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« Une Rage Rentrée »: Interview de Haley Bonar

Sur les dix années écoulées, la carrière de Haley Bonar a changé de façon drastique passant d’un folk-rock dépouillé à l’incorporation de revêtements soniques allant du piano classique à la «  sunshine pop  ». Personnellement, sa vie a changé avec la naissance d’une fille  ; cela n’empêche pas à son nouvel opus, The Last War ,de se monter toujours aussi riche même si teinté de nuances plus sombres inédites chez elle.

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Vous faites de la musique depuis 2001  ; qu’est-ce qui vous a incitée à choisir cette voie  ?

Je m’y intéresse depuis aussi loin que je m’en rappelle. J’ai des enregistrements de moi,réalisés par ma mère alors que j’avais deux ans. Je chantais et inventais des morceaux sur des sujets pris au hasard et j’ai eu un piano jouet sur lequel je m’exerçais dès trois ans.

Comment avez-vous fait la connaissance de Alan Sparhawk de Low  ?

C’était il y a très longtemps, il était co-propriétaire du studio ou j’ai enregistré The Size of Planets, mon deuxième album. Il avait entendu quelques compositions et, un jour où je chantais de manière impromptue dans une soirée «  open mike  », il se trouvait être là. À la fin, il est venu me voir et m’a demandé si je voulais ouvrir pour son groupe dans les deux prochaines semaines lors de sa tournée US. Le reste fait partie de l’histoire.

Comment pensez-vous avoir muri en tant qu’artiste depuis que vous avez commencé à produire vos albums  ?

C’est une chose que j’ai toujours faite, la plupart du temps parce que je suis une personne entêtée. Au fur et à mesure où ma discographie s’étoffe, je perçois l’importance de travailler avec d’autres et de m’ouvrir à de nouvelles idées. C’est presque l’inverse des histoires habituelles. J’ai, aujourd’hui, moins besoin de tout vouloir contrôler et me sens plus dans la disposition à laisser l’énergie d’autres artistes contribuer à mes compositions et à les amener où elles ont besoin d’aller.

Est-de dans cette optique que vous avez intégrer Justin Vernon à l’enregistrement de l’album  ?

J’ai écrit «  From a Cage  » pour l’impressionner car, auparavant, nous n’avions communiqué que par e-mails. Nus connaissons et travaillons avec beaucoup de musiciens que nous avons en commun aussi le tout s’est fait de façon assez organique. Il a adoré la chanson et les autres «  demos  » qui devaient figurer sur The Last War. IL s’est proposé pour les vocaux de celles que je lui demanderais de faire et c’est ainsi que les choses se sont déroulées.

Quel a été le point de départ ayant mené à The Last War  ?

Je crois qu’il est resté à l’état embryonnaire pendant quatre ans. Je me suis aperçue que je chantais avec plus de force et de colère alors que mes accords de piano resstaient toujours délicats.J’étais en studio et, à la base, je ne faisais que hurler pendant des heures devant un micro. J’ai cessé de composer quand je suis tombée enceinte et ça n’est que quatre mois après sa naissance que j’ai écrit «  Bad Reputation  » et «  Last War  ».

C’est un album plus sombre que précédemment. Quelle en a été la source et pourquoi ce changement  ?

Honnêtement, si vous écoutez mes disques vous trouverez qu’il y a toujours eu des éléments angoissants que ce soit dans les sujets ou dans les atmosphères. Je crois que la différence réside ici dans le fait que le contenu des textes a son équivalent sonique dans la mesure où l’instrumentation et la productions y sont plus mordantes

Prêtez-vous attention à l’impact visuel que peut générer votre musique  ?

Inconsciemment je pense que c’est le cas. Parfois, je reste devant mon piano et ma guitare et pense  : «  Je voudrais écrire un morceau qui serait le générique de fin d’un grand film  » et je pars de cela. Je suis assez oinspirée par les livres et le cinéma car ils sont vecteurs de stimulation visuelle.

Quelle est votre philosophie de la musique  ?

Si vous écrivez pour l’argent, la gloire ou le pouvoir vous n’êtes pas dans le busiiness qui convient. Mais si vous le faites parce que vous n’avez pas d’autre choix et que votre cœur vous pousse à exposer votre vérité ainsi que la partie brute de ce qui vous constitue aux autres, vous faites quelque chose qui est respectable.

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Le disque est plus sombre, pourtant certains titres sont plutôt enlevés.

Oui, chaque morceau a un tempo différent suivant son climat. «  Heaven’s Made For Two  » était, à l’origine, une chanson lente et mélancolique. Mon co-producteur, Jacob Hanson, a eu l’idée de l’accélérer de plus en plus lorsqu’on arrivait à la fin et cet effet met en valeur le contenu lyrique. De toutes manières je ne pense pas que les guitares en distorsion ou des percussions insistantes puissent altérer une histoire. Quand vous y réfléchissez il y a des chansons narrant des histoires ou pas, mais celle-ci ne disparaitra pas quelle que soit la manière dont vous l’orchestrez.

Vous ne vous épargnez pas quand vous dites  : «  I wish I could date my former self/ She’d be a fun girlfriend.   » sur «   Bad Reputation   »   : quelle image avez-vous de vous  ?

Probablement la même que la plupart des gens. Parfois je me sens très confiante avec les autres ou ma carrière et parfois c’est le contraire. Quand j’ai écrit «  Bad Reputation  », je venais d’être mère et je me sentais comme étrangère à moi à cause de cette nouvelle identité. C’est vrai que j’étais sure avec moi-même  ; c’est un peu le cas quand je passe par des périodes de changements radicaux. Je ne me sentais pas 100% à l’aise et ce titre était le miroir de cette image, de ce regard rétrospectif et de son interrogation sur ce qu’allait être mon futur.

Pensez-vous que le maternité a changé votre point de vue sur la mortalité et la vie  ?

Je doute qu’il y ait un parent qui puisse prétendre le contraire. Vous devenez moins égoïste, vous le devez, et plus conscient de votre statut de mortel car votre travail est désormais de prendre soin d’un autre qui est encore sans défenses.

Vos textes sont «  punchy  » mais jusqu’à quel point sont-ils confessionnels  ?

Quels que soient les sujets, ils viennent tous de moi. Par conséquent, ils ont toujours une facette personnelle voire intime.

«  Eat for Free  » et «  From a Cage  » sont censés avoir été enregistrés avec juste un micro branché sur votre ordinateur. Pourquoi avez-vous choisi cette méthode et en quoi cela a-t-il transformé les morceaux  ?

Je les ai enregistrés sous forme de «  demos  » en fait. Ensuite, quand j’ai réessayé j’ai senti que quelque chose n’allait pas.En général, je suis assez bonne pour déterminer quand quelque chose cloche et ces deux titres m’ont paru aboutis dès le début. La façon dont ils sont été enregistrés fait partie de leur identité. Comme il n’y avait aucun préalable et que j’étais seule les histoires se sont écrites toutes seules, je n’ai fait que les documenter.

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Il y a aussi de nombreuse couches de synthétiseurs dans l’album.

Jeremy Ylvisaker, qui a joué la majeure partie d’entre eux, est très bon à choisir les sons adéquats. Je lui ai demandé de jouer aussi de la basse car nous avions essentuiellement travaillé ensemble avec des guitares et que je voulais remuer un peu tout ça.

Vous êtes une grande fan de Joni Mitchell  : quelle connexion ressentez-vous vis-à-vis d’elle  ?

C’est une des rares artistes qui a toujours été fidèle à sa sensibilité et à son art. Son œuvre est en perpétuelle mutation, toujours vers quelque chose de nouveau, mais elle ne s’est jamais éloigné du noyau qui la compose et de sa personnalité. Son exemple est source d’inspiration et ses textes sont formidables aussi.

On vous compare beaucoup à d’autres artistes femmes  ; comment vous sentez-vous par rapport à cela  ?

Je pense que ces comparaisons viennent naturellement car nous avons tous besoin de baser notre opinion sur quelque chose, soit ce que l’on voit, soit ce que l’on ressent. Au départ cela m’énervait profondément mais aujourd’hui j’y suis totalement indifférente. J’aime autant les hommes que les femmes dans le domaine des auteurs-compositeurs. Pour moi, ils sont tous sur le même terrain et je crois que l’étrangeté vient du fait qu’on se sente obligé de nous catégoriser selon notre genre et non en nous comparant en tant que musiciens. C’est frustrant mais ça a été intrinsèque à notre culture depuis des siècles. Peut-être que ma fille ne connaîtra pas cette division mais aujoyrd’hui ça ne vaut pas la peine de lui accorder trop d’importance.

 

2 octobre 2014 Posted by | Conversations | Laisser un commentaire

Gemma Ray: « Milk For Your Motors »

Pour son cinquième album, Gemma Ray utilise plusieurs genres qui font partie de son arsenal musical peut-être parce que la chanteuse s’est aperçue qu’il n’était pas très productif de réaliser toujours la même chose, peut-être aussi parce que la Londonienne habite désormais à Berlin lieu où elle a composé Milk For Your Motors.

Le disque s’ouvre sur une introduction parlée, « The Wheel », qui sert d’alerte à ce qui va être la légère mutation de Gemma Ray, comme si le titre voulait signifier qu’elle cherchait à se réinventer.

Il y a, en effet, une volonté ambitieuse à sortir un tel album couturé de styles musicaux qui s’entrelacent (blues, musique latine, sonorités country nasillardes) et de les allier à sa sensibilité à la fois sombre et pop.

L’album tombe d’ailleurs un peu à plat quand il est examiné en termes de cohérence. Des titres comme « Shake Baby Shake » et « The Right Thing Did Me Wrong » vont très bien ensemble comme si il s’agissait d’un autre disque avec une approche entièrement différente, alors que « Motorbike » ou « Desoto » suivent le chemin introduit par « The Wheel » dans ce qu’il a de plus ténébreux, ne permettant pas ainsi à Milk For Your Motors de s’écouler avec fluidité.

C’est dans sa dernière partie que l’album devient plus intéressant. « Motorbike » montre à quel point Gemma Ray est une compositrice talentueuse tout comme une interprète dotée d’une voix étouffante et lascive. Tout le potentiel est là mais il est malheureusement dissimulé par le but qu’elle s’est fixé, celui d’être partout. Ceci va presque à l’encontre de ce qu’est un artiste indie dont la nature est précisément de ne pas se fixer d’objectifs.

De tout ceci on peut considérer qu’il s’agit pour elle d’un effort à se renouveler courageux ; que celui-ci soit apprécié par ses fans demeure une autre affaire, quant aux autres ils risquent de se trouver un peu décontenancés pas ses ambiances changeantes qui bénéficient pourtant de plutôt bonnes compositions.

***

2 octobre 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire

J Mascis: « Tied to a Star »

Quand on écoute les disques en solo de J Mascis, l’ancien leader de Dinosaur Jr., il est difficile de l’imaginer faire autre chose que du slacker rock à l’exemple de Several Shades of Why (2011) et de ce follow up. C’est assez trompeur quand on sait que, depuis des années, il a été un des personnages les plus influents de la scène alternative. Pourtant, dès qu’on prête l’oreille à sa voix chaude et craquelée, on a toujours l’impression qu’il ne s’adresse qu’à lui-même, qu’il farfouille dans son pense-bête musical et qu’il se dit à lui-même que ce qu’il produit ne lui convient pas totalement.

Il y a toujours eu chez lui une tendance à l’introversion mais, sur ces dix plages en majorité acoustique, il n’y a rien qui puisse suggérer le repli vers le côté brut de l’interprétation. La ligne mélodique, précise et de toute beauté, qui ouvre « Me Again » et l’album l’accrédite tout de suite tout comme sa manière d’interpréter ses compositions. Tout y est sous-entendu, presque comme si la notion qu’un autre puisse écouter ses morceaux ne lui vienne qu’une fois ceux-ci presque aboutis. Les mélodies restent toujours lâches et charmantes, les vocaux à la limite de la nonchalance et les textes, contemplatifs à souhait, s’agrègent à cet ensemble où la tenue et le secret sont de mise.

Ce type de répertoire, minimaliste, pourrait très facilement virer dans le médiocre comme chez beaucoup de « singer songwriters » portés sur le nombrilisme mais la sagacité et le charme qui se dégagent de la voix de Mascis nous incitent à nous fondre dans son univers, un monde dont il sait soigneusement moduler d’ailleurs les climats.

Le disque n’est en effet pas entièrement « downbeat » : « Every Morning » nous fait retrouver un Dinosaur Jr. penchant vers la pop (en particulier par un solo de guitare de l’artiste qui ne pourrait émaner que de lui) tout comme su « Wide Awakde » parfumé des effluves au whisky et au miel de Chan Marrshall ou l’excellent morceau tire et cette ligne qui résume à elle seule l’album : «  I could use a little downtime, I could use a bit less down ».

***1/2

2 octobre 2014 Posted by | Quickies | , | Laisser un commentaire

The New Pornographers: « Brill Bruisers »

Sur les derniers albums des New Pornographers, ce collectif pop de Vancouver s’était essayé à une pop de chambre organique luxuriante dont les résultats avaient été mitigés. Brill Bruisers représente un retour à ce qui avaient fait d’eux un des groupes les plus intéressants de la scène indie et ceci pas seulement parce que c’est, depuis bien longtemps, un de leurs albums les plus enlevé.

Bien sûr on retrouve ici cette tendance à la power pop qui semble faire partie de l’ADN de leur leader Carl Newman : ainsi des morceaux comme « Brill Brusiers » ou « Dancehall Domine » contiennent des accroches qui ne peuvent que nous séduire, mais les meilleurs moments se situent quand le groupe s’aventure dans un territoire nouveau pour lui, celui d ‘une musique basée en plus grande partie sur les synthétiseurs.

Le groove sinueux et collant de « Champions of Red Wine » mené par Neko Case est tacheté d’arpèges synthétiques scintillants et le « Anotehr Drug Deal of the Heart », interprété par Kathryn Adler, est une merveilleuse petite chansonnette de trois accords dans la veine des Magnetic Fields. La plus grande nouveauté dans cela est aussi la composition phare de Brill Bruisers, un « Backstairs » qui met en vedette mélodies qui hantent et une refrain interprété au vocoder qui s’insinue en vous et résonne de manière triomphale à la conclusion du morceau.

Il n’y a pas que Newman qui, ici, déploie sa créativité. Dan Bejar, son acolyte en matière de composition, se montre inhabituellement enjoué et pop sur un « War on the East Coast » tout en essor et en urgence et « Born with a Sound » contenant une palette vocale dramatique on ne peut plus étonnante de Amber Webber de Black Mountain.

Pour les fans des New Pornographers, cet album est le meilleur scénario possible ; il capture l’esprit du groupe dans ce qu’il a de plus classique tout en le poussant vers d’autres avenues musicales. Sur « Wide Eyes » Newman le dit d’ailleurs sans ambages : «  I swear I/ See my former glory/ Still burning/ It had every intent of returning ». Sur Brill Bruisers sa gloire passée est en effet de retour.

***1/2

2 octobre 2014 Posted by | Quickies | | Laisser un commentaire