ce sont surtout, comme sur ses quatre précédents disques, les résonances universelles qu’elles peuvent avoir qui importent.

Ce qui donne son universalité ici a à voir avec la grâce souple et confortable qui enveloppe Single Mothers. Celle-ci est très bien introduite par une « vibe » très R&B sixties, « Worried ‘Bout The Weather » où Otis Redding semblerait s’être dirigé vers Nashville pour nous délivrer une chanson où la timonerie dominante serait du « classic country ». « My Baby Drives », lui, possède ce « twang » nasillard propre au honky-tonk qui aurait très bien pu être composé par un jeune Dwight Yoakam et « Time Shows Fools » virera du côté du Elvis Costello country, période Almost Blue.

N’oublions pas, non plus, la voix de Earle, qui transperce les sons comme une balise le ferait dans le brouillard avec son timbre voilé et enfumé mais aussi fort et tourmenté comme sur « Burning Pictures » où il demande combien de fois le cœur de l’autre a été brûlé par l’amour. Le fait que ce soit le morceau le plus enlevé du disque ne fera, de ce fait, qu’attiser la blessure.

On peut louer cette constance mais on peut y voir aussi un travers.au travers de cette quête délicate de l’empathie son ton ne varie pas beaucoup. Les titres les plus poignants seront ainsi ceux où l’énergie est contenue (« It’s Cold In This House » où sa voix est un chuchotement sur fond de pedal steel). Au bout du compte on sera moins affecté pas ses compositions plus rock car elles semblent ne pas vouloir creuser les thèmes abordés. Reste la gravité d’un passé qui est aussi une libération, en particulier du nom de son père ; si tel était le but avéré, le résultat est concluant même si un certain engourdissement ne pointe parfois au fil des plages.

***1/2

12 octobre 2014 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Loudon Wainwright III: « Haven’t Got the Blues (Yet) »

Quand, sur le 26° album d’un artiste, figure un titre guilleret façon Randy Newman intitulé « The Morgue », il est aisé de comprendre que l’humour va être utilisé pour contrebalancer le poids de l’expérience.

Après un Older Than My Old Man Now en 2012 qui traitait directement des problèmes liés au fait de vieillir et, par conséquent, abordait le thème de la mortalité de cette manière candide si propre à Wainwright, Haven’t Got the Blues (Yet) continue à explorer ces problématiques sombres en narrant quelques expériences autobiographiques, certaines prosaïques, d’autres ayant transformé son existence, le tout avec une approche pleine d’esprit et une musique le plus souvent suffisamment légère pour en remontrer à certains « songwriters » plus jeunes dont on peut se demander s’il seraient capables de composer d’une telle manière. Il n’est que de l’entendre chanter sur la chanson-titre « Should I choose to get dressed » avec un ton désinvolte et ironique pour comprendre que nous avons affaire à un artiste content de sa carrière et à l’aise avec son héritage musical.

En dépit d’un « Depression Blues » précédent « The Morgue » sur le « tracklisting », les couleurs de Haven’t Got the Blues (Yet) sont variées ce qui n’est pas inattendu venant d’un vieux de la vieille qui a vécu une existence plus que riche. « Brand New Dance » ouvre l’album sur une note rockabilly et nourrie d’une section de cuivres tapageuse et s’inscrira en contraste direct avec la lamentation folk 60’s qu’est « In A Hurry » ainsi que le duo country blues ‘Harlan County » où Aoife O’Donovan apporte ses harmonies. Inévitablement un membre du « clan Wainwright » sera présent, il s’agira de Martha apparaissant sur le doux amer « I Knew Your Mother ».

Loudon Winwright affichera également le deuil de son chien sur « Man & Dog » et il y aura même une sorte de chanson de Noël rock avec « Looking At The Calendar ». Celle-ci mènera sur une composition qui aurait pu être chantée à la même époque si ce n’est le fait qu’elle examine la politique américain en matière de port d’armes (« I’ll Be Killing You This Christmas »).

Avec tant de choses à dire encore, et une si intelligente économie de moyens, il ne nous restera donc plus qu’à attendre avec impatience un 27° album de Loudon Wainwright III.

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12 octobre 2014 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire